Arrietty - Le petit monde des Chapardeurs - Actualité anime

Arrietty - Le petit monde des Chapardeurs

Review du dvd : Arrietty - Le petit monde des Chapardeurs

Publiée le Dimanche, 23 January 2011

Chronique du Film en salle


Il en aura fallu du temps pour que ce film vienne enfin à naître sur nos écrans ! Car Arrietty, c’est un projet de quelques dizaines d’années élaboré au premier jet par Hayao Miyazaki et son collègue et ami Isao Takahata, que le roman Les Chapadeurs de Mary Nirton avait inspirés. C’est donc tout naturellement que ce qui n’était que projet assez vague, et surtout lointain dans l’esprit des deux hommes, atterrit entre les mains de celui qu’on considère actuellement comme successeur de Miyazaki : Hiromasa Yonebayashi. Animateur assez récurrent dans les réalisations Ghibli, y étant entré en 1996, il a notamment réalisé la fameuse scène où Ponyo court sur les flots déchainés ... Un moment assez mythique dans l’histoire de l’animation. Il réaliste pourtant ici son premier long-métrage, bien que le scénario ait été écrit par Miyazaki, qui n’a pu se résoudre à ne pas y graver ses idées et valeurs, devenues au fil du temps celles du studio. Après la déception relative de Ponyo, on retrouve Ghibli on l’espère en grande forme, sur un sujet et une narration qui vont d’avantage se targuer de rejoindre Mon voisin Totoro au pays du merveilleux et de la quiétude plutôt que les aventures de Nausicaa ou Mononoké.

L’histoire, très simplement : Dans une campagne japonaise, un jeune garçon dénommé Sho débarque chez sa tante afin de se reposer avant une intervention importante de son cœur. Ce qu’il ne sait pas encore, mais apprendra bien vite à découvrir par le plus grand des hasards, c’est que sous ses pieds, dans les fondations de la vieille bâtisse, vivent les chapardeurs. Ces petits êtres de quelques centimètres de haut à peine vivent et subsistent grâce à leur agilité lors de raids destinés à chaparder les objets de vie courante indispensable aux humains. Les règles sont simples : ne prendre que ce dont on a besoin, en petites quantités afin de ne pas être remarquable par les humains, en se méfiant du chat, des rats et manifestement, des corbeaux aussi. Tout cela sans se faire repérer, sans quoi c’est le déménagement obligatoire. Un chapardeur ne doit pas être découvert ! Et justement, dans la famille d’Arrietty qui vit seule aux alentours avec ses deux parents, c’est un problème qui arrive bien plus tôt que prévu. La jeune fille, lors de sa première exploration, accompagnée de son père, se laisse voir par Sho. Malgré la menace que cela représente, la petite famille décide de rester avec interdiction formelle pour Arrietty d’entrer en contact avec cet humain ! Mais la curiosité et l’envie sont les plus fortes pour la jeune chapardeuse.

Attardons-nous un instant sur les origines du scénario, sur les concepts que Miyazaki impose d’office à ce film qui s’y prête merveilleusement bien, à ces principes si chers à son cœur ... et au nôtre. L’ode à la Nature est ici évidente, avec ces petits êtres qui vivent grâce à une feuille de laurier, de la farine de biscuit, composent avec les aléas de la météo, se retrouvent dans un monde haut en couleur -et en taille- où la simple verdure d’un brin d’herbe peut atteindre des sommets ! L’écologie y est intimement liée, notamment lors d’une scène où Arrietty et Sho discutent dans le jardin, lorsque celle-ci lui explique à quel tragique destin sont liées leurs existences de chapardeurs et à quelles contraintes leurs vies sont étroitement attachées. C’est aussi « l’écologie actuelle » que Miyazaki illustre. Il le dit lui-même, « nous sommes dans une très mauvaise situation économique et l’idée d’emprunter plutôt que d’acheter illustre parfaitement la direction générale que prennent les choses », en posant un regard alerte sur le monde environnant tout en situant alors la vie de ses héros d’un film autour de cette notion, bien plus réelle et actuelle que cela ne le laisse supposer. Comme dans tous ses films, il ne faudra pas oublier d’aller chercher plus loin ce qui semble évident, et c’est aussi pour cela qu’il a gardé un œil vigilant sur le projet, en signe le scénario pour nous offrir un condensé de tous les thèmes qui traversent ses films, à différents degrés, depuis le début de sa longue carrière.

