Rencontre avec Makoto Aizawa, auteur de Quand la neige m'appelle- Actus manga
actualité manga - news illustration

Manga Rencontre avec Makoto Aizawa, auteur de Quand la neige m'appelle


Mercredi, 25 September 2019 - Source :Rubrique Interviews

Japan Expo 2019 signait la première participation des jeunes éditions ChattoChatto au salon. A cette occasion, l'éditeur proposait un invité de marque, Makoto Aizawa, le jeune auteur du one-shot Quand la neige m'appelle, inspiré du mythe de la Femme des Neige (ou Yuki Onna).

Malgré son emploi du temps plus que chargé, le mangaka nous a reçu le temps d'une interview qui nous a permis d'en apprendre plus sur la manière dont il a développé son récit, et sa vision de la légende Yuki Onna.



Bonjour M. Aizawa. Vous dite en postface de Quand la Neige m'appelle que vous avez dessiné ce manga à un moment charnière de votre avis. Est-ce à cet instant que vous avez souhaité devenir mangaka ?


Makoto Aizawa : En effet, j'ai écrit cette histoire durant ma dernière année d'études. C'était une université d'Arts, alors on peut penser que le rythme de travail était plus léger par rapport aux autres établissements où la cadence est plus importante. Je voyais autour de moi mes camarades entrer dans le monde actif, passer des entretiens et chercher des boîtes pour lesquelles travailler. Je réfléchissais moi aussi à mon futur, et je me demandais ce que j'allais faire de ma vie. C'est à ce moment là que j'ai pu réaliser ce manga, ce qui fut un choix et un moment crucial de cette période.

Comment est né le manga ? Est-ce vous qui avez démarché les éditions Takarajimasha, ou est-ce plutôt elles qui vous ont repéré ?

Makoto Aizawa : Non, c'est un peu différent. A la base, j'ai publié Quand la Neige m'appelle sur un site web tenu par un éditeur indépendant assez connu : Den no Mabô. Quand j'ai terminé la publication, j'ai eu envie que cette histoire soit publiée physiquement. J'ai commencé à démarcher les maisons d'édition, dont mon éditeur actuel. C'est donc moi qui leur ai proposé l'édition physique de cette histoire qui était déjà concrétisée.


Vous dîtes que le storyboard vous a posé pas mal de soucis. Quelles furent les difficultés à mettre en images le mythe Yuki Onna ?

Makoto Aizawa : Au tout départ, quand j'ai commencé à travailler sur cette histoire, j'ai été très fidèle au récit d'origine qui se déroule il y a plus de 100 ans. J'ai discuté avec mon éditeur qui pensait que faire évoluer le récit dans une époque pré-moderne ne parlerait pas aux lecteurs contemporains. Il fallait que je trouve une astuce. C'est à ce moment-là que nous avons décidé de transposer le récit à notre époque. La seconde étape fut de raconter la suite de l'histoire, une fois que la séparation entre le héros et Yuki Onna est effectuée. C'est vraiment ce processus, trouver les idées et savoir ce que j'allais raconter, qui m'a donné du fil à retordre.

Dans le mythe original, Sakai est un bucheron. Pourquoi avoir fait de lui un soldat ? Était-ce pour l'opposer à la femme de neige ?

Makoto Aizawa : Il y a une autre raison qui justifie ce choix. A la base, dans le récit d'origine, il est question d'un homme qui épouse un être paranormal, et qui se sépare d'elle à la fin. Dans certaines interprétations, l'histoire conte le mariage d'êtres de deux communautés différentes, voire même de nationalités différentes. Ça m'a beaucoup touché car au final, le thème de l'histoire, c'est peut-être qu'on ne peut pas se comprendre les uns les autres. C'était triste, mais aussi intéressant car ça pouvait servir de base à mon adaptation. En ayant établi ceci et en réfléchissant aux personnages, je trouvais intéressant de faire de l'homme un soldat. Car un soldat, c'est quelqu'un qui va vers son prochain en le considérant comme son ennemi. Il va donc amener une part d'agressivité. C'était une notion qui avait du sens, je trouve.


Dans votre récit, le rythme est rapide et la narration est toujours vive. Est-ce volontaire ? Était-ce ainsi que vous vouliez raconter Yuki Onna ?

Makoto Aizawa : Je ne pense pas que ce soit quelque chose de conscient et volontaire. C'est peut-être plus en rapport avec ma personnalité... c'est comme ça que je le perçois. Le projet est simplement parti dans la bonne direction, ce qui a donné ce résultat. Quand je travaille sur d'autres titres, le rythme marchait moins bien et pouvait gêner la lecture, je trouve.


La légende de Yuki Onna est assez cruelle, mais vous en faite quelque chose de mélancolique. Est-ce comme ça que vous avez ressenti l'histoire la première fois que vous l'avez lue ?


Makoto Aizawa : En ce qui me concerne, j'ai tendance à aller du côté de la tristesse dans mes histoires. Je trouve qu'elle est un bon moteur de récit, que ce soit en me basant sur mes propres expériences ou en racontant la tristesse d'autrui, ce qui va permettre de communiquer de l'empathie qui résonnera chez le lecteur. C'est un sentiment qui me permet de trouver des idées pour faire progresser mes intrigues.


Votre style visuel est atypique, il rend des dégradés comme si vous peignez vos planches. Quelles sont vos méthodes, ainsi que vous outils de travail ?


Makoto Aizawa : J'ai travaillé sur ce manga lors de ma dernière année d'études. A l'époque, j'étais très influencé par la bande-dessinée franco-belge. J'avais donc développé un style différent de ce à quoi on s'imagine quand on pense au manga japonais. Côté technique, je travaille énormément à l'encre de Chine que je dilue avec de l'eau, ce qui permet d'atteindre des dégradés. C'est un procédé japonais qu'on appelle le « Sui Bokuga ».


Remerciements à Makoto Aizawa à son interprète Emmanuel Pettini, et à Nicolas Galiano des éditions ChattoChatto pour l'organisation de la rencontre.




Comments

Suivre les commentaires DONNER VOTRE AVIS



Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News