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Ciné-Asie Critique - Ichi The Killer


Lundi, 18 June 2012

Aujourd'hui, Rogue s'intéresse à l'adaptation en film du célèbre manga d'Hideo Yamamoto: Ichi The Killer réalisé par Takashi Miike !


 
 
Le chef du clan Anjo a disparu, ce qui provoque la panique de ses membres. Kakihara (Tadanobu Asano), ultraviolent et sadomasochiste, accompagné de quelques-uns de ses frères yakuzas, met tout en oeuvre pour retrouver le big boss, auquel il est très attaché, pour des raisons morbides (son boss est le seul à lui avoir fait ressentir la vraie douleur). Le clan Anjo découvre qu'un mystérieux tueur, appelé « Ichi » (Nao Omori), est à l'origine des massacres qui ont lieu en ville, et dont le boss a vraisemblablement été victime.

Sorti en 2001 et réalisé par le subversif Takashi Miike, Ichi the killer (« Koroshiya 1 » en japonais) est inspiré du manga du même nom de Hideo Yamamoto, disponible en France chez Tonkam. Extrême, ultraviolent, tels sont les qualificatifs qui ont fait la réputation du film. Alors, film culte ou largement surestimé ? Autant vous dire qu'on se situe clairement dans la seconde option. Car, hormis sa réputation, Ichi the killer n'a pas grand chose pour lui.

Evoquons tout d'abord le premier DVD, qui contient le film agrémenté de quelques bandes-annonces.

La structure du film est à réserver à une catégorie d'initiés, puisqu'Ichi the killer resemble tour à tour à un thriller très classique sur fond d'enquête pour retrouver la victime puis le criminel, un film à sketches, une succession de clips façon MTV, voire par moments une oeuvre expérimentale, toujours ponctuée de pseudo-trouvailles visuelles ou sonores, qui se conclut finalement sur un combat final attendu, mais qui déçoit volontairement le spectateur en organisant l'absence de climax. Selon vos affinités, vous pourrez ainsi considérer ce film de Miike comme un savoureux patchwork, savant et habile, ou comme un non-film indigeste et prétentieux. La balance penche clairement vers la seconde proposition quand on s'intéresse à la narration, totalement décousue. Le spectateur subit : on passe d'un personnage à un autre sans un minimum de transition, les flash backs ne sont pas clairement établis, le réalisateur distille le doute sur des faits ayant existé ou pas. Ciel, que cette mise en scène est fastidieuse ! Et que ce film est inutilement loooonnngggg !

Si encore ce patchwork offrait une certaine clarté... mais non, tout dans Ichi the killer confine au trip visuel et narratif hallucinogène, qui ne convainc que Miike lui-même. Ses références, d'ailleurs, n'en sont pas vraiment : un yakuza déguisé en ours qui renifle la zone intime d'une femme presque morte pour repérer un méchant, Ichi a priori complètement désaxé qui trouve quand même le moyen de s'habiller en super héros dans un costume moulant pour vaincre les méchants sur mission de son tuteur, ce même tuteur joué par Shinya Tsukamoto (réalisateur du nihiliste « Tetsuo ») qui se révèle être un culturiste caché sous imperméable, les filles toutes plus dénudées et vulgaires les unes que les autres et simples accessoires de tabasseries. Quelques clins d'oeil sont lancés à d'autres films, comme « Henry, portrait d'un serial killer », mais cela ne va pas plus loin.

La description de la personnalité d'Ichi est complètement ratée. Déjà que le personnage est insupportable en soi (pleurnichard et bruyant), était-il judicieux de verser dans la caricature, Ichi n'étant rien d'autre qu'un schizophrène troublé sexuellement par un traumatisme d'enfance, et guidé dans ses massacres par un étrange tuteur culturiste ? Il fait ce qu'il ne veut pas faire, recherche la culpabilité. Ce paradoxe permanent aboutit à des situations franchement lassantes.

Si Takashi Miike et ses acteurs s'amusent, ainsi qu'un corpus assez réduit de fans souvent festivaliers, ce n'est pas mon cas. Parce que la mise en scène et le scénario sont à oublier, on retient d'Ichi the killer ce qu'il ne faudrait justement pas retenir : des scènes de torture d'une violence insoutenable pour beaucoup. Là encore, le film déçoit par la confusion des genres installée. Car deux genres de scènes peuvent être distinguées : des scènes de torture extrêmement cruelles ou des scènes résolument « too much » et irréalistes à grands renforts d'hémoglobine ou de membres coupés. Les unes sont impressionnantes et réussies, les autres versent dans le grotesque, avec des effets spéciaux très série B (peut-être est-ce là la volonté de rendre hommage au manga original de Hideo Yamamoto grâce à ces scènes gores-cartoonesques ?). Les unes manquent quelque peu de second degré, les autres en sont gonflées à bloc. L’exagération outrancière des différentes situations et les personnages complètement chtarbés laissent place à une dualité de ton parfois curieuse, comme les scènes de viol et de violences aux femmes, premier degré à fond. Bref, là encore, le mélange des genres peine à convaincre. Lorsque Miike argue dans le making-of qu'Ichi the killer n'illustre finalement que la violence de la société, sans aller plus loin, on se dit que c'est vraiment très léger. Mais lorsqu'il voit carrément dans son film une histoire d'amour ou une réflexion sur le sado-masochisme, on se dit qu'il se fout vraiment de nous. Notons que les plus sadiques d'entre vous seront déçus, la majorité des boucheries ayant lieu hors-champ pour ne laisser entrevoir que leur résultat, à coups d'accessoires en plastiques et de peinture rouge, Miike, réalisateur hyper-productif, avouant lui-même qu'il n'a pas eu l'envie, le temps et les moyens nécessaires pour concevoir des scènes plus réalistes. Et lorsque, dans le making-of, le réalisateur nous explique que « c'est l'imperfection elle-même qui rend le film intéressant », qu'il en est satisfait, on se dit que la boucle est bouclée. Ichi the killer n'a tout simplement pas de fond.