On retrouvera alors l’espiègle héroïne féminine, ce qui a une grande importance à ses yeux, d’autant plus lorsque celui qui lui donne de la valeur et du relief est un garçon de son âge, quelques soient leurs tailles respectives, offrant une amitié construite avec affection et douceur. De plus, le quotidien qu’on pourrait croire anodin d’Arrietty est une véritable aventure, chaque détail représente un obstacle qu’elle franchit avec courage et optimisme, qualités qu’il qualifie de propres à l’enfance, car d’avantage exprimées lorsque l’on peut encore se permettre de tout essayer. Ajoutons à cela une dose de poésie, de tolérance envers l’autre, le rapport au différent, le respect et le dépassement de soi et on obtient la liste quasi-complète des concepts de la « patte Ghibli ». D’autant que les personnages se ressemblent souvent d’un film à l’autre, volonté clairement exprimée depuis de nombreux longs-métrages. Enfin, une de ses grandes morales ressort avec une grande clarté dans cette réalisation : la nature prédatrice de l’homme et son danger, non seulement pour la Nature ou les traditions mais également pour ce qui se rapproche le plus de lui-même, à savoir ici les chapardeurs. Haru tient d’ailleurs ce rôle à merveille. Un peu trop, sans doute, mais on en reparlera par la suite.

Mais l’intérêt des chapardeurs, au-delà même de ce qu’ils représentent, c’est ce qu’ils sont. Le monde créé à leur image, démesuré en tous points, est particulièrement intéressant et pertinent, même si l’on met pour l’instant de côté la réalisation purement graphique et visuelle. On s’imprègne véritablement de leur univers, ce qui est pour eux la réalité et le quotidien alors que leur monde tiendrait dans une boite à chaussures. C’est dans ce décalage d’échelle que l’on comprendra leur combat, leurs peurs et les risques qu’ils encourent à chaque instant. On se passionnera pour les excursions d’Arrietty, qui nous fait vivre l’extérieur selon son ressenti, où tout est grand, où l’omniprésence du gigantisme n’est pas un mythe passager mais bien l’écrasante réalité. Pour le spectateur, tout devient alors gigantesque et extrêmement bruyant, les sons s’imposent brusquement à nos oreilles sans que l’on puisse relativiser ce bruit, pourtant familier, qu’est le ronronnement du frigo. Intéressant de voir que chaque détail est pensé, notamment la représentation physique de l’eau, qui ne peut couler en un débit important dans un monde où une goutte seulement peut franchir le goulot d’une minuscule théière, et où se servir de thé revient à faire tomber deux grosses molécules d’eau dans une tasse. Une crédibilité sans faille, avec une épingle en guise d’épée, la difficulté de transporter un morceau de sucre prenant toute la place dans un sac, les décors faits de cartes postales et les feuilles de laurier plus imposantes que le récipient qui les maintient dressées en plein milieu de la cuisine. Tout cela nous offre une vue vertigineuse et nouvelle sur l’univers dans lequel on évolue si facilement, rendant la première expédition d’Arietty dans la cuisine humaine la meilleure scène de tout le film, indéniablement.

