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Manga Interview de Seiho Takizawa (Sous le ciel de Tokyo...)

Mardi, 14 Novembre 2017 - Source :Rubrique Interviews

Surtout connu pour ses récits sur l'aviation parus en France aux éditions Paquet (Japanese Interceptors 1945, Un Cri dans le Ciel Bleu, 103ème Escadrille de Chasse...), Seihô Takizawa, revient en ce mois de novembre aux éditions Delcourt/Tonkam avec Sous le ciel de Tokyo..., une tranche de vie teintée de drame, qui se déroule durant la période de la Seconde Guerre Mondiale.

Présent en France le mois dernier, l'artiste a accepté de nous accorder une interview dans les locaux de Delcourt/Tonkam au sujet de sa nouvelle oeuvre. Compte-rendu !


Comment est née votre passion pour l’aviation de guerre ?

Seiho Takizawa : Comme beaucoup de jeunes garçons, j'aimais déjà beaucoup les avions quand j'étais tout petit, mais c'est surtout quand j'ai commencé à dessiner des mangas d'aviation en tant que professionnel que j'ai commencé à aimer ça de plus en plus.

A l'origine, mon tout premier manga d'aviation, qui se trouve dans Japanese Interceptors 1945, est un travail de commande d'un magazine de modèles réduits qui m'a demandé de faire un récit de guerre. J'avais le choix entre le thème des chars, celui des soldats, celui des avions... j'ai choisi ce dernier.



Donc avant de dessiner ce premier manga, vous ne vous y connaissiez pas spécialement en matière d'aviation ?

En effet (rires). C'est vraiment au fil des mangas que j'ai pu faire sur ce sujet que je me suis trouvé une passion là-dedans.

Il faut savoir qu'à l'époque où j'ai dessiné mon premier manga sur le sujet, je n'avais que deux livres sur l'aviation chez moi. Avant ça, j'étais plutôt branché mechas, vaisseaux spatiaux, science-fiction... Mais après, au bout de deux ans à travailler sur ce thème, je me suis retrouvé avec une dizaine de livres sur le sujet.


Quel auteurs et œuvres en particulier ont forgé votre envie de devenir mangaka ?

Quand j'étais au lycée, j'ai trouvé dans le magazine de prépublication shôjo Ribon une mangaka du nom de Yumiko Tabuchi. Aujourd'hui, elle a pris sa retraite depuis longtemps. A cette époque, elle m'a fait réaliser que même avec un manga on peut faire de la littérature. C'est la première fois que je me suis dit que le manga pouvait être vraiment génial, et que j'ai eu envie de devenir mangaka.



Quels grands noms de l’aviation, japonais ou non, préférez-vous, et pourquoi ?

En réalité, même si j'en ai vu plein dans mes documentations, je n'ai pas de préférences en particulier.


Ce sont plus les avions en eux-mêmes qui vous plaisent ?

Non plus. Ce qui m'intéresse, c'est de raconter des histoires avec des pilotes d'avions. Je n'ai pas de préférences pour certains modèles.



Sous le ciel de Tokyo… en plus de l’aéronautique, nous invite à suivre le quotidien d’un couple en pleine 2nde Guerre Mondiale. On retrouve très souvent cette période dans vos œuvres. Qu’est-ce qui vous donne envie d’aborder cette époque ?

Je n'ai pas fait que cette période-là en manga, mais si je fais beaucoup de récits dans cette époque, c'est surtout parce que mes parents l'ont vécue et m'ont raconté leurs expériences de cette guerre de façon très réaliste. Recueillir des témoignages de personnes qui ont connu ça est quelque chose de très fort émotionnellement. Et surtout, c'est presque la seule guerre dans laquelle le Japon s'est énormément investi à grande échelle. C'est pour ça qu'en tant que Japonais, je pense que j'ai la nécessité de dessiner cette période-là.


Vous qui n’avez pas connu cette époque et avez grandi et vécu pendant les décennies suivantes, quel regard avez-vous sur cette période ? Et à travers vos œuvres, qu’est-ce que vous souhaitez le plus transmettre aux jeunes générations dessus ?

Tout simplement, je trouve que cette guerre a été un moment vraiment tragique de notre histoire, mais en même temps je pense que ça devait arriver dans tous les cas de figure. Dans l'Histoire, il y a eu énormément de guerres, celle-ci en est une. Mais ma réflexion là-dessus s'arrête là, il n'y a rien de plus.

Si j'ai envie d'émettre un message, je me serais baladé avec un grand panneau (rires). Il n'y a pas vraiment de message que je souhaite transmettre à mes lecteurs, moi je ne fais que raconter des histoires et dessiner. Après, c'est à chaque lecteur de juger.



Le récit est très précis sur tout ce qui concerne l’ingénierie de l’époque ou les différences de moyens entre le Japon et les USA. On devine une forte documentation. Quelle part du travail ça a représenté ?

Pour cette dernière période de la 2nde Guerre Mondiale, il y a énormément de documentation, donc ça a été facile à trouver. Pour des périodes plus anciennes de cette guerre, j'aurais dû me donner davantage.

En réalité, ce qui est le plus dur dans mon travail, c'est de dessiner tout ça avec précision. Ca me prend beaucoup de temps, et ça demande beaucoup d'efforts. Mais pour les éléments relevant de la documentation, comme les écarts entre Japon et USA, je ne me suis pas donné autant de peine.


Il y aussi un grand soin accordé à la relation du couple principal : lui est en mode métro-boulot-dodo, et elle le soutient comme une bonne épouse, avec son propre courage au quotidien, avec du caractère et de l’obstination aussi. Qu’avez-vous voulu montrer à travers cette vie de couple ?

Quand on lit un récit de guerre, généralement on a droit à des scènes de batailles très glorieuses, très violentes, et ce ne sont que des hommes courageux qui sont mis en avant. Dans mon cas, ici j'ai voulu montrer ce que ces gens-là, ces soldats, sont des hommes comme tout le monde, qui s'inquiètent de leur salaire à la fin du mois, qui se disputent avec leurs proches, veillent sur eux... Devant les récits classiques de guerre, j'ai voulu proposer des scènes de combat bien sûr, mais aussi les facettes plus simples et plus humaines.

Tout à l'heure, vous me demandiez si j'avais des pilotes préférés et je vous ai répondu non, car ce n'est pas ça qui m'intéresse. Les gens extraordinaires, les génies de l'aviation, ce n'est pas ce qui suscite mon intérêt.



Dans le récit il y a l’évocation et la citation de « Vol de nuit » de Saint-Exupéry, qui était à la fois écrivain et aviateur. Pourquoi lui ?

Je trouvais ce passage du roman particulièrement beau. J'aime beaucoup le sentiment du pilote, qui aime quelqu'un au sol, mais qui prend quand même son avion pour voler. Il pourrait très bien rester les pieds sur terre, avec celle qu'il aime, mais quand vous êtes pilote vous allez voler, c'est obligé. C'est cette chose-là qui m'a beaucoup interpellé dans « Vol de nuit ».


Interview réalisée par Koiwai. Remerciements à Seiho Takizawa, à son interprète Takanori Uno, ainsi qu'aux éditions Delcourt/Tonkam et en particulier à Solène Ubino pour la mise en place de cette rencontre.
  







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