Chronique - Les Cendres du Temps- Actus manga
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Ciné-Asie Chronique - Les Cendres du Temps


Mercredi, 01 Febuary 2012 à 11h06

Voici la chronique du film Les Cendres du temps, réalisé par Rogue Aerith. Bonne lecture !


 
 
Ou Yang-Feng (Leslie Cheung) tient une auberge dans le désert. Il y exerce le métier de tueur à gages. Désabusé et vénal, il accueille des amis ou des personnes qui viennent louer ses services. Derrière les contrats se cachent le plus souvent des histoires d'amour qui ont mal tourné.

Ce film réalisé en 1994 par Wong Kar-Wai est tiré du roman « La Légende du héros chasseur d'aigles » de Jin Yong, auteur de roman de capes et d'épée.
Les cendres du temps n'a rien du film de sabre et d'arts martiaux chinois, le fameux genre « wu xia pan ». A ce titre, la jaquette présentant cette oeuvre comme l'inspiratrice de Tigre et Dragon et Hero est proprement ridicule. Au mieux, on peut dire que Les cendres du temps se présentent comme un brouillon d'In the mood for love au temps des guerriers ancestraux. Au pire, on peut affirmer que ce film s'écarte du cinéma pour tendre davantage vers la fresque, la peinture. Wong Kar-Wai délaisse son scénario (peu intelligible) pour lorgner du côté d'une esthétique qui, hélas, s'avère trop légère : angles de caméra volontairement foireux et pénibles (avec des voiles et des tissus qui passent devant la caméra pour donner une impression de flou), décors troglodytiques ou désertiques dépouillés et très uniformes... Il n'y a bien que l'ambiance sonore qui s'en sorte dignement. Mais voyons plus en détails tout ce que l'on reproche au film, reproches qui ne sont sans doute pas dépourvus d'explications au regard de l'histoire compliquée que connurent la réalisation et la sortie...

La réalisation des cendres du temps s'est terminée la même année (1994) que celle d'un autre film de Wong Kar-Wai, Chungking Express. Tous deux ont été tournés en parallèle. Or, si le second a été tourné avec un petit budget et s'avère assez facile d'accès, Wong Kar-Wai s'est au contraire vu allouer une grosse somme pour réaliser Les cendres du temps, mais le succès n'a clairement pas été au rendez-vous, sans doute en parite à cause de son scénario complexe, son lyrisme assumé, et son esthétique si particulière. Résultat : Les cendres du temps a été charcuté, plombé, relégué aux oubliettes... jusqu'à ce que Wong Kar-Wai soit consacré pour In the mood for love et 2046. Les cendres du temps a donc été remonté par le réalisateur dans une version redux, présentée à Cannes en 2008.

Pourtant, si ce dénouement compliqué peut faire oublier certains aspects des cendres du temps, notamment une esthétique et un rythme très spéciaux, on ne peut décemment passer sous silence un scénario si complexe, au point de perdre patience. Que cela soit dit : les films contemplatifs marqués par un rythme lent, les amateurs de cinéma asiatiques en sont de fervents adorateurs (que ce soit avec les cinéastes japonais tels qu'Ozu et Kurosawa ou les cinéastes hong kongais et leur vision à part). Mais dans le cas présent, que l'attente est fastidieuse ! Quelques explications : le scénario des cendres du temps choisit de n'offrir de la cohérence qu'à partir du moment où un certain nombre de pièces se sont assemblées. Or, comme l'histoire est en fait un grand capharnaüm, soumise au désordre temporel, on a beau y mettre du sien, cela est bien difficile de ne pas décrocher. L'histoire n'est pourtant pas si compliquée que cela (sauf un personnage, dont on se demande vraiment l'intérêt si ce n'est de rendre tout compliquer) : c'est le montage, haché, qui plombe tout.

