BELLE - Actualité anime

BELLE

Review de l'anime : BELLE

Publiée le Jeudi, 06 January 2022

Mamoru Hosoda est sans doute l'un des cinéastes d'animation japonaise les plus appréciés chez nous, au même titre que Hayao Miyazaki, Makoto Shinkai, Satoshi Kon, et plus récemment Masaaki Yuasa. Aussi, chaque sortie de l'un de ses films dans nos contrées est un événement, tout comme peut l'être l'annonce d'un nouveau projet de l'artiste. Aussi, lorsque le projet Ryû to Sobakasu no Hime est dévoilé en 2020, on s'imaginait déjà une sortie en grandes pompes dans nos contrées, et ce malgré le contexte toujours tendu lié au Covid.

Toujours produit au sein de Chizu, le studio fondé par Hosoda et Yûichiro Saitô après leurs expériences chez Madhouse, le long-métrage atteint les cinémas japonais le 16 juillet 2021. A l'international, il prend un titre plus simple, celui de BELLE. L'allusion au conte de la Belle et la Bête est évidente, puisque l'intrigue nous montrera au fil des minutes qu'elle en est une version revisitée, tout en y greffant des idées et concepts chers au réalisateur depuis bien longtemps.


Mamoru Hosoda réalise donc le film et en écrit son scénario. Hiroyuki Aoyama officie en tant que character-designer et directeur de l'animation, un choix légitime puisqu'il a œuvré à ce second poste sur deux autres films de Hosoda : La Traversée du Temps et Summer Wars. Enjeu fort du film, la musique est composée par Taisei Iwasaki, un mélomane qui parlera peut-être pour son travail sur l'anime Blood Blockade Battlefront. Et puisque nous parlons de musique, soulignons le choix de la chanteuse Kaho Nakamura pour le rôle du personnage central, puisque c'est en grande partie par le chant que BELLE est un film qui parvient à s'exprimer. De notre côté, cette double vision de casting a aussi un sens puisque c'est la chanteuse Louane qui a été choisie pour camper l'héroïne et pousser la voix sur les quelques mélodies de l'aventure. Qu'on apprécie ou non l'artiste, force est de reconnaître que le choix est pertinent. Les paroles françaises, elles, ont été écrites par Cécile Corbel, chanteuse française dont l'univers est teinté du folklore breton, qui a brillé dans l'animation en chantant la B.O. française d'Arrietty : Le petit monde des chapardeurs.
A noter que, dans cette chronique, nous ne pourrons juger la performance de Louane puisque notre visionnage est basée sur une version sous-titrée en français. Mais nous aurons tout le loisir de nous intéresser à son implication dans un futur dossier.

De notre côté, après une présentation du métrage au Festival de Cannes durant l'été 2021 et plusieurs avant-premières, Belle atteint nos salles obscures le 29 décembre, distribué par Wild Bunch avec l'appui d'All the Anime qui éditera logiquement le film en DVD et Blu-ray.


La Belle, la Bête, un chant, des réseaux sociaux

Suzu Naito est une adolescente discrète. Vivant en rase campagne, elle vit dans son coin et n'ose même plus chanter depuis la disparition de sa mère, aux côtés de laquelle elle a découvert le monde de la musique. Contre toute-attente, Suzu parvient à dépasser son trauma lorsqu'elle découvre « U », un réseau social ultra moderne sous forme de monde virtuel dans lequel la jeune fille peut évoluer sous l'apparence d'un avatar bien différent de sa véritable enveloppe charnelle. Dans cet univers, Suzu se nomme Belle et parvient à pousser la voix. Rapidement, sa notoriété la dépasse, Belle enregistrant des millions de fans et devenant une diva de « U ». Alors qu'elle parvient à surmonter son passé dans ce monde virtuel tout en cachant sa véritable identité dans le monde réel, elle va découvrir l'existence d'un être bien différent d'elle, un membre à l'apparence d'une bête traquée par les autorités des serveurs, crainte par beaucoup et admirée par d'autres...


Belle, un conte modernisé, fruit de l’œuvre de son réalisateur

Le fait que BELLE soit une version plus actuelle de La Belle et la Bête, conte largement popularisé par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont au XVIIIe siècle, n'est ni un mystère ni une analyse poussée, tant cette promesse réside dans l'intitulé international du long-métrage comme dans le synopsis et dans les intentions de Mamoru Hosoda. Ainsi, Belle n'est autre que l'avatar de la jeune Suzu dans un réseau social dernier cri aux élans virtuels, là où la Bête est un marginal qui effraie beaucoup d'utilisateurs, mais que personne ne connaît véritablement. L'idée d'une vision moderne du conte ne tient pas seulement à ces pistes de scénario mais aussi à sa progression globale, aussi les spectateurs ayant en tête le long-métrage des studios Disney pourront facilement faire les parallèles entre les développements des deux fils rouges.

Au-delà de ce remake moderne, Mamoru Hosoda impose inévitablement sa patte à l'aventure. Il suffit d'avoir vu quelques films du réalisateur pour comprendre qu'il y a chez lui certains paternes, ainsi que des thématiques qui reviennent à plusieurs reprises. On pourra penser à celle de la famille, notamment avec Les Enfants Loups et Mirai, ma petite sœur, mais c'est surtout l'idée des technologies modernes (pour ne pas parler de mondes virtuels) et le rapport que nous avons avec eux qui trouve une place forte dans BELLE. Ainsi le réseau « U » est un monde numérique à part entière, un lieu à la foi doté d'une certaine féérie tout en étant un univers inventif dans ses représentations visuelles, permettant au cinéaste d'orchestrer des plans magistraux qui attestent cette aura d'autre monde du lieu virtuel. Dans ce cadre, les rapports humains trouvent de multiples formes, aussi les chants de Belle y apportent un côté enchanteur tandis que les interventions de la Bête (aka Dragon) y introduisent plus de nervosité, voire même de l'action à certains instants. Et dans certaines représentations des rapports sociaux du réseau, force est de constater que Mamoru Hosoda reprend des mimiques de mise en scène qu'il a exprimé tôt dans sa carrière, déjà avec le film Digimon Adventure : Bokura no War Game, puis dans Summer Wars.


