Carole & Tuesday - Actualité anime

Carole & Tuesday

Review de l'anime : Carole & Tuesday

Publiée le Vendredi, 27 December 2019

N'importe quel fan d'animation japonaise de longue date connaît forcément le nom de Shinichirô Watanabe, tant l'homme se cache derrière plusieurs séries animées de grande qualité, de Cowboy Bebop à Space Dandy en passant par Samurai Champloo, Terror in Resonance ou encore Kids on the Slope. Ainsi, chaque nouveau projet où son nom est crédité suscite curiosité voire impatience, et ce fut à nouveau le cas à partir de mars 2018, quand fut annoncé une nouvelle série alors plutôt mystérieuse: Carole & Tuesday. Depuis, bien du chemin a été parcouru. La production a effectué des auditions à l'international pour interpréter les différentes chansons de la série. Puis on a pu en apprendre plus sur le staff: le studio Bones à la production, Watanabe qui est à la fois l'auteur et le réalisateur en chef mais qui délègue la réalisation de la série à Motonobu Hori qui occupe ce poste pour la première fois, au scénario Aya Watanabe, au character design original Eisaku Kubonôchi. à l'adaptation de ces designs pour l'animation Tsunenori Saitô (Sword of the Stranger). Enfin, il fut révélé que les 24 épisodes de la série seraient divisés en 2 parties de 12 épisodes chacune, et que l'oeuvre serait proposée à l'étranger sur Netflix.

Au Japon, la série est finalement arrivée dans le créneau +Ultra de la chaîne Fuji TV puis sur Netflix à partir du 10 avril 2019 pour s'achever le 2 octobre, non sans connaître à partir du mois de mai une adaptation manga. En France, les deux parties sont arrivées avec 4 mois d'écart, et tandis que la partie 2 est disponible depuis cette semaine, l'heure est venue de revenir sur la partie 1, disponible chez nous depuis le 30 août.

  

Carole & Tuesday nous plonge donc dans un monde qui, à l'instar d'un Space Dandy dans une certaine mesure, voit Watanabe nous proposer une certaine vision du futur. Voici déjà 50 ans que l'humanité entière a entamé sa migration vers la planète Mars, devenue habitable, et qu'elle y a reconstruit sa civilisation, dont la musique et autres formes de culture. Seulement, les humains ne produisent plus grand chose de cette culture réellement par eux-même: la majorité de la population se contente de consommer passivement, tandis que la production culturelle est majoritairement faite par intelligence artificielle. Ce monde, le staff dirigé par Watanabe s'applique, tout au long des épisodes et plus particulièrement dans les premiers, à bien en faire ressentir le côté futuriste, que ce soit à travers les bâtiments, les appareils robotiques du quotidien (lunettes connectées, véhicules, robot à bière...), et surtout l'omniprésence de l'IA jusque dans le monde culturel et musical. C'est immersif, plein d'idées, et très bon côté trouvailles et designs.

C'est dans ce contexte que deux jeunes filles complètement différentes vont se rencontrer dans la mégalopole d'Alba. L'une, Carole Stanley, est une orpheline née sur Terre avant d'arriver sur Mars, jouant habilement du clavier, et se produisant dans la rue quand elle n'est pas occupée par ses petits boulots qui lui servent à joindre les deux bouts même si elle est régulièrement renvoyée pour des bourdes. L'autre, Tuesday Simmons, est une fille de très bonne famille, un peu naïve mais déterminée, avec sa guitare, à vivre sa passion pour la musique. Et c'est bien pour ça qu'elle a décidé de fuguer de chez elle, où elle étouffait, quitte à se retrouver perdue dans une grande ville dont elle ne connaît rien. Dès lors que leurs routes se croisent, la claviériste des ghettos et la guitariste des milieux aisés vont s'attirer l'une l'autre par la sincérité et l'authenticité de leur musique, devenir amies puis partenaires musicales afin de former un duo tentant de faire ses preuves et de percer dans le milieu...

"Ce fut un miracle. Oui, dans l'histoire de Mars, on retiendrait ce nom: "le miracle de 7 minutes". Voici l'histoire des deux filles qui en furent la cause."

