Spy X Family Vol.1 - Actualité manga

Spy X Family Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 10 September 2020

En 2010, le public français put découvrir le mangaka Tatsuya Endo avec Tista, toute première oeuvre de sa carrière, et récit à suspense en 2 tomes particulièrement efficace au point d'avoir été Coup de coeur de notre top de la rédaction hebdomadaire. L'auteur avait ensuite été publié dans notre langue une deuxième fois par Kazé Manga en 2012-2013 avec sa deuxième série, The Moon Sword, oeuvre d'action fantastique qui s'avérait plus laborieuse, mais qui séduisait pour son originalité, son héroïne pleine de peps et ses indéniables qualités visuelles emballantes. Mais depuis, plus rien: hormis quelques histoires courtes par-ci par-là, Endô fut quasiment absent pendant quelques années... jusqu'en 2019, année où il démarra une nouvelle série destinée à devenir un hit.

C'est en mars 2019 qu'Endo démarra effectivement Spy x Family sur la plateforme de lecture en ligne Shônen Jump+ des éditions Shûeisha, une plateforme ayant également accueilli Astra - Lost in Space, Blue Flag, Fire Punch ou encore Heart Gear entre autres. Grâce à un mélange étonnant et détonnant d'espionnage, d'action et d'humour, l'oeuvre trouva petit à petit un public toujours plus large et conquis, et s'attira en quelques mois des critiques élogieuses, au point de se distinguer dans plusieurs prix: 1e dans la catégorie Web Manga du Tsugini kuru manga taishō, 17e parmi les 50 livres de l'année selon le magazine Da Vinci, meilleur manga pour garçons dans l'édition 2020 du guide Kono Manga ga sugoi!, 2e du prestigieux prix Manga Taishô... C'est donc par la grande porte que Spy x Family débarque enfin en France en cette période de rentrée aux éditions Kurokawa, qui ont su rafler ce gros morceau !

Spy x Family nous plonge dans un monde fictif dont on devine toutefois facilement les influences européennes. Entre les deux nations Westalis (l'Ouest) et Ostania (l'Est, dont la capitale est Berlint... C'est bon, vous avez la référence ?), la situation est tendue depuis déjà un moment avec coups bas et assassinats, et elle risque fort d'empirer encore voire d'amener à une guerre avec la présence à l'Est de Donovan Desmond, le virulent chef du parti "Nation Unifiée", un parti d'extrême-droite patriotique et nationaliste. Dans le cadre de l'opération "Strix" qui vise à maintenir la paix, Twilight, le meilleur espion du monde appartenant à l'Ouest, se voit donc confier une nouvelle mission périlleuse: éliminer Desmond, une tâche de taille puisque l'homme ne se montre absolument jamais sauf pour des événements de l'école élitiste de son fils. Sans doute s'agit-il alors, pour Twilight, de la plus périlleuse mission de sa vie... ou pas ?! Car pour réussir à approcher sa cible, l'espion va devoir avant tout accomplir une chose semblant insurmontable pour lui: avoir une famille. Changer d'identité en se faisant passer pour le psychiatre Loid Forger, se dégotter un enfant suffisamment doué pour intégrer la fameuse école d'élite, et dénicher une parfaite épouse pour former ensemble une famille factice. Au fil de ses recherches, le destin finit par placer devant lui Anya, une adorable fillette orpheline de peut-être même pas 5 ans (elle dit qu'elle en a 6), puis Yuri, belle, gentille et élégante domestique pour une famille de gros bourges. Tout semble donc aller pour le mieux ? Eh bien, pas tout à fait. Car Twilight ne sait aucunement que sa "fille" est une télépathe née d'expériences sous le nom "sujet 007", et que sa charmante "épouse" est en réalité une redoutable tueuse à gages officiant sous le nom de code de Princesse Ibara. Et évidemment, aucune des deux miss ne sait qu'à la base, le psychiatre Loid Forger est un espion qui leur ment complètement...

Le récit de Tatsuya Endo nous plonge donc dans une bien étrange famille, que l'on voit se construire de toutes pièces au fil d'un premier volume particulièrement emballant, dans la mesure où l'auteur exploite parfaitement son sujet en posant en premier lieux trois personnages principaux délicieux. Plutôt que de faire du suspense inutile, Endo expose d'emblée, brièvement et efficacement, le background de chacun, ainsi le lecteur sait-il immédiatement la vraie nature de chacun des trois zigotos, tandis qu'eux-mêmes ne savent aucunement que les deux autres sont des menteurs cachant leurs sombres secrets.

