Tanya The Evil Vol.1 - Actualité manga

Tanya The Evil Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 05 January 2018

Critique 2


Popularisé avec son adaptation animée qui a été diffusée en France en vostf par la plateforme Crunchyroll en simulcast pendant l'hiver 2017, le nom de Tanya the Evil (ou Yôjo Senki dans sa version japonaise d'origine) ne vous est peut-être pas inconnu si vous suivez d'assez près l'animation japonaise actuelle. Au vu du petit succès de l'anime, il n'est pas vraiment étonnant de voir arriver la version manga parmi les dernières nouveautés de l'année 2017 des éditions Delcourt/Tonkam. Mais avant d'être un manga ou une série animée, Yôjo Senki / Tanya the Evil est un light novel inédit en France. En cours de parution depuis 2013 au Japon chez l'éditeur Enterbrain, cette série de romans, écrite par Carlo Zen et illustrée par Shinobu Shinotsuki, est d'abord née en autopublication sur le web, avant d'être repérée par l'éditeur japonais. Si la version web s'est achevée après 122 chapitres, la version papier, elle, est toujours en cours avec 8 volumes.


L'adaptation manga, elle, a été lancée en 2016 chez l'éditeur japonais Kadokawa dans le magazine Comp Ace, et elle a pour point intéressant d'être scénarisée par l'auteur des romans lui-même, ce qui aura pour mérite de ne pas dénaturer sa vision. La partie visuelle, elle, nous permet de découvrir pour la première fois en France Chika Tôjô, une mangaka active depuis 2012 et qui a auparavant signé au Japon deux spin-off de la saga Code Geass : Sôbô no Oz et Sôbô no Oz 02, deux séries bouclées en cinq volumes. A ce jour, le manga de Tanya the Evil est toujours en cours.


L'oeuvre commence par la mort soudaine d'un homme, pur produit de ce que la société contemporaine oppressante peut faire de pire. Cet homme d'affaires, pour lui-même assurer son poste et grimper les échelons, n'a jamais hésité à considérer ses employés comme de simples pions interchangeables. Dès qu'il n'a plus besoin de l'un d'eux, il le licencie sans scrupules, même si cela doit confiner les pauvres limogés au désespoir. Et c'est bien ce désespoir qui, un jour, pousse l'un des employés licenciés à se venger en propulsant notre "héros" sous les roues d'un train...


Mais alors qu'il pensait simplement mourir, l'abject et arrogant homme d'affaires a la surprise de se retrouver face à un être surnaturel se présentant comme le Dieu, le Créateur. Cet être, que l'homme d'affaires préfèrera appeler "Entité X", a pris soin de l'observer, constatant en lui un profond manque de foi... le pire étant que même dans sa situation, notre "héros" persiste ! Se sentant insulté, "Dieu" choisit alors d'offrir une bonne leçon à l'homme, en le ressuscitant dans un monde parallèle bien différent du sien. Un monde ascientifique (un néologisme plutôt bien trouvé), où en somme les évolutions liées à la science n'existent pas, et où celles-ci ont été remplacées par la magie. Dit autrement, contrairement à notre monde qui est grandement régi à la science, ce monde alternatif est régi avant tout par la magie.


L'histoire d'un homme qui se retrouve propulsé dans un autre monde fait de magie... Hum, vous avez dit "isekai" ? Tanya the Evil fait effectivement partie de cette longue lignée d'oeuvres exploitant ce genre si populaire depuis quelques années. Mais là où la très grande majorité des oeuvres dites "isekai" plongent leur personnage principal dans un monde plutôt typé fantasy, le récit imaginé par Carlo Zen parvient très vite à se dégager du lot et à intriguer : malgré l'omniprésence de la magie, ici pas de monde fantasy, mais bien un monde s'apparentant par bien des aspects au nôtre à la période des deux Guerres mondiales. Sous les traits de Tanya, le personnage principal se retrouve en pleine période de guerre, au sein de l'Empire, une nation ayant de fortes envies expansionnistes et étant alors entourées de nations frontalières hostiles. Dans ce monde régi par la magie, toute personne ayant d'importantes facultés magiques est envoyée au front pour combattre, avec éventuellement la promesse de grimper les échelons en cas de hauts faits d'armes. Et "Entité X" étant d'un naturel plutôt "farceur", il a justement offert à Tanya de très puissantes capacités magiques, ce qui vaut à cette "fille" d'être expédiée en combat dès son plus jeune âge. A à peine 9 ans, Tanya Degurechaff se fait déjà beaucoup remarquer, et décide alors d'entrer dans une division spéciale de l'Empire, espérant ensuite atteindre un rang suffisamment élevé pour s'éloigner du champ de bataille. Mais rien ne sera aussi simple...


