Isabella Bird - Femme exploratrice Vol.1 - Actualité manga

Isabella Bird - Femme exploratrice Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 13 November 2018

Critique 2


La fiction historique autour de femmes qui ont marqué le monde semble être une vocation forte chez les éditions Ki-oon, ces derniers temps. On peut évidemment citer Reine D’Égypte dont la mangaka, Chie Inudoh, est même venue en France, et une autre œuvre aux ambitions similaires fait désormais partie intégrante du catalogue Ki-oon : Isabelle Bird. Derrière ce titre se cache l'histoire d'une véritable femme, l'exploratrice Isabella Bird qui a vécu au XIXe siècle, puis mourut au tout début du XXe siècle. Une partie de la vie du personnage a été reprise par la mangaka Taiga Sassa afin d'en faire un récit historique, mais aussi un récit de voyage, dans un Japon bien différent de celui d'aujourd'hui, et de celui que ceux qui n'y sont jamais allés peuvent s'imaginer.


Vers la fin du XIXe siècle, le Japon s'ouvre progressivement au reste du monde, une ouverture qui ne manque pas d'intrigue l'occident qui y voient un pays atypique. Exploratrice anglaise dont les témoignages écrits fascinent, Isabella Bird choisit le Japon comme prochaine destination, avec un itinéraire bien précis, son point d'arrivée étant une terre peu explorée : Zero, l'île des Aïnous. Un voyage rempli de difficultés, ne serait-ce dans son organisation. Car si trouver un interprète japonais parlant l'anglais sera rude, obtenir l’autorisation nécessaire pour parcourir librement le pays le sera aussi...


La culture traditionnelle a quelque chose de fascinant. Si pour un Occidental elle est partiellement représentée dans la pop culture nippone, elle reste pleine de mystères si on ne s'y intéresse pas davantage. En ce sens, Isabella Bird : Femme Exploratrice sonne comme une œuvre captivante pour tout ce qu'elle peut montrer. Récit de voyage d'une exploratrice anglaise du XIXè siècle, le titre peut nous mener de découverte en découverte, et procurer une véritable sensation de voyage pour peu qu'il soit bien écrit et correctement narré. Ce qui est totalement le cas, ce premier tome plantant les bases du périple de Miss Bird, tout en plantant une formule passionnante.


Ce début de voyage narre donc les premiers pas d'Isabella Bird sur le territoire nippon, terre qui lui est totalement inconnue et de laquelle elle a beaucoup à apprendre. Le personnage lui-même est d'une grande efficacité dans notre immersion au sein de l'épopée : femme pleine de bonnes intentions et curieuse à souhait, Isabella est une protagoniste à laquelle on s'identifie par sa soif de découvertes, et qu'on a envie de suivre grâce à son caractère amical et sa profonde empathie vers tout ce qui l'entoure. S'il est difficile de savoir si le portrait fait de l'exploratrice est fidèle au personnage qui a réellement existé, la force de cette femme donne l'envie de croire à cette fidélité, en atteste le lien fort d'Isabella Bird avec sa sœur qui, dans la véritable Histoire, a provoqué une profonde détresse chez la voyageuse, lors du décès de cette dernière.


Le Japon qui nous est dépeint dans ce premier opus est particulier. A l'époque, le pays ouvrait ses frontières et attirait l'attention des Occidentaux curieux. Cette opposition au pays industriel qu'on connaît aujourd'hui provoque un certain dépaysement, accentué par la forte présente, en début de récit, d'Occidentaux aux mœurs et aux esthétiques diamétralement opposées. Une dimension toutefois passionnante tant elle établit un équilibre des mentalités d'époque, ne manquant pas de signaler un certain racisme pour certains nobles qui ne voyaient du Japon qu'un moyen de se divertir et de briller.


Néanmoins, ces personnages servent surtout à déclencher le récit, par exemple l'autorisation donnée à Isabella de voyager, ou simplement à faire réagir la jeune femme. Le voyage ne tarde pas vraiment à se lancer, et devient vite synonyme de découvertes tant pour l'héroïne que pour le lecteur. Dans sa démarche, Taiga Sassa découpe son récit en différentes étapes, toutes permettant d'aborder le Japon d'époque sous des angles différents. Sont dépeints des rites qui ont peut-être disparu aujourd'hui, des conditions de vie totalement différentes, des mentalités qui ont possiblement évolué maintenant... Dans tous les cas, de nombreux points qui nous sont opposés, aujourd'hui, ce qui renforce le plaisir de découverte. On sent clairement la modestie de l’œuvre qui ne se veut pas une encyclopédie sous forme de fiction, mais cherche à dépayser le lectorat par cette aventure. En ce sens, l'effet est réussi et d'autant plus efficace par la protagoniste qui est nourrie des meilleures intentions. Le manga aurait pu provoquer le malaise avec un personnage principal trop intrusif, mais ce n'est nullement le cas : Isabella Bird est une femme d'une grande pudeur culturelle qui ne cherche jamais à s'imposer, et simplement à découvrir ce qui l'entoure. Et même si certaines mœurs lui paraissent délicates, il lui faut accepter ce barrage culturel, et il en va de même pour le lecteur.