Passons maintenant au casting. Tadanobu Asano tient le rôle d'un sadique pervers, dandy au look psychédélique. Il ne surjoue pas, ne cabotine pas, propose une interprétation assez monolithique, mais conserve une aura particulière. Nao Omori en Ichi est parfait, avec son visage d'ado prépubère coincé...hélas, son personnage étant insupportable et mal écrit, sa prestation passe inaperçue. Et que dire d'Alien Sun, en bas résilles et bottes en cuir pendant plus de la moitié du film, pour qui Miike a dû concevoir un rôle sur mesure, l'actrice étant exclusivement anglophone. Au détriment de toute crédibilité et cohérence (pas la peine de nous sortir l'excuse du passé flou du personnage), Alien Sun parle un mélange d'anglais/japonais pendant tout le film. Miike, qualifié de réalisateur de génie par certains, n'arrive même pas à composer avec les particularités de ses acteurs. La participation de Miss Sun impliquait une adaptation du scénario, alors que c'est le scénario qui doit s'imposer aux acteurs. Quel manque de maîtrise affligeant...

En ce qui concerne le second DVD, qui comprend l'anime « Ichi the killer : Episode 0 », un making-of et des interviews, il faut là aussi dire que la déception est patente. Le making-of n'est qu'une succession de séquences, sans commentaires du réalisateur ni des acteurs, même s'il reste sympa de savoir comment ont été réalisés la plupart des effets spéciaux, notamment ceux des scènes de torture. Les interviews sont très décevantes, aussi bien sur la forme que sur le fond. Sur la forme, l'interview du réalisateur Takashi Miike a été montée par des amateurs : les 5 dernières minutes reprennent des réponses déjà présentes dans la demie-heure précédente ! C'est quand même dingue. Et ne parlons même pas des scènes du film incrustées sans logique dans toutes les interviews, les rallongeant inutilement. Sur le fond, l'expérience du film n'est clairement pas prolongée. Au contraire, on se rend bien compte du vide intersidéral de la narration, puisque Miike ne nous dit quasiment rien sur ce qu'il a voulu transmettre, la signification de son oeuvre.
Quant à l'anime, baptisé « Ichi the killer : Episode 0 », il est sans intérêt. Techniquement au rabais, avec des couleurs criardes, des séquences mal fichues (exemple : un voyou tient Ichi par les épaules, puis par le col, puis par les épaules), son aspect graphique cauchemardesque donne à cet OAV de 45 minutes, l'aspect d'un ovni expérimental... comme le film de Miike. Et sur le fond, l'anime ne propose rien, si ce n'est de la violence, qui sert de socle à la construction d'un ado, qui finit par péter un plomb. Sur la complexité de la psychologie d'Ichi, il n'y a rien dans l'anime, pas plus que dans le film comme vu précédemment.

Place maintenant à une petite revue de l'édition de Kubik video. Comme le laisse présager le mauvais travail opéré sur le second DVD, la traduction d'Ichi the killer laisse à désirer avec des coquilles orthographiques, dont l'une assez grave qui change le sens d'une phrase en plein film. Plus globalement, la traduction n'est pas fidèle à ce que l'on entend, avec des termes manquants ou mal traduits (même en ayant quelques bases de japonais, on s'en rend compte !). Concernant la jaquette du DVD, bien qu'elle soit classe, drôle de choix d'y faire figurer le personnage de Kakihara, et de mettre en gros le titre « Ichi the killer ». Toute personne normalement constituée croira que le personnage d'Ichi est celui de la jaquette...

Au-delà des scènes de torture et de quelques éléments de mise en scène intelligents, Ichi the killer n'a finalement pas grand chose à raconter. Les amateurs de mise en scène anarchiste apprécieront sans doute, bien que la provocation du réalisateur ne soit pas à la hauteur, puisque desservie d'ossature. Insensible au talent et au style de Miike, moi ? Je ne pense pas. Beaucoup de ses films me plaisent assez. Mais en s'enfermant dans son anti-conformisme, Takashi Miike ne nous propose avec Ichi the killer qu'un ersatz de film qui peine à choisir sa voie, entre oeuvre de pseudo-liberté artistique ou objet de catharsis de la violence, oscillant en permanence et de façon ambiguë entre premier et second degrés. Décevant et surfait.
 




Comments

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Si j'avais fait la chronique de ce film, je pense que j'aurai dit exactement les mêmes choses que toi Rogue.

Je ne vais pas répéter ce que tu as dit mais en tout cas je suis sorti bien déçu de ce film qui pourtant m'a titillé l'esprit longtemps, pour je ne sais quelle raison..

"Toute personne normalement constituée croira que le personnage d'Ichi est celui de la jaquette..." -> et j'en ai fait longtemps partie ! :P

Kiraa7

De Kiraa7 [2415], le 19 June 2012 à 00h23

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Dans mes souvenirs, j'ai gardé plutôt un bon souvenir du film même si quelques points m'avaient plutôt perturbés. Miike est vraiment un cinéaste versatile...

Kimi

De Kimi [3339], le 18 June 2012 à 18h21

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L'affiche me fait un peu penser à la couverture de l'album Sehnsucht de Rammstein.

Vu la critique, je pense aussi passé pour cette fois !

Nekketsu

De Nekketsu [1066], le 18 June 2012 à 13h59

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J'hesitais à me le prendre, je pense que je passerais mon chemin :( ayant deja moyenement accroché au manga :(

Hallyu

De Hallyu [132], le 18 June 2012 à 10h45

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