Mais le film n’est pas sans défaut, bien malheureusement, et l’on relèvera quelques maladresses, certaines plus grosses que d’autres. Les raccourcis narratifs, entre autre, comme la maladie de Sho qui est assez facile pour le prendre en pitié durant le film, sans compter que notre héros débusque non sans mal la porte d’entrée vers le monde des chapardeurs alors qu’il pose son morceau de sucre et sa lettre pile au bon endroit, lui qui était supposé n’avoir pas vu Arrietty s’enfuir. On pense aussi au personnage d’Haru, bien trop manichéenne et étonnamment peu contrastée, avec son statut de « méchante » profiteuse, alors que ce genre de figures sont d’ordinaire toujours traitées avec soin chez Miyazaki. Mais c’est avant tout la fin qui décevra. Et, sans vous la dévoiler, on émettra simplement son aspect fataliste et sans appel. On a l’habitude de d’avantage de magie et de fin heureuse, et là c’est un ton un peu mélancolique qui s’échappe du film et nous rattrape une fois sortis, nous laissant sur notre faim, notamment à cause du ton léger de la narration qui passe, passe, sans qu’il ne se déroule rien de véritablement notable. Jusqu’à la fin. Abrupte, comme si l’on avait eu accès qu’à un infime fragment d’un mystère plus complexe, d’une entité plus fournie et développée. Tout le long, on nous serine la morale du « c’est ainsi, rien ne pourra changer ce fait », alors que l’on est justement habitués à voir la situation se retourner sur elle-même. On attendait le happy end dégoulinant de prévoyance, au lieu de cela on nous propose la fin visible à des kilomètres que l’on ne cesse de nous rabâcher, sans surprise ni magie dans le dénouement.

Graphiquement, c’est splendide. Comme à l’ordinaire, voire mieux. La réalisation fourmille de détails, qui font largement la différence. La chambre d’Arrietty, notamment, est une réelle merveille de dessin, et le ton assez flou et pastel des décors, surtout intérieurs de la maison des chapardeurs, permet une douceur incroyable dans le trait et la conception. Le souci du détail s’oppose à la fluidité des images, la précision se confronte à l’unité incroyable des scènes visuelles proposées. Tout est soigné, que ce soit la nature foisonnante ou l’intérieur des maisons, humaine ou chapardeuse. Les personnages sont de plus particulièrement expressifs (grandes acclamations pour la mère d’Arrietty, magistrale), et toute cette beauté délicate et mesurée renvoie bien des réalisations américaines en 3D au placard, perdant toute âme et émotion. La musique, elle, est tout simplement l’un des plus grands atouts du film. Si l’on pourra partir avec une appréhension, puisque Joe Hisaishi reste un maître en la matière, on sera honteux d’avoir douté ! Les sonorités celtiques de Cécile Corbel se sont adaptées à l’univers d’Arrietty, se faisant anglaises, japonaises, françaises ou tout simplement sans aucune parole pour notre plus grand plaisir. Le rythme délicat et varié porte le film dans des grands moments de poésie et de félicité. L’émotion transparait merveilleusement, et après quelques minutes seulement on ne peut plus imaginer une bande sonore différente pour le film, comme si Cécile Corbel était devenue une chanteuse de talent pour cette réalisation, qui fera connaitre sa voix magnifique et ses arrangements musicaux extrêmement émotifs et porteurs. On se laisse bercer, et on ne regrette qu’une chose : qu’il n’y en ait pas plus !

On pourra alors certifier que la relève est assurée dans le studio Ghibli, par cette excellente entrée en matière de la part d’ Hiromasa Yonebayashi, secondé par un scénario d’exception made in Miyazaki et d’une musique envoutante créée par une française remarquable. Les ingrédients sont là, et on retient d’Arrietty son charme et sa délicatesse même si aucune surprise n’est au rendez-vous, ce n’était d’ailleurs pas ce qu’on en attendait. Aucune lourdeur dans ce très beau film, à voir et à voir encore sans se lasser, pour petits et grands dans une époque difficile pour nous apporter douceur et poésie. Lorsque le film est terminé, on se demande simplement où est passé notre temps, plongés et charmés que l’on pourra être après les dernières notes de musique.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
NiDNiM

18 20


Note de la rédaction
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