A côté de ça, d'autres éléments du récit lui donnent énormément de richesse, que ce soit la captivante relation entre Isabella et son interprète, Tsurukichi Ito, ou tout simplement la patte graphique de Taiga Sassa qui dépeint avec beaucoup de soin les environnements et l'esthétique globale, que ce soit les tenues vestimentaires et les architectures. L'impression du Japon d'époque est très bien rendue, de même pour l'opposition entre cette culture japonaise du XIXè siècle et celle occidentale, totalement opposée. Enfin, c'est le focus sur les personnages qui est à saluer, la mangaka s'intéressant énormément à leurs expressions de manière à les rendre vivants à chaque fois. Un élément essentiel pour apprécier l'évolution de certains, par exemple celle de Tsurukichi qui est particulièrement discrète et subtile, se remarquant uniquement par quelques réactions de l'interprète.


Du côté de l'édition, Ki-oon nous livre une excellente copie : papier épais, couverture dont le grain du papier donne un certain cachet, et une traduction signée Sébastien Ludmann, traducteur qui a œuvré sur bon nombre de récits.


Véritable invitation au voyage et début de découverte d'un Japon du XIXè siècle qui nous paraît inconnu, ce premier tome d'Isabella Bird se dévore sans mal, pour peu que l'aspect découverte et la simplicité de l'héroïne nous atteignent. Le périple étant maintenant bien lancé, on reste curieux d'apprécier les découvertes proposées par les opus suivants.


Critique 1


Après Reine d'Egypte en mars et Hanada le garnement en août, le mois d'octobre nous permet de découvrir la troisième représentante de la collection Kizuna des éditions Ki-oon : il s'agit d'Isabella Bird. Si ce nom vous dit quelque chose, ce ne serait pas étonnant, car Isabella Bird est le nom d'une figure historique britannique assez importante, puisqu'elle est considérée comme l'une des premières et des plus importantes femmes-exploratrices ! Née en 1831 et morte en 1904, cette fille de bonne famille a reçu une éducation religieuse stricte dans une Angleterre victorienne où elle se sentait étouffée au point d'être malade, si bien qu'on lui conseilla de voyager à l'étranger pour retrouver la santé. Ses voyages deviendront vite une sorte de drogue pour elle, et elle ne cessera alors de parcourir nombre de pays dont elle explorera diverses facettes. Egalement écrivaine, elle a recueilli bon nombre de ses observations dans des notes, mais aussi dans ses correspondances épistolaires avec sa petite soeur Henrietta. C'est d'ailleurs essentiellement sur ces écrits d'Isabella Bird elle-même que le mangaka se base. Pour en savoir plus sur cette figure féminine d'exception, pas besoin d'aller chercher très loin : internet est là, et un certain nombre d'articles se consacrent à elle !


Le récit commence en 1878, alors qu'Isabella Bird est déjà une exploratrice renommée auprès de ses compatriotes, car elle a déjà voyagé dans un certain nombre de contrées. Cette année-là, elle s'attaque à un nouveau morceau : le Japon ! A cette époque, le pays ne s'est rouvert sur l'étranger que depuis une dizaine d'années, sa transformation ne fait que commencer, et c'est dans ce contexte que l'exploratrice décide d'aller sillonner les contrées nippones. Son objectif ? Depuis Yokohama, travers le pays en longueur, du sud vers le nord, jusqu'à atteindre l'île d'Ezo, ancien nom de Hokkaidô, où elle veut découvrir le peuple Aïnou, qu'elle pense être le premier peuple de l'île à une époque où l'on pense le contraire. Mais loin de faire comme les autres étrangers qui empruntent les grands axes et ne s'intéressent pas ou peu à Ezo, Isabella souhaite suivre un trajet qu'aucun étranger n'a encore emprunté, loin des grands axes. Elle veut découvrir le Japon profond, qui a conservé ses anciennes traditions, et cherche donc à être proche du quotidien des gens, pour découvrir et comprendre leurs moeurs. Son parcours s'annonce à la fois semé d'épreuves et riche en découvertes...