Surmonter le trauma

BELLE est un film qui s'intéresse alors au pouvoir des réseaux sociaux, et plus globalement à l'impact des technologies nouvelles. Il le fait en grand focus avec l'histoire de Suzu, adolescente discrète dont la perte de sa mère dans un dramatique incident a créé chez elle un blocage. Elle qui a grandi dans la musique, la voilà tout bonnement incapable de chanter en publique, et plus globalement de s'exprimer de vive voix autour de camarades. « U » sera un premier moyen pour elle de briser ces chaînes et de trouver un semblant de stabilité, même si l'idée de devoir composer avec deux identités nettement différentes mettra Suzu dans certaines difficultés.

Il y a donc une dimension humaine forte, qui prend de l'importance tout le long du visionnage. Bien des éléments qui construisent l'identité du métrage viennent jouer sur la quête psychologique de Suzu, adolescente qui va chercher à surmonter ses traumatismes d'autrefois pour aller de l'avant, aussi bien pour elle que pour les autres (sans trop en dire). En soit, l'histoire narrée est particulièrement forte, voire dramatique, mais Mamoru Hosoda parvient à lui conférer bien des nuances, notamment lorsqu'il s'agit de s'intéresser à Suzu et à son entourage dans leur quotidien. Ces moments narrent une rupture entre la grandiloquence du monde de « U » et la rationalité du monde véritable, plus posé et où transparaissent à tour de rôle l'humour ou la mélancolie. Deux facettes d'une même pièce puisque, désormais, les réseaux sociaux font partie de notre quotidien. Et c'est par ces deux alternatives du monde qui l'entoure que l'histoire de Suzu peut être contée. Le réalisateur ne cherche pourtant pas à idéaliser ses technologies puisque « U » est aussi un monde présenté avec ses quelques travers, par des points qu'on serait tenté de connecté avec l'idée d'influenceurs, de manière assez amusante.


Aboutissement d'une formule ?

Il convient alors de se demander si les esthétiques choisies et l'histoire racontée aboutissent à un ensemble cohérent et solide. Car c'est peut-être ce qui manquait à Mirai, ma petite sœur, précédent film du réalisateur. Le récit semblait partir dans des directions différentes, ce qui pouvait nous perdre tout en nous privant d'un climax connectant les différents points artistiques, de réflexion et de développement du métrage. Avec BELLE, le cinéaste fait une proposition totalement différente. On pourrait même dire que c'est dans sa conclusion, certes un peu facile dans sa tournure au point de peut-être remettre en question la suspension d'incrédulité de plusieurs spectateurs, que le film raccorde les wagons comme il se doit. Il créé des connexions scénaristiques et thématiques pertinentes tout en donnant l'occasion à un second visionnage dont le sens nous paraîtra beaucoup plus évident. Car BELLE, de par sa quête humaine, à un objectif narratif à présenter. Il ne s'agit pas d'une simple histoire d'amour mais une fiction humaine dont les différents embranchements ne sont jamais le fruit du hasard, chaque moment du scénario ayant été réfléchi en amont. Ce qui peut être à double tranchant, d'ailleurs : Car l'intrigue est si dense que certains instants peuvent nous paraître rapide, notamment le lien qui se développe entre Belle et Dragon. Et si ces phases du récit manquent d'un tout petit peu de temps, leur sens n'est jamais altéré par le rythme de l'ensemble.

On ressort alors du visionnage avec plusieurs degrés de satisfaction. D'un côté, l'émerveillement pur du spectacle de part le travail du réalisateur et de ses équipes qui aboutissent à un divertissement à savourer dans les meilleures conditions possibles, en salle ou en haute-définition. Et en parallèle, c'est toute la richesse d'une histoire a priori simple mais pourtant teintées de nuances qui donnent lieu à un film qui méritera d'être vu plusieurs fois pour être pleinement apprécié. Le récit est brillamment conté et fort dans ses subtilités mais aussi dans l'humanité qui s'en dégage. Depuis notre siège, on serait alors bien tenté de participer (certes en retard) aux ovations que Mamoru Hosoda a reçu lors de l'avant-première du Festival de Cannes, durant l'été 2021.


Une BELLE chanson

Condensant moult ingrédients propres à Mamoru Hosoda, des thématiques chères au cinéaste à son amour pour les univers numérique bien présent depuis ses excellents films Digimon Adventure, BELLE est assurément une des pièces les plus maitrisées du réalisateur. Esthétiquement beau et immersif, humainement généreux, dramatiquement parfaitement équilibré, le film méritera peut-être deux visionnages pour être pleinement apprécié, de manière à profiter de l'expérience après avoir toutes les clés en main. A la fois enchanteur, moderne et rythmé, le film peut assez difficilement laisser indifférent. A noter que cette chronique s'appuie sur un visionnage en version originale sous-titrée, aussi nous ne pouvons juger la VF, ni la prestation de Louane dont la présence dans le casting semble pleinement justifié étant donné ses leitmotiv. Ça sera une occasion idéale pour nous de nous pencher de nouveau sur BELLE ultérieurement, via un dossier plus développé.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
MN Actus
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