Tokyo Revengers Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 19 April 2019

Chronique 2
  
C'est très triste à dire, mais le manga de furyos, de bad boys, de loubards, n'a jamais vraiment eu le succès qu'il méritait en France. Le manga culte Worst a été stoppé en cours de route il y a bien longtemps par Panini, tout comme Gangking chez Taifu ou Clover chez 12 bis. Et des incontournables comme la saga Crows n'ont jamais vu le jour chez nous. Il y a bien eu quelques petits succès ou des oeuvres excellentes arrivées à terme, comme Young GTO bien sûr et le cultissime Racailles Blues qui mériterait bien une réédition, mais aussi l'indispensable manga autobiographique Bakuon Rettô de Tsutomu Takahashi. Mais voilà quelques années que le manga de furyô en France, à part de temps à autre des titres très courts comme Gewalt chez Doki-Doki, ça manque cruellement. Alors quand on en voit arriver un nouveau, comptant déjà plusieurs volumes au Japon et amenant sa petite originalité dans le genre avec le voyage temporel, on est forcément très intrigué ! D'autant que Tokyo Revengers s'avère plutôt bien poussé par Glénat pour son lancement, et que cette oeuvre nous permet d'enfin découvrir l'un des nouveaux noms qui comptent dans le genre, à savoir le mangaka Ken Wakui, qui s'est taillé une belle réputation depuis 2005 et son premier titre-fleuve à succès, Shinjuku Swan.

Tokyo Revengers, c'est l'histoire de Takemichi Hanagaki, jeune homme qui, à 26 ans, n'imaginait certainement sa vie comme ça: vivotant dans un petit studio minable, travaillant tant bien que mal dans un magasin de DVD où une patronne plus jeune que lui ne cesse de le reprendre... Il a le sentiment d'avoir tout raté, d'avoir loupé quelque chose. Et ce sentiment se renforce encore quand, à la télévision, il apprend la mort de Hitomi Tachibana et de son petit frère Naoto, pris dans un règlement de comptes entre les membres du gang Tokyo Manjikai. Hitomi Tachibana, la seule fille avec qui il était sorti à l'époque du collège... C'est dans ces conditions que l'inexplicable survient alors: chutant sur les rails du métro pour une raison obscure, Takemichi n'a plus qu'à attendre la mort. Vu l'état de sa vie, ça ne serait peut-être pas plus mal, se dit-il... mais le destin semble en décider autrement, et le voici projeté dans le passé. Du 4 juillet 2017, il revient au 4 juillet 2005, 12 ans avant, dans sa peau de collégien, à l'époque où il jouait les petits loubards avec sa bande de potes. Il retrouve donc ses 4 compagnons d'alors: Makoto, Yamagishi, leur chef Atsushi, et son pote de toujours Takuya. Et il ne tarde pas alors à retrouver Hitomi, qui était sa copine à l'époque. Des retrouvailles insolites qui réveillent pourtant nombre de choses en lui. C'est décidé, il fera tout pour changer le passé et empêcher Hitomi de mourir 12 ans plus tard. Quitte à devoir se rapprocher plus que jamais du Tokyo Manjikai. Et à lui-même changer pour se reprendre en mains.

Il ne faut que quelques pages à Ken Wakui pour lancer son intrigue, et en ces quelques pages on cerne parfaitement le contexte, avec la mort de Hitomi et Naoto, la découverte du quotidien miteux de Takemichi et de son petit caractère (d'emblée, il raye une voiture de bourges). Puis l'arrivée 12 ans en arrière lui permet de retrouver ses vieux amis, sa copine qu'il avait presque oubliée, et de constater qu'en 12 années son look a sacrément changé ! Entre certaines constatations (notamment capillaires) et les premières rixes ratées de notre héros (forcément, ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas battu), l'auteur distille volontiers quelques notes d'humour, mais il met surtout en place toute une remise en question de Takemichi. Lors de sa première adolescence, il n'avait pas forcément conscience qu'il avait de si bons potes. Il n'envisageait pas l'avenir raté qui est le sien. Et il n'avait pas conscience de tout ce que Hitomi lui apportait. Hitomi, jeune fille jolie et sérieuse, cachant surtout derrière son petit gabarit un sacré caractère tout à fait charmant, et démontrant envers notre héros toute la confiance du monde. Pour elle, Takemichi en est alors convaincu, il doit changer, et il doit la sauver.

A partir de cette ligne directrice séduisante, l'auteur distille déjà des pistes intéressantes, en amorçant une explication au fonctionnement du pouvoir temporel du héros, et surtout en entamant une réelle immersion dans l'univers des loubards et gangs de rue. Car pour sauver Hitomi, Take devra commencer par se rapprocher de ceux qui a priori la tueront, à savoir l'un des gangs les plus brutaux de la ville... Bastons entre petites frappes, combats de rue avec paris, racailles dangereuses et fortes en gueule (Draken en impose dans son genre, clairement, son design est impeccable), hiérarchies, coups hyperviolents, battes qui cognent corps qui saignent... Wakui installe efficacement du vrai bon furyo avec sa palette de persos qui en imposent déjà, son échelle de valeurs (parce que oui, les furyos ont des valeurs, eux aussi), ses montées de courage et de détermination, ses moments d'action ultra dynamiques et bien orchestrés...

Glénat semble donc avoir parié sur la bonne série: Tokyo Revengers s'avère déjà d'une redoutable efficacité, installe un récit prenant et prometteur qui a de quoi emballer très facilement et qui se montre ambitieux avec ses différents concepts... Est-ce le retour en grâce du furyo ? On l'espère vivement, et ça semble très bien parti !