  

Une fille des rues cherchant avec caractère à survivre et à se sortir de sa situation précaire, et une fille de bonne famille un peu candide au départ mais ayant eu le courage de fuir les directives familiales pour se mettre en quête de sa passion et chercher sa propre voie: sur le papier, on a le coup classique du duo que tout semble d'abord opposer mais qui se retrouve réuni par un même désir, une même passion. Et à ce titre, Carole et Tuesday n'ont pas fini de nous conquérir épisode après épisode, tant, malgré les épreuves, elles chercheront toujours à s'en sortir, à faire leurs preuves, jusqu'à peut-être aller encore plus loin qu'elles ne le pensent. Leur parcours les amènera à croiser la route de nombreuses personnes. Gus Goldman dans le rôle du manager disant avoir eu un passé d'impresario brillant mais qui aujourd'hui est sur le déclin et cherche à se relancer en aidant plus ou moins efficacement les deux filles à se faire connaître. Roddy, une connaissance de Gus tombé sous le charme de nos héroïnes dès qu'il a vu leur premier concert live. DJ Ertegun, un DJ aussi populaire qu'il est narcissique et arrogant. Tao, un producteur musical froid se cachant derrière énormément de hits et cherchant à aller toujours plus loin dans ses expériences sur l'artificialisation des voix. Angela Carpenter, une belle et jeune mannequin ovulant se lancer dans la chanson sous l'égide de Tao et qui deviendra une charismatique et douée rivale de choix pour nos héroïnes. Ou encore Dahlia, parent et agent d'Angela ayant pour spécificité d'avoir des caractéristiques des deux sexes suite à l'influence de l'environnement martien. Pouvant afficher autant de facettes positives que négatives, la plupart de ces personnages s'avèrent déjà assez nuancés dans cette première partie et ont leur petit background, en particulier Gus et Angela, et tous ont des choses à véhiculer et accompagneront à leur façon le parcours de Carole et Tuesday.

  

Ce parcours, bien sûr, il est semé de diverses embûches. Parfois, c'est l'occasion d'approfondir encore le background des deux héroïnes elles-mêmes, et en particulier de Tuesday dont on cerne toujours mieux la situation familiale complexe, quand son frère a pour mission de la retrouver, ou dans les épisodes 11 et 12 achevant cette première partie. Néanmoins, le plus gros des obstacles est à chercher dans la difficile ascension musicale du duo: manque de crédibilité d'un manager qui était sur le déclin et qui conserve des maladresses, grande star de la musique qui les prend quelque peu en grippe pour certaines raisons, imprévus lors des représentations, fanatisme... Le récit s'applique beaucoup à dépeindre certains coulisses du monde musical, et évoquer cela nous permet d'arriver à ce qui fait le noyau dur de la série.

  

En effet, quiconque connaît la carrière de Watanabe sait à quel point l'homme est un passionné de musique, et cela se retrouve dans toutes ses oeuvres. Cowboy Bebop avait pour elle sa bande-son blues (entre autres influences) à tomber par terre, Samurai Champloo captivait pour son contraste entre univers samurai et musique hip hop, Kids on the Slope le voyait adapter merveilleusement l'excellent manga éponyme sur le jazz, Terror in Resonance était marquait par de froides sonorités nordiques à la Sigur Ros... sans oublier son statut de producteur musical sur l'excellente série Michiko to Hatchin avec ses musiques à connotation latine et psychédélique. Dans Carole & Tuesday, il s'intéresse encore à un autre genre musical, vaste et occupant de nos jours (et depuis les années 1980) une grosse partie de la production à succès: la pop et le pop rock. Cela passe notamment, dans la série, par énormément de petites références et de clins d'oeil, on pourrait par exemple citer tous les titres d'épisodes qui sont des morceaux bien connus, l'allure de certains personnages (par exemple, difficile, en voyant les deux vieillards barbus de l'émission Mars Brightest, de ne pas penser à ZZ Top), des petits jeux de mots (Bruno sur Mars/Bruno Mars, Ziggy en référence au Ziggy Stardist de David Bowie...). Les clins d'oeil vont même parfois plus loin que la simple sphère musicale, par exemple quand on se retrouve avec un référence au fameux tableau de Banksy que l'artiste lui-même a détruit lors d'une enchère. C'est très riche, on peut s'amuser ainsi à dénicher un bon nombre de clins d'oeil essentiellement musicaux mais aussi plus largement culturels, et qui permettent en plus d'encrer le récit dans notre monde, ainsi on peut avoir l'impression d'assister bel et bien à une vision de ce que notre monde pourrait devenir.

