Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 11 Août 2023

A l'heure où Sei, qui s'est constitué prisonnier auprès de Kyôchirô Amamiya pour sauver son oncle Takahiko, est désormais emmené jusqu'à l'île d'Ogami où il vivait autrefois avec sa mère Hisako, Amamiya a décidé d'être fourbe jusqu'au bout en ordonnant malgré tout l'exécution de Takahiko. A la surprise de tous, et malgré l'opposition de son père, Takeru a alors décidé d'exécuter lui-même la cruelle sentence... mais les événements pourraient bien prendre une tournure différente et cristalliser, en Takeru, une idée directrice qui était déjà bien présente tout au long de la série et qui le sera plus que jamais dans cet ultime pavé: l'ambivalence et la complexité des émotions des personnages et de ce qui les lie entre eux, puisque Takeru fait ici un choix qui aura forcément un impact conséquent, surtout vis-à-vis de son lien avec son propre repère et surtout avec Rin.

Bien sûr, cette complexité des relations entre les personnages est redoutablement emballée dans une dernière ligne droite qui joue impeccablement sur plusieurs registres. Akimi Yoshida mène très bien tous les derniers rebondissements de son intrigue, qui plus est en tirant bien profit du cadre de l'île d'Ogami, en n'oubliant aucun de ses personnages (de nos héros à Amamiya en passant par Sakurai, Ken, Ru-Mei, Hodges, Sing, Toichi... tous trouvent leur place, leur rôle), et en nous offrant de vrais bons moments d'action et des montées de tension qui ne nous lâchent pas, jusqu'au compte à rebours de la toute fin.

Mais au coeur de cette intrigue menée à bien, ce sont vraiment les liens complexes des principales figures de la série qui nous happent le plus, et en particulier celui entre Sei et Rin, forcément et très logiquement. Passée par différentes étapes dont la haine au fil des tomes, cette relation reste particulièrement bien mise en avant par Yoshida, surtout grâce à un Rin qui passe par de nombreuses étapes forcément vouées à le chambouler: sa découverte de l'île d'Ogami en vrai après l'avoir si souvent vue à travers les yeux de Sei, son sentiment de jalousie et d'injustice qui persiste en voyant que son jumeau a pu grandir dans un tel lieu et bien entouré, son sentiment de trahison concernant la seule personne en qui il avait réellement confiance depuis toujours, son ressenti vis-à-vis d'un père adoptif toujours plus obsédé par Sei et qui semble ne jamais l'avoir réellement considéré comme son fils... sans oublier les différents moments qu'il passe réellement avec Sei, voyant ce frère jumeau qui semble avoir renoncé à le tuer, qui le sauve de certains dangers, et qui coopère même avec lui dans une parfaite alchimie lors de la scène d'attaque au marché, comme s'ils se comprenaient instantanément. L'autrice gère alors à merveille ce lien entre les deux jumeaux avant tout. Au bout du compte, Rin pourra-t-il alors être sauvé par Sei, comme le souhaite Takeru ? On vous laisse évidemment le découvrir au fil d'une dernière partie de tome qui est non seulement trépidante et intense, mais qui a en plus le mérite de ne pas idéaliser l'issue de cette histoire souvent dure, avec quelques sacrifices riches de sens et nous laissant sur une forte émotion.

On referme alors le dernier tome de Yasha en étant pleinement satisfait, et en se disant que l'oeuvre a bien mérité son 47e Prix Shogakukan. Après le bijou Banana Fish, Akimi Yoshida signe là un autre grand polar féminin, que l'on est forcément heureux d'avoir enfin pu découvrir en langue française grâce à Panini. Désormais, croisons les doigts pour que l'éditeur continue de s'intéresser au travail de cette grande mangaka. Avec entre autres ses histoires plus courtes, Eve no Nemuri ou plus encore sa dernière somptueuse tranche de vie en date Utagawa Hyakkei, ce n'est pas le choix qui manque !


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai
17.5 20
Note de la rédaction