L'édition française est, dans l'ensemble, de bonne facture. Le papier est un peu fin ais est dépourvu de transparence et absorbe assez bien l'encre pour une qualité d'impression très honnête. Les choix de police sont bons, et à la traduction Aurélien Estager livre une excellente copie, immersive au possible. Le piège, avec une série de gangs de rue se déroulant entre 2 époques, était d'offrir du langage "street" et "djeunz" collant aux époques et n'étant pas trop dépassés, et le traducteur s'en sort vraiment très bien, avec du langage crédible, dynamique et très immersif.
  
  
Chronique 1
  
Le furyo, genre présentant des tranche-de-vies et conflits de gangs et groupe de racailles dans le manga ou l'animation, est boudé en France depuis bien des années. Chez nous, les titres emblématiques du genre sont très certainement Racailles Blues ou Young GTO. Mais ces derniers temps, il est devenu assez rare de découvrir quelques nouveautés furyo, chose bien regrettée par les fans de ce type d’œuvre. En ce printemps 2019, Glénat prend le risque de publier un récent représentant du genre : Tôkyô Revengers, œuvre publiée depuis 2017 dans le Shônen Magazine des éditions Kôdansha, et comptant 11 volumes à ce jour, la série étant toujours en cours. Son auteur n'est autre que Ken Wakui, artiste qui a spécialisé sa carrière dans le furyo, et dont le titre emblématique restait Shinjuku Swan, série terminée en 38 tomes. Ainsi, c'est la première fois que nous pouvons lire l'auteur en France, et on espère que ça ne sera pas la dernière.

Âgé de 26 ans, Takemichi n'a pas une vie des plus ambitieuses. Il loge dans un appartement plus que modeste, et vit de petits boulots dans lesquels il n'excelle pas vraiment. Un véritable quotidien de loser qui dénote de celui qu'il vivait 12 ans auparavant, lors de ses années collèges, quand il n'hésitait pas à se battre contre des loubards du coin, alors qu'il sortait avec la jolie Hinata qui vient de mourir, en tant que victime collatérale d'un règlement de compte au sein du Tokyo Manji-kai, violent gang qui sévit dans les environ.
Ce quotidien, Takemichi est amené à le retrouver lorsque, après avoir trébuché sur des rails de train, il se retrouve 12 ans en arrière. Forcé de se réimprégner de son état d'esprit de racaille d'antan, Takemichi va peut-être entrevoir un autre objectif avec ce saut dans le temps : sauver Hinata du funeste destin qui l'attend.

Outre le fait de pouvoir savourer un nouveau manga furyo, l'attrait fort de Tokyo Revengers semblait être son concept, basé sur des sauts dans le temps. L'histoire, assez simple en surface, présente donc Takemichi, héros de l’œuvre, retrouvant sa condition de loubard lors de ses années collèges, pour sauver sa petite-amie d'époque de la mort qui l'attend plus d'une décennie plus tard. Un concept maintes fois vu et revu, et qui implique de savoir jouer avec les codes et les risques du voyage dans le temps. Ce premier tome s'adonne à l'exercice de manière réussie, notamment parce qu'il ne prend pas trop de risque du côté des enjeux (du moins, pour le moment), tout en créant la surprise du côté de Takemichi. Les trois premiers chapitres présentent les bons temporels de manière inventive, et sûrement différemment de ce à quoi beaucoup s'attendaient à la lecture du synopsis. Ainsi, il est probable que l'une des grandes forces de la série soit de jouer sur les deux époques, mises en parallèle habilement grâce aux concepts de l'oeuvre. Évidemment, il convient de ne pas trop détailler ce point là, car c'est de là que viennent quelques surprises de ce premier opus.

Basiquement, ce début de récit présente alors un jeune adulte ordinaire et désabusé, retrouvant la fougue de ses 14 ans en tant que jeune racaille. Ken Wakui insuffle à son premier tome une certaine fraîcheur, celle de la jeunesse et de l’insouciance, marquée par les rencontres du protagoniste vivant au jour le jour, de manière libre. Manière de vivre qui contraste alors avec le héros qui se voit confier une mission particulièrement tendue, et c'est justement cette opposition qui imprègne ce début d'oeuvre d'une ambiance marquante. Aux forts enjeux de la quête de Takemichi s'ajoute, surtout en fin de tome, d'un petit côté tranche-de-vie aux côtés de caïds de l'époque, avec une représentation des gangs particulièrement noble, une image qui séduit toujours sans mal et qui fait du bien, en France, à l'heure où ce type d’œuvre n'est pas le plus présent sur le marché. Aussi, quelques thématiques commencent déjà pointer le bout de leur nez.

Ainsi, ce premier volume, tout en se montrant captivant par ses concepts et ses sauts dans le temps, créé de fortes attentes grâce à toutes ses facettes : la série comptant déjà plus de dix tomes au Japon et étant donné les enjeux présentés et ses personnages attachants introduits, on s'attend clairement à une œuvre assez ambitieuse. En tout cas, ce simple premier tome, prenant de bout en bout, suffit à ce qu'on fasse confiance à son auteur, Ken Wakui.

Si on ne pourra pas juger l'édition ici du fait que notre chronique s'appuie sur un PDF presse confié par l'éditeur, on peut soulever la bonne qualité de la traduction proposée par Aurélien Estager. La difficulté dans ce type d’œuvre, c'est d'appliquer un vocabulaire urbain qui peut vite paraître désuet et ringard aux yeux de certains. L'exercice est ici réussi, appliqué à un jargon français bien entendu, mais qui rend le tout globalement très crédible. Pas de « zyva » ou « wesh », évidemment, mais quelques termes toujours entendu de nos jours tels que « boloss ». En tout cas, rien qui ne décrédibilise le titre.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.75 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction






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