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Manga Interview de Rie Aruga, autrice de Perfect World et Par-delà les étoiles


Jeudi, 10 December 2020 à 16h00 - Source :Rubrique interviews

Présentes lors de Japan Expo, les éditions Akata ont brillé grâce à une invitée d'envergure : Rie Aruga, autrice du manga Perfect World et du one-shot Par-delà les étoiles.

Si le lectorat francophone apprécie énormément le premier titre, le second a aussi un statut particulier chez nous, car sa version physique est inédite à notre pays. Au Japon, il n'est disponible qu'en numérique.

L'artiste nous a fait l'honneur d'une interview, au cours de laquelle elle est revenue sur ses deux titres, leurs développements respectifs, et sa manière de découper son travail. A l'occasion de la sortie du tome 11 de Perfect World cette semaine, nous vous proposons enfin de la découvrir!



Comment êtes-vous devenue mangaka ? Y a-t-il eu un déclic dans votre jeunesse ? Avez-vous suivi une quelconque formation artistique ?


Rie Aruga : Devenir mangaka était mon rêve depuis toute petite. Mais, en grandissant, je me suis éloigné de ce rêve pour travailler dans une entreprise ordinaire.

Un jour, un manga a connu un énorme succès : Nodame Cantabile. Il était très à la mode, même dans l'entreprise où je travaillais. En le feuilletant, je me suis souvenue de mon rêve, et j'ai voulu tenter moi aussi de devenir mangaka. J'ai ensuite proposé une histoire courte au magazine Kiss, qui prépubliait justement Nodame Cantabile.

Le soir, après le boulot, je travaillais mes planches de mon côté. J'ai tout appris par moi-même, sans passer par une quelconque école d'art.


Votre première œuvre publiée en tant que professionnelle est Par-delà les étoiles. Pouvez-vous nous parler de la naissance de cette histoire ?

Rie Aruga : Depuis longtemps, j'aime écrire des histoires d'amour. Comme j'aime aussi beaucoup ce qui touche aux étoiles et à l'astronomie, j'ai voulu inscrire ces thèmes dans un récit romantique. C'est cette histoire que j'ai soumise au magazine Kiss, histoire que j'ai reprise et développé un peu plus longuement pour donner Par-delà les étoiles.

La série est courte, elle équivaut à un seul volume en ce qui concerne notre édition française. Cette courte durée était-elle prévue depuis le départ ?

Rie Aruga : C'est un manga qui est né grâce à un concours de jeunes talents. Mais par la suite, l'aventure ne s'est pas si bien passée. Après discussion avec mon éditeur, nous avons décidé de conclure la série après six chapitres.

L'édition physique est une exclusivité française. Cela a-t-il demandé un travail particulier avec les éditions Akata ?

Rie Aruga : J'ai fait totalement confiance aux édition Akata, et leur ai laissé carte blanche sur la manière de l'éditer physiquement en France. En contrepartie, j'ai écrit le commentaire pour le rabat de la jaquette de la version française.


Parlons maintenant de Perfect World. Le sujet de la série, le handicap physique, est peu commun dans le Manga. Ainsi, votre éditeur vous a-t-il posé quelques contraintes quand vous lui avez dit vouloir aborder ce thème ? Y avait-il des tabous à ne pas évoquer ?


Rie Aruga : Je suis finalement très libre sur ma série. Mon éditeur ne m'impose rien, au contraire même, il m'encourage à être la plus transparente et la plus réaliste possible.

Comme je me suis énormément documentée, je fais particulièrement attention au choix des mots, afin de ne pas avoir à modifier le récit. Le résultat sera suffisamment juste pour ne pas avoir à censurer le texte.


La question suivante comprend une information majeure sur la suite de la série, mais que nous ne pouvons omettre pour ne pas dénaturer les propos de l'autrice. Vous voilà prévenus...


La série ne se contente pas d'utiliser le handicap physique comme ressort dramatique, elle nous apprend aussi beaucoup de choses sur le sujet. Cela doit demander une grande documentation. Cette phase documentaire vous prend-elle beaucoup de temps ?

Rie Aruga : En effet, sans recherches, difficile pour moi de poursuivre la série. Même à ce stade, je continue de me documenter, surtout en ce moment avec l'histoire d'Itsuki et Tsugumi qui cherchent à avoir un enfant.

Je cherche surtout des témoignages. Je parle avec des personnes et pas seulement un seul cas de figure, je m'adresse à plusieurs couples. Chaque individu a une mentalité différente, je dois donc m'éparpiller le plus possible afin de collecter le plus grand nombre de visions différentes.

Par rapport à cette recherche documentaire, découpez-vous votre emploi du temps de manière spécifique ? Consacrez-vous une période précise de la semaine ou du mois pour vos recherches ?


Rie Aruga : Oui, cette phase de documentation a lieu en début de mois, lorsque je rencontre mon éditeur pour discuter du chapitre en cours. On parle du sujet abordé, et on met en place la phase documentaire avant que j'entame mon storyboard.

Cette étape a une durée variable car selon le chapitre, j'aurais besoin de plus ou moins de documentation. Je peux parfois puiser dans d'anciens témoignages quand le sujet a déjà été abordé, mais je dois interroger d'autres personnes quand il s'agit d'idées nouvelles à traiter.


On constate que dans la série, aucun personnage n'est fondamentalement tout noir ou tout blanc. Chacun est nuancé à sa manière. C'est une écriture remarquable car, étant donné le sujet de l’œuvre, celle-ci ne tombe pas dans des clichés. Est-ce que cette nuance est un point d'honneur que vous avez cherché à entretenir ?

Rie Aruga : Ce n'est pas un aspect que j'ai appuyé volontairement. Je pense que les humains sont complexes, et qu'ils ont aussi bien des bons côtés que des mauvais. D'ailleurs, dans la première version de la série, les personnages étaient un peu plus marqués dans ces clichés. Tsugumi était sur-positive et pouvait tout surmonter, tandis qu'Itsuki était un stéréotype de personnage masculin de manga shôjo. Avec mon éditeur, nous avons senti que ça n'était pas assez réaliste, et nous avons cherché à réorienter tout ça. Le Itsuki que l'on connait maintenant a des réactions négatives à propos de son handicap, mais aussi d'autres très positives. C'est ce genre de fluctuations qui me paraissaient naturelles.

Perfect World a été adapté par deux fois en version live : un film live l'année dernière, et une série en prise de vue réelle. Avez-vous contribué d'une quelconque manière à ces adaptations ?


Rie Aruga : Ma participation s'est limitée à de la validation d'éléments qui m'étaient soumis. Quand le projet global était finalisé, il m'était montré. Cela concernait les bibles d'adaptation mais aussi le choix des acteurs. Je me contentais vraiment des validations de ce genre.


Interview réalisée par Takato et Koiwai. Remerciements à Rie Aruga pour cette interview, et à Bruno Pham des éditions Akata pour la traduction et l'organisation de la rencontre.

  




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