Les toutes premières bases de l'univers sont, globalement, plutôt bien posées, dans la mesure où on cerne très vite la nature de ce monde où la science n'est plus et où la magie est un facteur clé. Qui plus est, on ressent très vite l'influence que l'Europe des deux Guerres mondiales a eue sur l'auteur Carlo Zen, ne serait-ce que dans la géographie des lieux et dans certains costumes militaires. Mais ce sont aussi les noms qui interpellent : la république Françoise, premier ennemi frontalier de l'Empire à être vraiment évoqué, fait référence à notre France, tandis que l'Empire lui-même se base plus ou moins sur l'Allemagne (ce qui se ressent également dans les noms de plusieurs personnages). Ainsi, l'idée d'une réalité alternative à la nôtre est plutôt immersive dans un premier temps... mais malheureusement, par la suite le récit peine beaucoup à enrichir réellement cet univers, est il s'agit bien là du principal défaut de ce premier volume. Hormis les grandes lignes, le récit peine pour l'instant beaucoup à faire ressortir les enjeux des conflits,à offrir des repérages clairs sur la géographie et sur les différentes zones de conflit... Espérons que ces aspects soient plus travaillés par la suite.


C'est néanmoins dans ce monde qu'évolue désormais notre homme d'affaires réincarné sous les traits de la jeune Tanya... mais l'expérience va-t-elle le faire changer pour autant ? C'est sur ce point que, pour l'instant, le récit régale le plus : derrière ses traits de fillette choupinette, Tanya renferme l'esprit d'un homme qui était véritable ordure dans notre monde, et qui le reste ici pour l'instant. Lors des scènes d'action, Tanya expose habilement sa puissance, mais c'est avant tout pour son intérêt personnel : pas forcément pour le bien de sa nation ou même du monde, mais pour grimper les échelons et, comme dans sa vie d'avant, retrouver une place peinarde dans la haute hiérarchie et diriger les hautes sans scrupules. Mais dans un monde qui n'est plus le nôtre, cela ne fonctionnera pour l'instant pas du tout comme notre antihéros le voudrait ! Et on suit alors avec une pointe d'amusement son parcours déjà semé d'embûches, d'autant plus que le ton adopté par Carlo Zen joue sur un cynisme très prononcé. Tellement prononcé qu'il ne plaira clairement pas à tout le monde, mais celui-ci est réussi est contribue beaucoup à offrir son identité à l'oeuvre.


Le cynisme ne s'arrête d'ailleurs pas là, car à travers Tanya, Carlo Zen propose une certaine vision un peu acide de plusieurs choses liées à notre monde : l'égoïsme qui découle des pressions, bien sûr, mais aussi les aspects sans foi ni loi de la guerre, les hiérarchies, et, à travers "Entité X", la religion et certains de ses discours.


L'autre intérêt de Tanya, c'est la conservation de ses souvenirs de sa précédente vie, et donc de bon nombre de choses liées à notre monde : plus d'une fois, Tanya se référence à ses connaissances d'avant (Nietzsche, par exemple, pour n'en citer qu'une), mais toutes lui seront-elle utiles dans un tel monde alternatif ? La narration appuie pas mal ces diverses références, en les détaillant toujours un peu dans des encarts. Cela ajoute entre autres une éventuelle petite caution culturelle, mais le problème de ces annotations est qu'elles sont très récurrentes et alourdissent et cassent parfois beaucoup trop le rythme. Il aurait pu être plus judicieux de les distiller au fil du récit en lui-même, plutôt que par le biais d'encadrés.


