The Ride-on King Vol.1 - Actualité manga

The Ride-on King Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 11 March 2021

L'isekai est un registre qui reste toujours aussi populaire et abondant ces dernières années, au point de pouvoir offrir autant de bonnes oeuvres que de récits plus anecdotiques. Avec le succès Moi, quand je me réincarne en slime, les éditions Kurokawa n'ont pas été les dernières à s'essayer au genre, et en ce mois de mars elles accueillent un nouveau représentant qui, à l'instar du slime Limule, devrait avoir facilement de quoi se démarquer quelque peu de la masse d'isekai de par son personnage principal assez unique.

The Ride-on King (l'oeuvre porte le même nom au Japon) est une série signée Yasushi Baba, un mangaka jusque-là inédit en France, mais notamment connu au Japon pour sa série-fleuve Karate Shoukoushi Kohinata Minoru qui compte 50 tomes. Dernière oeuvre en date de l'auteur, elle a été lancée au Japon en 2018 dans les pages du magazine Shônen Sirius des éditions Kôdansha, où elle est toujours en cours.

Nous voici ici plongés aux côtés d'Alexandre Ploutinov, président à vie de la petite République de Prussie, une nation d'Asie centrale que l'homme à bâtie lui-même, 15 années auparavant, par la force de ses bras: maîtrisant à peu près tous les arts martiaux existants et doté d'une musculature très bien forgée, ce quasi surhomme a permis à la nation d'obtenir son indépendance en suscitant le respect et la crainte des pays voisins, si bien qu'il n'a a priori plus grand chose à craindre hormis quelques attaques terroristes, et qu'il règne en maître sur sa nation au point d'avoir des statues géantes de lui érigées. Oui, mais voilà: maintenant qu'il a tout maîtrisé, tout dompté, tout conquis, Ploutinov n'a plus goût à grand chose... Et c'est le moment que choisit le destin pour lui jouer un drôle de tour. En enrayant à lui seul une attaque terroriste avec brio, il finit pourtant bêtement par mourir écrasé par la tête de sa propre statue géante... afin de mieux se réveiller dans un tout autre monde dont il ne cerne pas grand chose, hormis qu'il y pullule des créatures impressionnantes et inconnues qu'il rêve alors de chevaucher. Ploutinov reprend ainsi goût à la vie, mais ne sait pas encore que son nouveau quotidien dans ce monde étrange lui réserve bien d'autres surprises.

The Ride-on King est une série qui a rapidement acquis une certaine notoriété pour une raison en particulier, celle qui amène la principale pointe d'originalité du titre au départ: son personnage principal, qui est une parodie à peine cachée du président russe Vladimir Poutine, que ce soit dans son physique, dans sa façon de diriger le pays qui a des allures un peu totalitaristes vue comme ça, ou par sa maîtrise des arts martiaux. Forcément, l'idée aurait pu être casse-gueule puisque le mangaka, s'il avait mal jaugé son truc, aurait pu tomber dans une sorte de valorisation du controversé dirigeant russe. Heureusement, il n'en est rien: Yasushi Baba exagère beaucoup le trait afin de bien servir l'humour au départ, ainsi on s'amuse de voir le président torse nu se balader dans sa capitale à dos de tigre (vu qu'il adore chevaucher un peu tout ce qui peut l'être), être si musclé qu'il dézingue une attaque terroriste rien qu'en tapant du pied sur le sol, ou rester impassible en toutes circonstances (ou presque). Et puis, dès lors que Ploutinov se retrouve dans cet autre monde dont il ne capte pas tout (forcément), on comprend bien que la petite parodie de Poutine n'est qu'un point de départ rigolo et que le récit va bel et bien développer autre chose, en tirant beaucoup parti des spécificités de son personnage principal.

