Zig - La terreur est inacceptable - Actualité manga

Zig - La terreur est inacceptable

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 08 July 2020

Dès le premier jour de juillet, le catalogue des éditions Delcourt/Tonkam a accueilli Zig - La terreur est inacceptable, un épais one-shot de 260 pages qui a de quoi susciter la curiosité au vu de ses deux prestigieux auteurs. En effet, derrière ce récit publié au Japon en 2017 dans le magazine Grand Jump de Shûeisha, on retrouve deux noms bien connus. Le dessinateur, Tetsuya Saruwatari, s'est illustré avec sa saga de combat à succès Tough/Free Fight. Quant au scénariste Takashi Nagasaki, également appelé Garaku Toshusai ou encore Richard Woo, vous avez forcément déjà croisé son oeuvre: scénariste ou co-scénariste d'un paquet de séries de Naoki Urasawa, on lui doit aussi les histoires d'Inspecteur Kurokôchi, Dossier A, King of Eden... Pas un petit joueur, donc.

Zig commence par quelques pages en couleurs et une scène-choc: celle d'une mise à mort brutale d'otages quelque part au Moyen-Orient, d'une balle dans la tête. Puis c'est sur cette vision terrible que notre héros, Zig Kiryû, ou Kiryû Jingo, se réveille. Cette scène, il l'a déjà vécue dans un certain passé, mais à présent l'homme travaille comme agent de sécurité dans une banque de Hong Kong... du moins, jusqu'au jour où la banque est braquée. Tandis que Zig garde complètement son sang-froid et tente d'aiguiller ses collègues, l'un d'eux, Bob, est abattu froidement après avoir tenté de jouer au héros. De son côté assommé, Zig se réveille en apprenant une étrange chose: les braqueurs ont à peine fouillé quelques coffres privés avant de déguerpir... Bientôt contacté par un britannique du M16, notre héros ne tarde pas à apprendre la vérité: les braqueurs sont en réalité des professionnels engagés par le département de l’information du gouvernement chinois, et ont à leur tête "le colonel", un héros de la guerre en Croatie. Engagé par le gouvernement chinois à des fins malveillantes (oppression des indépendantistes, etc), il est arrêté et doit être extradé pour être jugé face à la cour internationale... mais encore faut-il parvenir à lui faire quitter le pays sans encombre. Entre les négociations entre les internationaux et la Chine, le temps limité et la présence auprès du colonel de trois sbires ne faisant pas dans la dentelle, la tâche s'annonce ardue... mais Zig pourrait changer la donne. Embarqué là-dedans, l'agent de sécurité au self-control admirable est engagé pour surveiller le colonel prisonnier en attendant l'issue des négociations, et l'affaire finira par révéler le passé de cet ancien membre des forces d'auto-défense japonaises et de la légions étrangère française qui, plus d'une fois, a frôlé le pire.

Celles et ceux suivant de près la carrière de Takahashi Nagasaki le savent: quand il ne se plaît à réinterpréter des mythes (comme dans Dossier A ou King of Eden), le scénariste aime se réapproprier l'actualité ou l'histoire très récente, comme dans Master Keaton, ou dans Inspecteur Kurokôchi où il revisitait les dernières décennies de l'histoire du Japon. Dans Zig, l'idée de base semble un peu la même, Nagasaki faisant appel à divers éléments assez actuels: les oppositions entre Hong King et la Chine, le rôle britannique dans tout ceci, les revendications indépendantistes du Tibet ou des Ouighours, l'opposition chinoise aux désirs de la cour internationale, voire même des évocations du brexit ou d'Al-Qaida via le passé de Zig... Les idées sont là. Mais, cette fois-ci, elles s'arrêtent là, Nagasaki partant finalement sur quelque chose de bien moins complexe, ses éléments d'actu n'étant qu'une petite toile de fond pour un récit faisant surtout dans l'action.

Et cette action, on ne va pas le cacher, elle est plutôt bas de plafond. Dans le scénario, il y a tout de même quelques bonnes idées, totalement classiques mais assez efficaces, avec notamment le désir de Zig de ne tuer personne car depuis qu'il a frôlé la mort il a conscience de la valeur de la vie et de l'importance de garder une humanité, quand bien même il a de l'expérience militaire ainsi qu'un côté dépourvu d'émotion depuis son incident. Signalons aussi le besoin de rédemption du colonel, un homme vu comme un héros chez lui, mais où l'humain a laissé place à une bête depuis ce qu'il a vécu à la guerre, en n'ayant plus pour élément d'humanité que son épouse. C'est assez standard, mais vite et plutôt bien exploité. Mais tout le reste est un peu lambda: sbires gros bras qui font joujou avec de grosses armes à feu très destructrices, acolytes inexpérimentées qui veulent venger Bob auprès de Zig... Il faut le dire, la palette de personnages secondaires est un peu coconne, entraînant même 2-3 situations idiotes (surtout Rafaël et le duo Amir/Ma). Et quand ils ne sont pas un peu bêtes, ils sont transparents, à l'image des deux autres gros bras qui ne font finalement pas grand chose (seul Rafaël est un peu en vue. Nagasaki a-t-il eu le temps d'exploiter tout comme il le voulait ? A vrai dire on n'en est même pas sûr quand on voit la fin: elle conclut quand même l'affaire, mais est hyper expéditive.

Reste alors le dessin de Saruwatari, qui colle parfaitement à ce divertissement plutôt bourrin et sans fioritures. Les scènes de mise à mort ne font ps semblant, c'est brut et tout compte fait assez réaliste. Ca explose, pétarade et détruit pas mal, et dans cette optique le dessinateur fait du bon boulot car sont rait est dense, les sales gueules sont au rendez-vous, et les angles de vues sont souvent très bien trouvés en voulant en mettre plein la vue. Tirés de photos assez retravaillées, les décors se révèlent efficaces eux aussi, avec une mention spéciale à l'exploitation de l'ancien aéroport de Kai Tak.

Dire que l'on attendait un peu plus de ce récit est un euphémisme, dans la mesure où Takashi Nagasaki nous a plutôt habitués à des récits plus élaborés. Ici, on a plus l'impression d'avoir un divertissement d'action primaire et un peu bas de plafond, de ceux que l'on peut parfois voir le soir sur des chaînes de la TNT adeptes de séries B, avec ce que ça implique de scénario pas bien finaud et de petits raccourcis. Mais concrètement, si on le prend pour ce qu'il est, on ne passe pas un mauvais moment en lisant Zig.

Cette chronique ayant été faite à partir d'une épreuve numérique non-corrigée fournie par l'éditeur, pas d'avis sur l'édition.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

12 20
Note de la rédaction






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