Tanya The Evil Vol.4 - Actualité manga

Tanya The Evil Vol.4

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 03 October 2018

Nouvellement promue Capitaine pour la formation du futur bataillon de mages mobiles, Tanya se retrouve piégée par ce qui était censé être son échappatoire du front. Malgré le tractage massif d’une annonce de recrutement ultra-patriotique qui rebuterait plus d’un vétéran de Norden et du Rhin, notre jeune officier croule sous les candidatures. C’est en demandant de l’aide à son aide de camp qu’elle retrouve son ancien binôme, le sous-lieutenant Viktoriya Serebryakov. Afin de réduire sa charge de travail, son aide sera précieuse, cependant, même une douzaine de réservistes est insuffisant pour traiter le nombre croissant de demandes. Un moyen bureaucratique étant trop dangereux pour tenir sa position à l’arrière, Tanya décide d’utiliser à son avantage ces candidatures : exiger l’élite afin d’obtenir le bouclier humain rêvé ! Commence alors une vague d’échauffourées avec les ronds de cuir des armées Est et Sud, ce qui aboutit à une session d’entraînement intensif dans les Alpes impériales où les ‘Ailes d’argent’ mettront en œuvre l’ensemble de ses connaissances pour mater le semblant d’humanité de son futur bataillon.   


Dans la continuité des précédents volumes, celui-ci se démarque nettement par sa diversité dans les amorces de sous-intrigues tout en renforçant le cynisme traditionnel de la série par les nombreuses interventions de Tanya. Ses actions sont toujours un mince équilibre entre le zèle patriotique et l’ordure humaine ce qui accentue les quiproquos avec Zettour et Rerugen. Zettour et l’Etat-major voient en Tanya l’instrument de la victoire impériale par l’embrigadement des hommes pour la cause nationaliste. Pour Rerugen c’est la peur de voir la guerre actuelle se transformer en une machine incontrôlable où les hommes vont se réduire à de simples chiffres ; en somme des « Ressources humaines ». Malgré ses différends avec l’officier-mage adoré des officiers généraux, Rerugen est bien obligé de reconnaître l’intelligence et la logique implacable de Tanya et cela ne fait que confirmer ses craintes sur la suite des événements de cette guerre.


L’introduction du chapitre se passant dans un futur lointain du dernier volume étant déjà une nouveauté captivante par rapport à l’adaptation animée ; on amène ici une notion encore sous exploitée à savoir la condition de femme de Tanya. Nous savons que c’est l’esprit d’un homme qui habite ce corps, mais des préoccupations d’une fillette de 10 ans comme sa croissance commence à s’immiscer dans son esprit ce qui nous permet d’envisager une probable évolution du mental de la jeune femme. Bien que cette solution lui déplaît en plus haut point, encore une machination de l’Entité X qui souhaite formater l’esprit athéiste de l’ancien salaryman. 


L’ingérence de l’Entité X atteint même Tanya dans des moments insoupçonnés par l’intermédiaire de son équipement maudit. Cette notion de corruption mentale qu’instaure cette intrigue élargit les horizons de narration sur le côté religieux du titre. Ce que perçoit la société impériale comme un zèle de divination qui apportera à la nation la victoire tant attendue contre la République et Regadonia, pour Tanya c’est l’œuvre de l’Entité X. Les comparaisons avec notre l’Histoire de notre monde sont nombreuses et démontre le réel travail de documentation de Carlo Zen. Ses recherches sur les guerres mondiales, l’embrigadement d’une société sous les auspices d’un parti ou d’une idéologie, les différents effets collatéraux d’une guerre moderne du simple soldat aux gradés de l’Etat-major, il en ressort un certain réalisme et une construction cohérente de l’uchronie de l’univers dans lequel évolue Tanya. 


Cet univers est toujours aussi bien mis en scène par le splendide coup de crayon de Tojô. Le soin apporté est paysages urbains sont dignes de cartes postales d’époques, l’architecture germanique protestante ressort de ces cases comme de l’ambiance générale des années 1920. Le mélange habile des genres parvient à surprendre la lecture. On passe d’un style empruntant les codes du shojo pour sublimer la douce Visha ou accentuer le côté fillette aimante de Tanya dans ses échanges avec Rerugen, à un style clair/obscur lourd en significations belliqueuses des ‘Ailes d’argent’. On ne peut qu’apprécier ce florilège d’expressions variées que Tanya présente au cours du volume, vicieuse, déterminée, diabolique. Ce côté diabolique est d’ailleurs nourri en profondeur pendant l’entraînement du futur 203e bataillon par des scènes fortes où le corps humain est réduit à peu de chose. Cette diversité graphique et la précision du trait intensifient le poids du récit qui ne garde que d’humour les épisodes de cynisme et de quiproquos. On ne lésine pas non plus sur les épisodes anthropomorphiques animaliers qui démontrent la flexibilité du style de Tojô pour ne pas lasser le lecteur par son style profond d'apparat. 


L’édition de Delcourt, constamment de bonne facture, offre les habituels glossaires entre chaque chapitre pour les digressions explicatives des termes militaires et politiques ce qui permet de ne pas couper le rythme de lecture. Ce volume donne également au lecteur un dossier compilant l’interview du graphiste Toshimitsu Numa et l’article de Satoshi Ôshio qui sont riches en informations sur la création graphique du manga et du charme sur lequel surfe la série au Japon. 


Tanya the Evil accentue donc son intrigue tout en laissant apparaître des multiples développements qui seront intéressants à suivre. Tanya devra désormais porter son fier bataillon à la victoire afin d'espérer décrocher son poste à l'arrière !


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
SerGalaad

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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