Concernant le style visuel, le trait de Chika Tôjô en impose plus d'une fois, tout simplement. Plus proches des illustrations du light novel que du design de l'anime (qui est arrivé plus tard, de toute façon), son coup de crayon offre des designs de personnages très réussis, en tête celui de Tanya bien sûr, avec ses yeux tout à fait particuliers qui entretiennent vraiment bien le caractère du héros parfois. Il y aune très belle sensation de profondeur, une utilisation soignée des trames, des angles de vue parfois très efficaces, et surtout des choix de découpages qui sont, à quelques reprises, très originaux en appuyant bien les personnages. On regrettera simplement quelques erreurs de proportions (surtout au niveau des bras), et quelques planches où les personnages ont un côté trop poseur cliché pas nécessaire.


L'édition proposée par Delcourt/Tonkam est, dans l'ensemble, très convaincante. Celle-ci doit d'abord beaucoup à la traduction soignée de Patrick Alfonsi, qui a su rendre assez clair le récit pourtant riche et assez complexe (surtout avec les assez  nombreuses annotations). On saluera aussi les bons choix de lettrage d'Erwan Charlès. Le papier est assez souple, l'impression ne comporte pas de gros problème, et la jaquette offre un rendu soigné. Celle-ci reprend l'illustration de la jaquette japonaise, mais propose un logo-titre plus convaincant avec son rendu doré.


Malgré un univers qui peine un peu à réellement se développer et se préciser, le premier tome de Tanya the Evil pique beaucoup la curiosité, pour son antihéros pour l'instant assez détestable, son impact visuel, l'originalité du monde proposé, et surtout son ton très cynique. Carlo Zen tient quelque chose avec son concept, il n'y a plus qu'à espérer qu'il le développe et l'exploite convenablement.


Critique 1


Les adaptations de light-novel ont véritablement le vent en poupe, que ce soit du côté des adaptations animées que des versions manga qui se font toujours plus nombreuses en France. Sword Art Online, Re:Zero, The Testament of Sister New Devil, Arslan, Overlord... Rien d'étonnant puisque, bien souvent, les adaptations animées fonctionnent auprès du public, et les éditeurs de l'hexagones s'appuient sur cette réussite pour satisfaire les fans avec les adaptations manga, tandis qu'Ofelbe reste le seul à proposer quelques light-novel (dont certains à l'origine des sagas citées plus haut).


En ce mois de novembre 2017, c'est au tour de Delcourt/Tonkam de proposer l'une de ces adaptations avec Tanya The Evil (ou Yôjô Senki en langue originale), un roman initialement écrit par Carlo Zen et illustré par Shinobu Shinotsuki. Tandis que le light novel, en cours depuis 2013, totalise actuellement 8 tomes au Japon, la mangaka Chika Toko a entamé son adaptation manga depuis 2016, sept tomes ayant été publiés au Japon pour le moment. Le nom de l'autrice ne vous dit peut-être rien, normal puisque nous la découvrons en France, mais elle est reconnue pour les fans de la licence Code Geass pour ses deux spin-off manga : Sôbô no Oz, un dérivé que nous ne découvrirons sans doute jamais en France puisque Delcourt/Tonkam a perdu les droits de la licence...


L'histoire est celle d'un salaryman japonais, impitoyable et prêt à sacrifier son personnel au nom des résultats de l'entreprise, un jour poussé sur les voies d'un train par un ancien employé qu'il venait justement de licencier. Mort brutalement, il se retrouve face à celui qu'on pourrait appeler le « Créateur », mais que le salaryman préfèrera nommer « Entité X ». Consterné par l'absence de foi de l'homme décédé, ce Dieu décide de l'envoyer dans un monde différent de la Terre scientifique qu'il a connu. L'homme renaît alors dans le corps de Tanya Degureshaff, dans un monde ascientifique où les luttes se font par la magie plus qu'avec des armes. Au sein de l'Empire dans lequel grandit Tanya, toute personne disposant d'un fort potentiel magique est expédié sur le front. L'Entité X étant décidément taquine, il a fait de Tanya ce genre d'individu. Aussi, à 9 ans, le salaryman dans le corps d'une petite fille se trouve au cœur d'un conflit opposant l'Empire aux nations voisines. Malgré son fort potentiel, Tanya développe vite des ambitions : monter les échelons et gagner un poste loin des tranchées, où elle pourrait gérer ses hommes tel l'homme d'affaire qu'elle était autrefois... Malgré ce qui lui arrive, Tanya n'a donc pas retrouvé la foi.


