Trait pour trait, dessine et tais-toi Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 31 August 2020

Akiko Higashimura est une mangaka particulièrement prolifique depuis le tout début des années 2000. Chez nous, c'est d'abord avec Princess Jellyfish que nous avons connu l'artiste, un titre long de 17 volumes, paru aux éditions Delcourt (qui devinrent ensuite Delcourt / Tonkam), lors de la belle période de collaboration avec Akata. Depuis, ce dernier s'est émancipé en tant qu'éditeur indépendant, et propose de nouveau l'autrice dans son catalogue avec Trait pour Trait. Publié au Japon dès 2012 sous le titre Kakukaku Shikajika, le récit compte cinq volumes et pourrait éventuellement être qualifié d’œuvre la plus personnelle d'Akiko Higashimura, puisqu'il n'est ni plus ni moins qu'une autobiographie de la mangaka qui dévoile d'ailleurs son nom véritable : Akiko Hayashi.

Une histoire personnelle donc, qui démarre lors des années lycéennes de l'autrice. Depuis son plus jeune âge, celle-ci rêvait de devenir mangaka. Rapidement, son petit talent lui est monté à la tête, au point de se considérer comme un génie du coup de crayon, qui n'a plus rien à prouver. Lorsqu'une camarade d'Akiko lui conseille une petite école de dessin, éloignée de la ville et surtout très peu chère, l'adolescente cède. Mais elle ne s'attendait pas à tomber sur Monsieur Hidaka, un professeur aux allures de yakuza, d'un jogging vétu et tenant son sabre en bambou en quasi permanence. Une allure qui n'a d'égal le tempérament de l'enseignant, puisque ce dernier est d'une sévérité à toute épreuve. D'abord choquée, Akiko va pourtant suivre les cours si particuliers de M. Hidaka, une aventure qu'elle poursuivra pendant huit années...

L'amorce de Trait pour trait pourrait prendre à contrepied un lecteur qui ne s'est pas penché sur le synopsis du titre. Dans un premier temps, Akiko Higashimura met en exergue la dimension biographique de l'histoire, au point de dévoiler son nom véritable, et de donner quelques pistes sur son enfance. Un rêve de jeunesse de devenir mangaka, un amour sans nom pour la revue Ribon des éditions Shûeisha, et un goût prononcé pour le dessin qui lui montera à la tête. Pourtant, Trait pour trait (ou au moins ce premier tome) n'a pas vocation à proposer une vision de la création du manga. L'histoire est beaucoup plus personnelle que ça : Il s'agit du retour dans le passé d'une autrice qui se livre, et qui parle de la jeune entêtée imbue d'elle même qu'elle fut autrefois.

Le récit d'Akiko Hayashi a quelque chose de particulièrement terre à terre, sur ce premier tome. Pas d'héroïne au talent extrême, mais une jeune fille qui s'est bien trop reposée sur ses lauriers, et qui se voit rattrapée par la réalité suite à sa participations aux cours de M. Hidaka, phénomène qui justifierait presque, à lui seul, la lecture de ce début de série. On comprend alors que Trait pour trait est une pure vision du quotidien tel qu'il est, et que la mangaka ne cherche pas à embellir l'ensemble. L'histoire est celle d'une adolescente qui tombe de haut, et qui va devoir faire avec les échecs et la persévérance scolaire, tant dans le dessin que dans les études dites « classiques ».

Pour cela, Akiko Higashimura revient sur sa jeunesse avec rationalité, mais non sans humour. Les récurrentes interactions avec M. Hidaka constituent toujours un certain délice, notamment parce que la personnalité du professeur s'éclaircit au fil des pages et des chapitres. Procédé narratif classique en terme de développement de personnage pur, certes, mais qui résulte ici de la démarche de l'adolescente d'autrefois qui s'ouvrira à son enseignant, et qui prendra le recul nécessaire pour le comprendre. De manière régulière, la mangaka apporte quelques notes de narration très personnelles et parle au passé, évoquant « mon professeur » comme le lien qui s'est tissé au fil du temps, grâce à la vision d'ensemble qu'elle a su acquérir.
Alors, on découvre M. Hidaka au même titre que l'héroïne. On se prend d'attachement pour ce prof aux allures de yakuza fauché, on glousse devant ses remarques de mauvais goût, puis on s'émeut de l'attachement distant mais sincère qu'il démontre envers ses élèves. Dans ce sens, ce premier tome se révèle intime et touchant comme il se doit, ce qui contribue grandement à l'ambiance et à l'envoutement de ce début de série.

Par ailleurs, si nous avons dit plus tôt que le titre n'a pas pour ambition (en ce qui concerne ce premier tome) de narrer les débuts de l'autrice en tant que mangaka, il constitue une passionnante immersion dans le quotidien d'une dessinatrice en herbe, souhaitant intégrer une école d'art après le lycée. A ce titre, le parcours d'Akiko est très bien renseigné, l'autrice et héroïne y allant même de ses petites notes explicatives. Pour ceux qui connaitraient les cursus disponibles en France, la comparaison peut se révéler intéressante, tant il est peu commun d'avoir cette vision des études japonaises, au sein du Manga.

Trait pour trait séduit donc sans mal dans ce premier volume qui constitue une amorce aussi touchante qu'intime et comique, dans le passé de la jeune autrice qui s'est alors vue tombée de haut, et qui a dû tripler d'efforts pour devenir la mangaka qu'elle est actuellement. Pour les amateurs de l'artiste (et de son trait si personnel), cette immersion dans l'adolescence de l'artiste constitue un petit régal, que ce soit dans la vision sincère d'Akiko Higashimura ou sa manière d'évoquer les difficultés de l'orientation scolaire, ou sa relation particulière avec l'atypique M. Hidaka.

Du côté de l'édition, Akata livre une excellente copie, comme à l'accoutumée. Pas de pages couleur, mais un papier d'une belle épaisseur, et par conséquent agréable. L'éditeur a fait aussi l'excellent choix de confier la traduction à Miyako Slocombe, qui œuvre sur les autres titres de l'autrice actuellement publiées. La traductrice livre ainsi un texte juste et souvent inventif, idéal pour retranscrire toute la sincérité de la mangaka. D'une manière générale, la version française de Trait pour trait sonne comme un cri d'amour pour Akiko Higashimura, puisque Akata joue franc jeu en donnant à ce premier opus un bandeau publicitaire mettant en valeur Le Tigre des Neiges et Tokyo Tarareba Girls, deux mangas de l'autrice publiés chez un autre éditeur, à savoir Le Lézard Noir.
    

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
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