Concrètement, les premiers pas de Ploutinov dans cet autre monde permettent, de manière standard, de poser les bases de cet univers de fantasy aux accents médiévaux, au gré de ce que l'homme découvre petit à petit en étant guidé par ses deux premières "compagnes d'aventure", l'aventurière de 17 ans Saki et la magicienne de 16 ans Bell, sur lesquelles on reviendra plus bas. Des premières créatures assez variées (ça va de grands classiques comme les gobelins et les orcs à des créations originales comme les hotchis, des sortes d'oiseaux non-volants pouvant servir de montures et rappelant un peu les chocobos de Final Fantasy), mais aussi des premiers contacts avec la magie, les artefacts, les premières aventures via l'inscription à la guilde des aventuriers, la découverte d'un premier village humain...

A la clé, il y a évidemment tout un décalage concernant Ploutinov, le récit jouant beaucoup là-dessus. Avec sa force herculéenne le bonhomme s'impose vite de manière amusante dans ce monde en désamorçant quasiment à lui seul nombre de situations critiques, et son côté quasiment toujours impassible dans tout ça amène un décalage supplémentaire redoutablement efficace. Mais au premier abord, il apparaît forcément comme un vieux gars un peu bizarre et sorti de nulle part, d'autant que sa méconnaissance totale de nombre de choses fait dire à son entourage qu'il doit venir de la cambrousse profonde... Et ça, ça pourrait bien profiter à Saki et Bell, deux jeunes filles qui ne sont pas forcément des anges et qui aimeraient bien exploiter ce colosse pour leur propre bien ! Même si, parfois, ça se retourne contre elles...

Mais au fil de ce début d'aventure, s'il y a bien quelque chose qui intrigue et séduit, c'est la manière dont Baba décortique son personnage principal. On aurait pu s'attendre à une espèce de conquérant totalitaire bien décidé à conquérir ces nouvelles terres, mais il en est tout autre: Ploutinov n'a pas d'ambition conquérante et, dans l'immédiat, a surtout envie de réaliser son rêve de chevaucher de nouvelles créatures... sans pour autant les soumettre, car, comme on le verra à nombre de reprise, il a du respect pour les autres formes de vie, et même un rand sens de la justice car il n'attaque jamais sans raisons, chose qu'il montrera très bien dans son attaque des orcs pour sauver une enfant "elfe", ou dans son désir de sauver des enfants centaures faits prisonniers et maltraités par des nobles humains, humains qui pourraient alors devenir ses principaux ennemis... On est alors facilement séduit et intrigué par ce "papy" aussi amusant dans ses décalages qu'intéressant dans ses valeurs de justice et de respect presque inattendues.

Visuellement, Baba livre une très bonne copie. Bien sûr, il y a en premier lieu le design "poutinesque" du héros qui fonctionne fort bien, surtout dans ses exagérations et dans son allure impassible qui contraste avec ses quelques visages plus gagas devant les créatures mignonnes. Les autres personnages humains sont plus classiques mais soignés dans leur look et leur tenue. Le bestiaire est lui aussi assez travaillé et parfois propice à l'humour, surtout quand le hotchi Povchou est de la partie ! Enfin les décors sont très présent et il y a un vrai travail dessus, que ce soit les paysages naturels ou l'architecture des habitations/villes.

The Ride-on King es tune vraie bonne surprise. En plus d'être drôle et bien grattée, l'oeuvre tire efficacement parti des caractéristiques un peu décalées de son héros pour offrir un récit qui n'est pas que drôle puisque certains aspects sont plutôt intelligemment traités, par exemple le cas des centaures ou le respect montré par Ploutinov.

Qui plus est, l'édition est très bonne avec en premier lieu une excellente traduction de Nesrine Mezouane, qui tire à merveille parti des personnages, que ce soit via le parler soutenu de Ploutinov, celui plus relâché de ses compagnes (voire même assez djeunz pour Bell, genre), ou même pour quelques élans absurdes (comme quand Bell lâche une expression anglaise, langue qu'elle ne peut pas connaître). La jaquette est superbe avec ses différents effets de vernis sélectif, et le papier ainsi que l'impression sont de très bonne qualité.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






MN Actus
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