Des épreuves, Isabella va en connaître bien vite, dès sa recherche d'un interprète japonais/anglais ! Heureusement, elle finira rapidement par tomber sur Tsurukichi Ito, guide-interprète qui a bel et bien existé et qui fut le principal accompagnateur de la jeune femme pendant son périple japonais. Son voyage, elle va devoir le préparer minutieusement. Obtenir un passeport à une époque où les voyageurs ne suivant pas scrupuleusement l'itinéraire indiqué sur leur passeport peuvent finir en prison  (heureusement pour elle, elle obtiendra un passeport sans la moindre restriction de durée et d'itinéraire, un cas véritablement unique à l'époque au Japon), alléger au maximum ses affaires puisque Itô sera son seul accompagnateur, supporter certaines remarques de compatriotes installés sur place qui la trouvent trop téméraire (heureusement, d'autres lui apportent tout leur soutien), s'habituer à des conditions d'hébergement de plus en plus vétustes tandis qu'elle s'enfonce dans le Japon reculé... Et elle doit même se frotter à certains comportements témoignant des mentalités de l'époque, comme quand un de ses compatriotes n'hésite pas à traiter Itô de singe... Mais malgré un manque de confort de plus en plus présent, sa soif de découvrir le pays dans ce qu'il a de plus authentique et de comprendre ses habitants prend le dessus, et c'est là que se trouve la plus grande qualité de l'oeuvre.


Un peu ethnologue ou naturaliste sur les bords, Isabella affiche un désir de découvrir sans préjugé, une envie de comprendre des manières de vivre bien éloignées de son Angleterre. Et cela se traduit ici par beaucoup de choses. Il y a la découverte de plein de petites choses : le couvre-chef "kasa", le véhicule "kuruma", le bagage en osier "kori", l'existence du commerce ambulant, la coutume des dents noires, la coupe de cheveux "keshibozu",  des médicaments locaux, des sucreries typiques... Isabella pose sur tout ça un oeil souvent ravi, parfois un peu inquiet ou dégoûté (par exemple devant un médicament à la mue de cigale), et toujours pourvu d'une curiosité intacte. Elle doit aussi apprendre certaines coutumes et règles de bienséance, et s'habituer à un inévitable choc de cultures : elle veut effectuer une poignée de main quand on la salue, s'étonne de voir une femme donner le sein dans le train (ce qui va totalement à l'encontre de son éducation anglaise pleine de pudeur), ou peine à cerner une cérémonie de passage à l'âge adulte où l'on fait des premières règles d'une fillette une fête... Mais derrière ses premières réactions parfois étonnées, il y a toujours la volonté de comprendre sans juger, et de consigner la vie de l'époque, à une période où l'ouverture japonaise sur le monde menaçait déjà d'anciennes coutumes aujourd'hui disparues.


Pour rythmer son récit, l'auteur joue efficacement sur le caractère de ses deux personnages principaux. Entre son désir de comprendre, sa curiosité, mais aussi son statut de lady bien élevée en Angleterre, Isabella a quelque chose de très emballant. Elle est bénéfique dans son désir de comprendre les moeurs étrangères, mais également assez amusantes dans certaines de ses réactions où elle se confronte de plein fouet aux différences de culture et de modernité. Toujours neutre, Itô contrebalance très bien ce caractère, par exemple en disant régulièrement à la jeune femme qu'elle va devoir prendre sur elle.


Pour une première série, Taiga Sassa s'en sort très bien visuellement. L'oeuvre est bien marquée par son magazine de prépublication japonais, le Harta d'Enterbrain, où l'on retrouve par exemple Bride Stories et Reine d'Egypte qui ont un peu le même type de dessin. C'est parfois un peu inégal, surtout au niveau de l'épaisseur du trait et de l'application des trames, mais c'est dans l'ensemble très beau, bien appliqué dans les tenues et les décors (notamment certains cadres historiques d'époque), très vivant... et il y a encore une grosse marge de progression.


En somme, le parcours d'Isabella Bird dans les premières années du Japon de l'ère Meiji s'annonce plein de promesses. Entre récit d'aventure et de découverte, le manga de Taiga Sassa s'annonce passionnant en nous plongeant dans le Japon profond de l'époque, aux côtés d'une héroïne séduisante.


Ki-oon nous offre une fort belle édition, qui attire l'oeil dès sa jaquette à grain. A l'intérieur, il n'y a rien à redire sur la qualité d'impression et de papier ni sur l'excellente traduction de Sébastien Ludmann, décidément à l'aise dans tous les registres. Le sous-titrage des onomatopées est, lui aussi, bien adapté, et les choix de police sont soignés.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News