Dans la famille des œuvres invitant son protagoniste dans un univers de fantasy, Tanya The Evil ne semble pas se conformer aux standards du genre, comme nous le prouve ce premier tome. S'il est question de magie, le titre se présente surtout comme un récit de guerre, avec un poil de dérision, et sur fond de fantastique. L'intrigue nous invite à suivre Tanya, cet ex-salaryman japonais sans scrupules, dans une guerre où elle ne cherchera que la quiétude par un poste éloigné du front, sauf que ces talents de mages vont convaincre ses supérieurs du contraire. Alors, une grande part de ce premier tome est consacrée à la guerre vécue par Tanya, aux batailles impitoyables, et aux stratégies qui permettront à l'Empire de résister aux factions voisines. Car d'entrée de jeu, la série nous montre que la guerre n'est pas qu'un prétexte à créer de l'action. Au contraire même, puisqu'il est souvent question de stratégies militaires et de géopolitique qui nécessiteront une lecture assez attentive si le lecteur veut saisir tous les tenants et aboutissants de l'intrigue. En soi, Tanya The Evil se montre rapidement très novateur par cette dimension guerrière, sans compter son univers fortement influencé par les deux Guerres Mondiales, chaque camp étant une référence à l'une des nations européennes du XXe siècle.


Pourtant, un bémol viendra peut-être déranger le lecteur : le surplus d'annotations. Parce qu'il est question de guerre et de conflits politiques, de nombreuses notions historiques voire philosophies sont citées, chacune donnant lieu à un encart explicatif. Certains termes sont bien connus, d'autres un peu moins donc, intéressants, et si un encart ponctuellement constitue un ajout culturel sympathique, une succession de ces annotations a tendance à plomber le rythme de la lecture.


L'autre force de Tanya The Evil, sur ce premier tome, est son cynisme présenté de manière très habile. Il y a d'abord cette dérision autour de la religion, notamment par la manière de représenter les divinités des religions en les caricaturant et en les présentant comme une poignée de divins qui n'ont pas grand-chose à faire de leur existence, si ce n'est annoncé des signes pour faire renaître la foi en eux. Aussi, l'attitude de Tanya vis-à-vis de la guerre et sa situation sociale est véritablement grinçante, l'héroïne de l'histoire constituant ce qu'une société moderne peut façonner de pire, un point traiter avec un humour par les réactions de la fillette et les opinions de ses supérieurs hiérarchiques, à son égard. En réalité, le récit aborde des sujets très importants, certains étant très actuels et d'autres ayant transcendé les âges, comme les discours religieux. Sur le long terme, le manga inspiré du roman de Carlo Zen pourrait se montrer plus intelligent que ce qu'on pouvait penser avant lecture, autrement dit un récit guerrier de fantasy. A voir comment sera traitée la suite, mais il y a de quoi être curieux.


Visuellement, on sent que Chika Toko a eu le temps de se faire la main sur d'autres projets avant d'attaquer une adaptation si ambitieuse. La mangaka a un trait vraiment profond, fin tout en étant dense par des jeux de noirs et de trames, en résulte alors certaines planches assez spectaculaires lors des scènes guerrières.


On notera aussi que le trait de l'autrice accompagne le cynisme de l’œuvre, on s'amusera alors à voir les explications politiques et stratégiques illustrées par des guerriers représentés sous le prisme d'animaux, un côté comique qui soulève l'opposition entre le sérieux de la scène, et le second degré du message.


En ce qui concerne l'édition, Delcourt/Tonkam a fait un travail excellent.La traduction de Patrick Alfonsi est de bonne facture, une prouesse quand on sait que le texte original et ses références n'a pas dû être simple à traduire, appuyé par une fabrication exemplaire : papier de très bonne facture, quelques pages couleur, et léger effet doré sur la couverture qui donne un tome du plus bel effet.


Tanya The Evil est sans doute possible un titre qui sort du lot, mais qui ne plaira pas forcément à tous. Par sa forte dimension militaire et politique et son cynisme constant, le titre ne fait pas dans l'action classique, loin de là. En résulte une lecture surprenante, mais qui pose de très bonnes bases. Et sachant que cette adaptation est toujours en cours au Japon, on a de bons espoirs pour une série de qualité sur la durée, et qui saura prendre son temps pour retranscrire correctement le light novel original de Carlo Zen.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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