Isabella Bird - Femme exploratrice Vol.1 - Actualité manga

Isabella Bird - Femme exploratrice Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 12 Octobre 2017

Après Reine d'Egypte en mars et Hanada le garnement en août, le mois d'octobre nous permet de découvrir la troisième représente de la collection Kizuna des éditions Ki-oon : il s'agit d'Isabella Bird. Si ce nom vous dit quelque chose, ce ne serait pas étonnant, car Isabella Bird est le nom d'une figure historique britannique assez importante, puisqu'elle est considérée comme l'une des premières et des plus importantes femmes-exploratrices ! Née en 1831 et morte en 1904, cette fille de bonne famille a reçu une éducation religieuse stricte dans une Angleterre victorienne où elle se sentait étouffée au point d'être malade, si bien qu'on lui conseilla de voyager à l'étranger pour retrouver la santé. Ses voyages deviendront vite une sorte de drogue pour elle, et elle ne cessera alors de parcourir nombre de pays dont elle explorera diverses facettes. Egalement écrivaine, elle a recueilli bon nombre de ses observations dans des notes, mais aussi dans ses correspondances épistolaires avec sa petite soeur Henrietta. C'est d'ailleurs essentiellement sur ces écrits d'Isabella Bird elle-même que le mangaka se base. Pour en savoir plus sur cette figure féminine d'exception, pas besoin d'aller chercher très loin : internet est là, et un certain nombre d'articles se consacrent à elle !


Le récit commence en 1978, alors qu'Isabella Bird est déjà une exploratrice renommée auprès de ses compatriotes, car elle a déjà voyagé dans un certain nombre de contrées. Cette année-là, elle s'attaque à un nouveau morceau : le Japon ! A cette époque, le pays ne s'est rouvert sur l'étranger que depuis une dizaine d'années, sa transformation ne fait que commencer, et c'est dans ce contexte que l'exploratrice décide d'aller sillonner les contrées nippones. Son objectif ? Depuis Yokohama, travers le pays en longueur, du sud vers le nord, jusqu'à atteindre l'île d'Ezo, ancien nom de Hokkaidô, où elle veut découvrir le peuple Aïnou, qu'elle pense être le premier peuple de l'île à une époque où l'on pense le contraire. Mais loin de faire comme les autres étrangers qui empruntent les grands axes et ne s'intéressent pas ou peu à Ezo, Isabella souhaite suivre un trajet qu'aucun étranger n'a encore emprunté, loin des grands axes. Elle veut découvrir le Japon profond, qui a conservé ses anciennes traditions, et cherche donc à être proche du quotidien des gens, pour découvrir et comprendre leurs moeurs. Son parcours s'annonce à la fois semé d'épreuves et riche en découvertes...


Des épreuves, Isabella va en connaître bien vite, dès sa recherche d'un interprète japonais/anglais ! Heureusement, elle finira rapidement par tomber sur Tsurukichi Ito, guide-interprète qui a bel et bien existé et qui fut le principal accompagnateur de la jeune femme pendant son périple japonais. Son voyage, elle va devoir le préparer minutieusement. Obtenir un passeport à une époque où les voyageurs ne suivant pas scrupuleusement l'itinéraire indiqué sur leur passeport peuvent finir en prison  (heureusement pour elle, elle obtiendra un passeport sans la moindre restriction de durée et d'itinéraire, un cas véritablement unique à l'époque au Japon), alléger au maximum ses affaires puisque Itô sera son seul accompagnateur, supporter certaines remarques de compatriotes installés sur place qui la trouvent trop téméraire (heureusement, d'autres lui apportent tout leur soutien), s'habituer à des conditions d'hébergement de plus en plus vétustes tandis qu'elle s'enfonce dans le Japon reculé... Et elle doit même se frotter à certains comportements témoignant des mentalités de l'époque, comme quand un de ses compatriotes n'hésite pas à traiter Itô de singe... Mais malgré un manque de confort de plus en plus présent, sa soif de découvrir le pays dans ce qu'il a de plus authentique et de comprendre ses habitants prend le dessus, et c'est là que se trouve la plus grande qualité de l'oeuvre.


Un peu ethnologue ou naturaliste sur les bords, Isabella affiche un désir de découvrir sans préjugé, une envie de comprendre des manières de vivre bien éloignées de son Angleterre. Et cela se traduit ici par beaucoup de choses. Il y a la découverte de plein de petites choses : le couvre-chef "kasa", le véhicule "kuruma", le bagage en osier "kori", l'existence du commerce ambulant, la coutume des dents noires, la coupe de cheveux "keshibozu",  des médicaments locaux, des sucreries typiques... Isabella pose sur tout ça un oeil souvent ravi, parfois un peu inquiet ou dégoûté (par exemple devant un médicament à la mue de cigale), et toujours pourvu d'une curiosité intacte. Elle doit aussi apprendre certaines coutumes et règles de bienséance, et s'habituer à un inévitable choc de cultures : elle veut effectuer une poignée de main quand on la salue, s'étonne de voir une femme donner le sein dans le train (ce qui va totalement à l'encontre de son éducation anglaise pleine de pudeur), ou peine à cerner une cérémonie de passage à l'âge adulte où l'on fait des premières règles d'une fillette une fête... Mais derrière ses premières réactions parfois étonnées, il y a toujours la volonté de comprendre sans juger, et de consigner la vie de l'époque, à une période où l'ouverture japonaise sur le monde menaçait déjà d'anciennes coutumes aujourd'hui disparues.


Pour rythmer son récit, l'auteur joue efficacement sur le caractère de ses deux personnages principaux. Entre son désir de comprendre, sa curiosité, mais aussi son statut de lady bien élevée en Angleterre, Isabella a quelque chose de très emballant. Elle est bénéfique dans son désir de comprendre les moeurs étrangères, mais également assez amusantes dans certaines de ses réactions où elle se confronte de plein fouet aux différences de culture et de modernité. Toujours neutre, Itô contrebalance très bien ce caractère, par exemple en disant régulièrement à la jeune femme qu'elle va devoir prendre sur elle.


Pour une première série, Taiga Sassa s'en sort très bien visuellement. L'oeuvre est bien marquée par son magazine de prépublication japonais, le Harta d'Enterbrain, où l'on retrouve par exemple Bride Stories et Reine d'Egypte qui ont un peu le même type de dessin. C'est parfois un peu inégal, surtout au niveau de l'épaisseur du trait et de l'application des trames, mais c'est dans l'ensemble très beau, bien appliqué dans les tenues et les décors (notamment certains cadres historiques d'époque), très vivant... et il y a encore une grosse marge de progression.


En somme, le parcours d'Isabella Bird dans les premières années du Japon de l'ère Meiji s'annonce plein de promesses. Entre récit d'aventure et de découverte, le manga de Taiga Sassa s'annonce passionnant en nous plongeant dans le Japon profond de l'époque, aux côtés d'une héroïne séduisante.


Ki-oon nous offre une fort belle édition, qui attire l'oeil dès sa jaquette à grain. A l'intérieur, il n'y a rien à redire sur la qualité d'impression et de papier ni sur l'excellente traduction de Sébastien Ludmann, décidément à l'aise dans tous les registres. Le sous-titrage des onomatopées est, lui aussi, bien adapté, et les choix de police sont soignés.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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