Au début du film, deux guerriers se retrouvent. Il s'agit d'anciens amis, qui se sont séparés pour une querelle de femmes (Les cendres du temps s'axe énormément sur cette thématique). Tous deux dégustent un vin magique qui effacent les souvenirs. On verra, plus tard au cours du film, que la querelle de femmes n'est que le résultat d'un ensemble de rendez-vous manqués, de méprises et incompréhensions, et surtout de duperies. Problème : Wong Kar-Wai mêle à cela une diversité de personnages tous plus spéciaux les uns que les autres : un chasseur de primes suivi à son insu par sa femme, une campagnarde qui cherche à se venger de son frère et, mille fois hélas, une jeune femme à double personnalité (Yin et Yang, référence vaine à la philosophie chinoise tant ce personnage est insupportable). Cette dernière invente un frère (Yang) qu'elle souhaite faire assassiner parce qu'il cherche à éliminer l'homme qui lui a promis un mariage alors qu'il était saoul puis a disparu, bien que la jeune femme (Yin) espère encore... Un personnage vraiment pas opportun, qui alourdit un récit déjà passablement handicapé par un rythme lent à l'excès, sans que ce soit ici un avantage.

On regrette d'autant plus un scénario trop complexe lorsqu'on voit que Wong Kar-Wai s'est aménagé un bel avantage : le casting. Très riche (tous les plus grands acteurs hong kongais de l'époque sont là !!!), c'est un crève coeur de voir nos héroïnes et héros défiler sans qu'on comprenne vraiment le pourquoi du comment : Leslie Cheung, les deux Tony Leung (Chiu-Wai et Ka-Fai), Jacky Cheung, et du côté des dames Maggie Cheung, Brigitte Lin, Carina Lau et, moins connue, Charlie Yeung.

Les flash-backs ne sont pas perçus comme tels car on peine à savoir réellement quand on se situe dans le présent ou le passé. Enfin, l'incorporation de l'univers de Wong Kar-Wai dans un wu xia pan est totalement ratée. Les combats sont peu nombreux. Mais le réel problème n'est pas le nombre mais l'intérêt de ceux-ci : il n'en ressort rien. Il n'y a pas de motifs clairs pour les appréhender. Déconnectés du récit, ils n'ont aucune utilité car les personnages n'en tirent aucune richesse et l'ambiance ne profite pas d'une once de ton dramatique, puisque celui-ci y est absent.

Ce film de Wong Kar-Wai fait clairement plus office d'essai sur les limites de l'esthétique dans le cinéma : le réalisateur y étudie le mouvement avec un jeu sur la vitesse et le ralenti (hélas, le réalisateur hong kongais en abuse), traque les ombres, défait les visages, accentue les couleurs (divin bleu électrique et orangé pétant). Tout cela en vain, car on ne saurait apprécier ce travail sans un scénario captivant. Dans Hero, Zhang Yimou s'aventure du côté d'une esthétique savante (même s'il ne va jamais aussi loin que Wong Kar-Wai, mais très peu de cinéastes le peuvent ou osent tout simplement !) mais nous offre en contrepartie une histoire solide derrière.

Côté bonus, making-of et interviews se disputent la place sur la galette. Compte tenu de la réalisation et de la sortie tourmentées du film, on appréciera ces habituels bonus à leur juste valeur !

Les cendres du temps font clairement apparaître l'une des limites du cinéma : pas d'esthétique sans narration, sans quoi une oeuvre se révèle irrégulière. Plus qu'irrégulier, on reprochera à ce film d'être trop longtemps secret et pas assez clair, malgré un casting favorable et une esthétique qui vaut le détour. Belle peinture, mais film vain.




Comments

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IchigoSan

De IchigoSan [985], le 02 Febuary 2012 à 17h28

Très bon film ^^
Moondrop

De Moondrop [1275], le 02 Febuary 2012 à 07h38

Ce film était vraiment bien! Je le trouvais un peu complexe, mais une fois que tu es "dedans" c'est un pur bonheur... et c'est vrai qu'il y'a la crème de la crème des acteurs hong kongais dans ce film, une des raisons qui m'a poussée à acheter le DVD! ^^
goldtime9

De goldtime9 [1402], le 01 Febuary 2012 à 19h07

chronique très interressant et qui m'a vraiment plus . Je l'ai vraiment lu avec attention . Merci MN .

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