Sous la lune de Taisho - Actualité manga

Sous la lune de Taisho

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 23 August 2019

Cherchant toujours à montrer toute la diversité du "manga féminin" autant côté histoires que côté dessins, les éditions Akata nous proposent, en guise de one-shot shôjo de cet été, de découvrir la mangaka Hiromi Ebira, qui officie depuis 1998, et qui s'est déjà essayée à plusieurs registres dans le shôjo: historique, science-fiction, fantastique... Avec Sous la Lune de Taishô, manga publié au Japon en 2014 dans le magazine josei Flowers de Shôgakukan (le magazine de Kids on the Slope, Kamakura Diary, Voyage au but de l'été...) sous le titre Diana (du nom de la déesse latine Diane), l'autrice nous plonge, comme le laisse deviner le titre français de l'oeuvre, sous l'ère Taisho, pour suivre l'histoire d'un amour impossible tout en maturité et en puissance évocatrice.

Nous voici donc plongés auprès de Terashima, un médecin de bas rang, qui doit de pouvoir exercer ses fonctions à l'aide financière que le patriarche et Compte de la riche et estimée famille apporte à son mentor et patron du cabinet médical. En contrepartie, ce très sérieux médecin se voit confier la mission de veiller sur la santé du Tamako, la jeune fille de 16 ans de la famille Kikusui, en l'auscultant si nécessaire, quitte à aller outre la bienpensance de l'époque afin d'exercer son métier comme il se doit. La jeune fille, déjà promise en mariage à un bon parti qui deviendra le futur chef de la famille Kikusui, se veut très désinvolte et froide... jusqu'à ce que le comportement de Terashima avec elle n'éveille quelque chose en son for intérieur: pour la première fois, elle a le sentiment de tomber amoureuse, face à cet homme qui d'emblée la traite différemment qu'une simple fille bonne à être mariée. Entre le désir, les exigences de l'époque, ou les actes d'un futur époux abusant de son odieusement de son statut sur sa future femme, se déroule alors une histoire d'amour difficile tout en retenue, où Terashima, plus encore que la jeune Tamako, essaie d'enfermer ce qu'il pourrait ressentir. Jusqu'à ce que...

S'étant étirée de 1912 à 1926, l'ère Taishô n'est pas forcément la plus connue ou la plus représentée de l'Histoire nippone en manga. On peut bien citer quelques titres comme la très bonne série Les Mystères de Taishô de Kei Toume, mais globalement cette courte période reste relativement méconnue, et Hiromi Ebira se fait alors un plaisir de nous y plonger de manière immersive, en y exploitant certains problèmes de société de l'époque autour de la place du rang social, des strictes règles de bienséance encore en pratique, du mariage, de la femme, ou même de la médecine. Au fil d'un récit qui prend des allures classiques d'histoire d'amour impossible entre deux personnes qui ne sont pas du même rang, Ebira distille beaucoup de choses: le destin tout tracé d'une Tamako qui semble au départ comme dépourvue d'âme et de joie (sa vie étant déjà déterminée par son rang, par les choix d'une société élitiste patriarcale, sans qu'elle ait son mot à dire), la condition médicale de l'époque à travers un Terashima dont les méthodes, normales de nos jours, sont parfois mal vues ici, la manière dont l'élite peut se croire tout permis à travers un futur époux odieux et aimant montrer sa supériorité, les obligations du chef du cabinet face à son bienfaiteur financier...

Dans ce contexte par forcément inédit mais très bien rendu, la mangaka narre alors une romance tout en retenue mais brisant peu à peu les conventions de l'époque, quitte à se mettre certaines personnes à dos. Cela, elle le fait assez posément, avec une narration qui ne se brusque jamais, qui a un esprit en non-dits bien japonais et collant à l'époque, des dialogues fins qui ne se rallongent jamais inutilement, un esthétique elle aussi bien japonaise dans les contours et les visages des personnages, des décors très présents et crédibles, des trames savamment dosées qui approfondissent réellement le dessin, plusieurs détails subtils qui en disent long sur l'état d'esprit des personnages (comme un certain objet auquel Tamako tient beaucoup)... Le tout accompagnant très bien les lectrices et lecteurs jusqu'à un final aussi abrupt qu'étonnant, qui brille autant par le choc qu'elle eut provoquer que par sa liberté d'interprétation.

Sous la Lune de Taishô est donc un one-shot qui frappe juste, autant dans son propos bien abordé, que dans son portrait d'époque, dans son esthétique... Encore une sortie réussie pour Akata dans son optique de montrer du shôjo/josei différent de ce qu'on a trop l'habitude de voir en France, d'autant plus que l'édition est très satisfaisante: jolie jaquette différente de l'édition japonaise et plus parlante, impression honnête malgré quelques légers moirages, papier souple et sans transparence, onomatopées soignées (on notera d'ailleurs qu'il n'y en a pas beaucoup, puisque la mangaka préfère souvent évoquer les choses par un certain silence, sans en faire trop dans les bruits), et traduction appliquée de Gaëlle Ruel qui colle bien à l'ambiance et à l'époque.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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