  

C'est aussi à travers les différentes étapes du parcours de nos héroïnes que Watanabe livre toute une vision du monde musical : concerts de rue pour essayer de se faire remarquer, première partie d'un concert, festival, émission télévisée en quelque sorte à la The Voice pour dénicher la star de demain... La série brasse beaucoup d'aspects tout en prenant soin de rester régulièrement assez critique, puisque tout est loin de se passer idéalement, et que plusieurs à-côté sont évoqués, comme le fait que dans ce futur les salles indépendantes n'existent quasiment plus, que la musique soit toujours plus uniformisée...

  

Et on arrive là au dernier point vraiment intéressant, celui où Watanabe se risque peut-être le plus, en soulignant une chose qui apparaît déjà assez vraie à notre époque concernant la musique: le fait que toute une part de la production pop et pop rock soit de plus en plus aseptisée. Omniprésence de l'intelligence artificielle, voix trafiquées qui n'ont plus rien de naturel, DJ aux musiques uniformisées, baisse de la créativité, population qui consomme tout ça trop passivement, etc, etc... Sans forcément être incendiaire, le récit semble surtout mettre en lumière les possibles limites de l'utilisation à outrance de l'IA, ce qui se ressent beaucoup à travers la voix que suit le producteur Tao et ce qu'il cherche à faire d'Angela. Et là aussi, la série s'amuse parfois à aller un peu plus loin que le simple cadre musical, en évoquant certaines limites des techniques modernes (par exemple, même s'il apparaît très sympa, Pyotr reste une bonne grosse caricature de l'instagrameur obnubilé par son image et sa popularité). Carole et Tuesday, elles, se reposent avant tout sur 5 choses: un clavier, une guitare, leur voix naturelle, des textes pouvant toucher simplement, et une passion franche. Sans doute est-ce pour cela qu'elles apparaissent si uniques, sincères et authentiques dans leurs représentations, comme un retour aux sources.

  

Et évidemment, qui dit série musicale orchestrée par Watanabe dit BO de qualité. Les musiques accompagnent toujours très bien le récit, et les différentes chansons sont impeccables, chacune dans leur catégorie, que ce soit les performance de DJ Etergun, les interprétations vibrantes d'Angela, mais avant tout les chansons de Carole et Tuesday qui touchent directement. C'est bien simple: le casting vocal est excellent, en particulier pour nos deux héroïnes dont les voix apparaissent vraiment en osmose (comment oublier ce "Can you feel my tears" ?). Sans oublier les entraînants opening et ending. On devine un très gros travail sur cette part essentielle de l'oeuvre. Notons quand même que le fait que les chansons soient toutes en anglais pourrait en chagriner certains.

  

Pour le reste, la série est techniquement très bonne sur cette première moitié. En dehors de quelques rares designs peu convaincants sur les véhicules, on a tout un univers travaillé dans les décors et les lieux, des designs de personnages très réussis jusqu'aux petites taches de rousseur de Tuesday, une mise en scène soignée, un rythme bien présent... Les comédiens de doublages japonais sont eux aussi tous très bons. Netflix a conçu une vf pour les réfractaires, mais, sans être catastrophiques, elle n'est pas terrible, avec des intonations souvent un peu trop monotones.

  

Au bout du compte, la première partie de Carole & Tuesday est, comme on pouvait l'espérer, captivante, que ce soit pour l'univers imaginés, la vision du monde musical, tout le travail sur les musiques, et le parcours de ces deux attachantes héroïnes qui, on l'espère, ne fait que commencer. A une heure où l'essentiel de la production de japanime se cantonne à des adaptations souvent peu ambitieuses, il est toujours bon, rassurant et revigorant de voir arriver ce genre de série originale maîtrisée.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

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MN Actus
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