Ce printemps remanent Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 12 August 2022

Avec Rouge Eclipse, courte série en 3 tomes qui dévoilait beaucoup de bonnes choses dans ses thématiques et qui est sortie dans notre pays en 2016, la mangaka Shiki Kawabata s'était installée comme une autrice de choix pour les premiers temps d'Akata en tant qu'éditeur indépendant à part entière. C'est avec plaisir que nous avions ensuite retrouvé l'autrice en 2018 chez l'éditeur avec Le Secret de l'Ange, une oeuvre en 4 volumes qui s(était révélait un peu plus inégale mais qui abordait elle aussi des sujets intéressants. Et Akata étant fidèle à ses mangakas autant que possible, il n'y a rien de forcément bien surprenant, après quatre année d'absence, de voir Kawabata enfin revenir dans notre langue cet été avec le premier volume de Ce Printemps Rémanent.

De son nom original Sekai de Ichiban Hayai Haru (un nom pouvant être traduit littéralement par "Le Premier Printemps du Monde"), cette oeuvre en 5 tomes a été prépubliée au Japon de 2018 à 2021 pour le compte du magazine Kiss des éditions Kôdansha, magazine bien connu pour les séries Princess Jellyfish, Perfect World et Nodame Cantabile entre autres. Par ailleurs, il s'agit du tout premier travail de Kawabata pour Kôdansha (elle qui, à part pour cette série, a toujours été fidèle aux éditions Shûeisha), la mangaka ayant pu compter ici sur son envie de collaborer avec une amie responsable éditoriale.

Ce Printemps Rémanent nous plonge aux côtés de Haruta, une autrice de mangas de 26 ans à qui tout semble réussir: sa première série longue, "Revive Line", a été un gros best-seller, s'est vendue à plus de 50 millions d'exemplaires, a été adaptée en anime, en film, en série et même en pièce de théâtre... si bien que maintenant que cette oeuvre est finie, elle est forcément attendue au tournant, en particulier par son responsable éditorial Arashi. Mais voilà, au fond, d'elle, quelque chose ronge Haruta depuis trop longtemps: elle a beau avoir bossé très dur sur sa première série, celle-ci n'a jamais été son histoire car elle a repris le scénario de Yukishima, un garçon qui a eu une grande importance dans sa vie quand elle était lycéenne et qui, à cause de graves problèmes de santé, est décédé il y a dix ans. Un choix qu'elle a toujours regretté, tout comme elle a toujours regretté la disparition soudaine de Yukishima, qu'elle a toujours voulu révéler au grand jour, chose pour laquelle elle n'a jamais trouvé le bon moment pendant la publication de la série. A présent, Haruta, mélancolique, n'a plus la motivation. Ah, si seulement elle pouvait rendre à Yukishima ce qui lui appartient... Et c'est précisément la chance qu'elle pourrait avoir quand, comme par miracle, la voici qui remonte le temps dix années auparavant, quand elle était une lycéenne en manque de confiance, à seulement une poignée de mois de la mort de Yukishima par maladie.

Shiki Kawabata nous fait donc le coup classique du saut temporel dans le passé, pour un récit qui démarre vite et assez autour d'enjeux suffisamment bien installés. Haruta pourra-t-elle racheter ce qu'elle voit comme une faute . Parviendra-t-elle à effacer ses regrets ? Voire trouvera-t-elle un moyen d'empêcher la mort de Yukishima, cette mort qui semble inévitable puisqu'il est atteint depuis toujours d'une maladie grave ? Il va de soi qu'au fil des pages notre héroïne, ayant certes retrouvé son corps d'adolescente mais ayant gardé sa vision d'adulte, posera un regard différent et parfois empreint de nostalgie sur ce retour en arrière, se souviendra de certaines choses, et ne fera plus forcément les mêmes choix que dans la première timeline de son adolescence. Et qui dit choix différents dit forcément réécriture de l'histoire, de certaines choses du passé, ce qui reste d'abord assez discret ici avant qu'un certain bouleversement ne survienne dans la dernière partie de ce tome.

Mais qu'on se le dise, nous ne sommes vraiment encore qu'au début de cette intrigue, où Kawabata nous présente avant tout la quotidien de lycéenne de Haruta auprès de Yukishima afin de mieux nous y immerger. De ce fait, on a droit à pas mal de moments très standard des récits lycéens, à des étapes si présentes dans de quotidien qu'elles sont inévitables bien que classiques. Et dans tout ça, même si l'on tiquera sur certains éléments qui apparaissent bien faciles (surtout concernant Arashi, sans spoiler) voire sur certaines choses trop caricaturales (la dégaine des trois autres membres du club de manga), on préfèrera surtout retenir les mises en avant du lien que notre héroïne a pu avoir avec Yukishima, ce garçon passionné de mangas ayant toujours su la pousser de l'avant. A part ça, sur le plan visuel, on retrouve avec plaisir le trait assez reconnaissable de Kawabata, avec ses silhouettes assez fines et élancées et son rendu clair.

Mise en place classique par certains aspects mais piquant bel et bien la curiosité, ce premier tome de Ce Printemps Rémanent accomplit très honnêtement sa fonction dans l'ensemble, en laissant s'installer des sujets prometteurs autour des regrets de Haruta et de ses liens avec Yukishima. il n'y a plus qu'à attendre la suite, en espérant qu'elle saura confirmer les promesses !

Niveau édition, on retrouve le petit format shôjo souple et agréable à manier assez typique d'Akata, avec un papier parfois légèrement transparent mais suffisamment qualitatif et permettant une honnête qualité d'impression. La traduction d'Aline Kukor est comme très souvent impeccable (notamment pour faire ressortir les éléments introspectifs), le lettrage de Sarah Balmer est soigné, et la jaquette conçue par Clémence Aresu conserve l'illustration de l'édition japonaise tout en proposant un logo-titre bien dans le ton.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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