Ballade de Ran (la) Vol.1 - Actualité manga

Ballade de Ran (la) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 07 April 2021

Les éditions Doki-Doki ont déjà montré à quelques reprises leur intérêt pour la dark fantasy, et elles confirment cela en ce début de mois d'avril avec la sortie d'un nouveau court représentant du genre. De son nom original Kegare no Uta/The Poetry of Ran, La Ballade de Ran est un récit bouclé en deux volumes, qui fut prépublié au Japon de 2017 à 2019 dans le magazine Young Dragon Age des éditions Fujimi Shobo, magazine pour jeunes adultes où on a pu croiser des séries comme High School DxD, Triage X, Konosuba... soit souvent des oeuvres teintées d'une petite pointe de fan-service. On doit ce manga à Yûsûke Osawa, un auteur que l'on avait découvert en France il y a quelques années chez Pika Edition avec le manga d'horreur chlorophyllienne Green Worldz.

La Ballade de Ran nous plonge donc dans un univers moyenâgeux où sévissent les karmas, de redoutables et souvent imposants monstres qui s'en prennent aux humains et détruisent petit à petit le monde. Pour contrer ces créatures terrifiantes, il n'y a que les exterminateurs, des combattants spécialement entraînés avec des armes spéciales, mais qui doivent également faire avec une donne cruelle: ils doivent absorber sur leur corps les souillures des monstres qu'ils éliminent, ce qui fait qu'ils ont souvent une espérance de vie faible...

Jeune ménestrelle de son état, True va de village en village pour chanter ses contes, malheureusement sans grand succès, d'autant plus qu'elle ne connaît même pas certains des chants les plus réputés, et que les passants semblent bien plus intéressés par regarder son énorme poitrine plutôt que d'écouter ses chansons... Mais la jeune fille ne désespère pas, et espère bien trouver, au fil de son voyage, des gens suffisamment intéressants pour qu'elle puise écrire des ballades sur eux. Et un beau jour, voilà que sa route la place devant Ran, un exterminateur un peu particulier car, bien que beau et efficace, il est très timide, a un mal fou à communiquer avec autrui, et est même effrayant dès qu'il essaie de sourire. Intrigué par cette homme, True décide de le suivre dans son périple, afin de raconter son histoire...

Sur le papier, la Ballade de Ran a de quoi intriguer, en semblant vouloir s'écarter un petit peu des habituels récits fantasy de chasse aux monstres au travers d'une idée séduisante: plutôt placer le récit du point de vue non pas du guerrier, mais de la jeune ménestrelle qui le suit, l'observe autant dans ses combats qu'au quotidien, en espérant pouvoir ensuite chanter comme il se doit son histoire et ses exploits. Une idée qui n'est pas sans rappeler, de prime abord, les anciennes chansons de geste du Moyen-Âge européen... mais dans les faits, qu'est-ce que cela donne ?

Eh bien, au-delà de cette idée de base intéressante, le fait est que l'auteur se perd assez vite dans un récit qui, tout compte fait, reste extrêmement basique tout au long de ce deuxième volume. L'univers jouit de lieux très bien grattés mais malheureusement pauvres dans ce qu'ils apportent, les personnages secondaires ne sont jamais développés ou alors uniquement en surface (comme Jill, une jeune exterminatrice voulant venger son père, et c'est tout), chaque nouvelle étape du voyage des deux personnages principaux est plutôt rushée... Et même si un fil conducteur se met quand même en place avec la présence d'un ennemi qui attend son heure, il faut vraiment attendre les toutes dernières pages pour qu'il passe à l'action, ce qui est moyennement rassurant pour une oeuvre vouée à se finir avec son 2e volume.

Surtout, le plus dommage dans tout ça, c'est que le mangaka exploite très peu cette idée de départ de narrer le récit via la ménestrelle. Il y a bien quelques bouts de chants, mais à part ça... Les observations que True fait sur Ran se résument à trois fois rien (il est timide, maladroit, visiblement un peu obsédé, mais quand même fort... et voilà), il n'y a pas vraiment de consistance pour le moment, Osawa se contente surtout d'enchaîner 2-3 combats classiques sur ces 160 pages. Et là où on aurait espéré une atmosphère un peu plus orientée chanson de geste/poésie, on se retrouve tout compte fait, également, avec pas mal de clichés propres de récits "young" (et de ce magazine de prépublication), à commencer par les notes de fan-service assez vite lourdingues, entre les remarques sur les boobs de l'héroïne, une elfe qui veut tout de suite l'emmener dans sa chambre, l'entrée en scène de Jill qui se résume à des vues sur sa poitrine... Si c'était bien intégré et qu'il y avait un fond derrière, pourquoi pas, mais là c'est légèrement lourd et ça casse l'ambiance.

Alors, tout est-il à jeter ? Certainement pas. A condition de ne pas trop en attendre, la lecture se suit quand même très facilement, l'ensemble est clair (mais au vu de la pauvreté de l'univers et du scénario, le contraire aurait été un comble)... et, surtout, il y a un gros travail visuel, où l'on sent que l'artiste s'est fait plaisir. Même si l'univers global est peu immersif, il faut reconnaître à Osawa des décors omniprésents, riches, soignés, avec même quelques chouettes architectures, comme ce grand centre des exterminateurs qui a de fortes allures de Sagrada Familia. Et côté bestiaire, le dessinateur fait du très bon travail, avec des designs monstrueux à souhait, quasiment horrifique dans leurs déformations, très denses... en somme, dans la droite lignée de Berserk, qui a peut-être été une source d'influence.

Pour le moment, La Ballade de Ran, c'est donc surtout un gros travail visuel, au service d'une intrigue très basique, plutôt lambda, dont la pointe d'originalité est largement sous-exploitée. Au vu des toutes dernières pages, on peut tout de même avoir espoir que les choses se développent un peu plus dans le deuxième et dernier tome, bien plus épais que celui-ci qui plus est. La Ballade de Ran est donc typiquement le genre de courte série dont on est content d'avoir l'intégralité en une seule fois.

Côté édition, Doki-Doki livre une excellente copie, en premier lieu pour le papier bien épais, la très bonne impression et la présence d'une première page en couleurs. A la traduction, pascale Simon propose quelque chose de correct, avec un petit effort fait sur certaines rimes pour les instants chantés. Enfin, le lettrage d'Elsa Pecqueur s'avère soigné.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

11.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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