On découvre avant tout en Twilight un homme visiblement meurtri par une enfance en pleine guerre, et qui n'a toujours vécu que pour l'espionnage où il excelle (que ce soit dans les déguisements, les identités ou les combats), si bien qu'il ne sait aucunement comment se comporter avec une famille et qu'il n'a bien souvent que peu de tact. Sous ses airs pleins de charme et d'élégance, Yuri est la plus redoutable et agile des tueuses, ayant été élevée uniquement pour ça sans autre famille qu'un frère, et étant bien plus occupée par son travail et ses missions que par des choses auxquelles une femme de son âge pourrait penser, comme le mariage si l'on en croit les horribles filles à papa qu'elle doit fréquenter dans sa mission. Mais la plus exquise est certainement la petite Anya, télépathe née d'expériences, échappée, échouée dans un orphelinat sordide, et rêvant plus que tout d'avoir un papa et une maman. Avec son pouvoir de télépathie, elle peut lire sans souci les pensées de Twilight et de Yuri et donc avoir accès à leurs mensonges et secrets... mais, loin d'être mâture, elle reste avant tout une fillette candide qui ne comprend forcément pas tout de ce qu'elle lit ou qui interprète les pensées des autres à sa sauce, ce qui donnera lieu à un large paquet de situations tantôt fortes (comme quand elle vient en aide à sa manière à Twilight) tantôt tout bonnement désopilantes, surtout quand elle réagit de différentes manières aux pensées de son "papa" (il faut voir ses bouilles et ses paroles quand Twilight pense qu'il devrait peut-être la rendre à l'orphelinat) ou qu'elle répète de façon enfantine certaines choses dites par les adultes (le "réchaufantimatique" de Yotsuba n'est parfois pas loin, pour celles et ceux lisant le manga Yotsuba&!).

En somme, à ce stade, on peut déjà dire que l'humour fonctionne du tonnerre rien que pour la nature de ses trois héros, mais il y a encore d'autres choses à souligner sur le plan comique, en tête desquelles les différents moments où la vraie nature de Twilight et de Yuri revient au galop devant les autres, et qu'ils doivent alors se justifier comme ils peuvent pour ne pas être démasqués (mention spéciale à certaines justifications de Yuri quand elle n'est pas loin de céder à ses pulsions de tueuse ou qu'elle y cède carrément). Il faut aussi évoquer l'aspect délicieusement caricatural des différents personnages antipathiques de la série, en tête desquels le comité de l'école Eden dans la dernière partie du tome, avec en premier lieu l'absolument détestable Swan qui n'a pas volé ce qui lui arrive en page 202 (c'est en presque jouissif).

Bref, Spy x Family, c'est très souvent très drôle, tant les situations s'enchaînent et sont enlevée sous une narration aussi fluide qu'efficace... mais déjà, on distingue bien d'autres choses dans ce récit sachant aussi, par toutes petites bribes, se faire touchant voire émouvant, au fil de ce que l'on comprend de la situation de Twilight, Yuri et Anya. En effet, il y a une chose évidente que tous trois ont en commun: la manière loin d'être normale dont ils ont grandi, et le fait qu'ils n'ont jamais eu de famille. On a un Twilight qui n'avait jamais envisagé d'en avoir au vu de son travail. Une Yuri qui ne s'était jamais vraiment posé la question malgré les remarques parfois déplacées de certaines personnes sur le besoin qu'elle se trouve un mari entre autres. Et entre les deux, il y a Anya, bout de chou qui, en plus d'être née d'expériences et de ne pas avoir de vrais parents, a connu par le passé la cruelle désillusions de 4 adoptions ratées car ses parents adoptifs la trouvaient flippante, dure situation pour une enfant qui ne rêve que d'avoir des parents. Mais en étant désormais entourée de deux "parents" eux-mêmes pas vraiment "normaux", peut-être bien que la fillette deviendra le liant entre Twilight et Yuri, et que qu'ensemble tous trois finiront par former une vraie famille unie et aimante. C'est d'ailleurs ce que l'on entrevoit déjà, surtout dans la dernière partie du volume.

Visuellement, ça claque. Non seulement Endo imagine des design de personnages particulièrement efficaces y compris dans leurs pointes caricaturales, mais en plus il sait leur offrir une belle palettes d'expressions, en particulier pour Anya. Les décors sont soignés et bien présents quand il le faut sans être surchargés, nous plongeant dans une ambiance plutôt européenne tantôt brutale (quand il y a de l'action) tantôt chic/élégante avec efficacité. Mais ces décors savent également disparaître quand il le faut au profit des personnages et des moments mouvementés, quand ils ne participent pas eux aussi à un bonne représentation de l'action via d'efficaces angles de vue (un exemple: l'angle adopté quand Yuri bondit du toit de l'immeuble pour aller secourir la mamie). En somme, c'est fluide, c'est léché, c'est souvent un vrai régal.

Enfin, difficile de ne pas souligner la qualité éditoriale, et en particulier la traduction française de Satoko Fujimoto qui est vraiment inspirée. Le langage de chaque personnage est bien adapté, les nombreuses répliques enfantines d'Anya sont très bien tournées, et on s'amuse également beaucoup de certains doubles-sens (les "cadavres dans le placard" évoqués à un moment sont on ne peut plus vrais !). Les 4 premières pages en couleur sont très appréciables, le papier est d'honnête qualité, l'impression est très bonne, et les choix de police sont convaincants.

Au bout du compte, il semble bien difficile de ne pas craquer pour les débuts de Spy x Family, Tatsuya Endo sachant emballer comme il se doit, autant pour son concept que pour ses nombreuses idées, son humour et ses personnages. Fortement attendue, l'oeuvre n'a aucunement volé sa réputation, et devrait très facilement s'installer parmi les séries sur lesquelles il faudra compter dans les mois/années à venir.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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