Rendez-vous au crépuscule - Roman - Actualité manga

Rendez-vous au crépuscule - Roman

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 26 November 2020

Sorti aux éditions Akata dans leur collection Young Novel le 19 mars dernier, Rendez-vous au Crépuscule fait partie de ces oeuvres qui ont vraiment joué de malchance en arrivant pile au début du confinement sans pouvoir être reportés, ce qui fait qu'il a connu un lancement très difficile voire qu'il est passé injustement inaperçu, quand bien même l'éditeur tâche toujours à l'heure actuelle de le mettre en avant, puisqu'il le mérite amplement. Tout premier roman de Tetsuya Sano qui l'a publié en 2017, cet ouvrage d'un peu plus de 200 pages a été illustré par loundraw (illustrateur du roman je veux manger ton pancréas et dessinateur du manga Derrière le ciel gris), et constitue une best seller dans son pays d'origine puisqu'il s'y est écoulé à plus de 600 000 exemplaires et a connu près d'une trentaine de réimpressions. Si bien que deux ans plus tard, il a encore connu une très belle actualité avec une adaptation en manga par Daichi Matsuse (le dessinateur des arcs 1 et 3 des mangas Re:Zero), une adaptation en film live, et un roman spin-off composé de nouvelles et ayant accompagné la sortie nippone du film. Et Akata semblant tenir à l'oeuvre, elle a entrepris de publier également dans notre langue les dérivés papier ! Ainsi, depuis septembre on peut retrouver en librairies le tome 1 de l'adaptation manga. Et dès le 3 décembre, on pourra découvrir le 2e et dernier tome de ce manga, mais aussi le roman spin-off, nommé pour l'occasion Fragments de Crépuscule.

Rendez-vous au Crépuscule nous plonge dans une réalité en tous points similaire à la nôtre, à ceci près qu'il y existe une bien mystérieuse maladie: la luminite. Personne ne connaît exactement son origine et il n'existe aucun moyen de la soigner, les recherches médicales dessus n'étant pas encore assez avancées. Ce qui fait que, quand elle se déclare (généralement à un âge compris entre la dizaine d'année et le milieu de la vingtaine), ses porteurs ne peuvent qu'être hospitalisés en permanence, en attendant de s'affaiblir peu à peu jusqu'à une inévitable mort. Le signe particulier de cette maladie ? Le corps des porteurs émet une légère lumière fluorescente quand il est éclairé par la Lune, et cette lumière devient peu à peu plus intense pendant que le corps s'affaiblit petit à petit.

En lycéen plutôt lambda en apparence, Takuya Okada, en classe de seconde, ne s'est jamais intéressé plus que ça à la luminite. D'ailleurs, l'adolescent ne semble pas s'intéresser à grand chose: plutôt distant avec les autres, il n'a pas vraiment d'amis et parle peu avec autrui. Mais sa vie risque bien d'être bouleversée le jour où Akira Kayama, un camarade de classe qu'il considère comme son "sauveur" mais qu'il préfère éviter à cause de son comportement peu sérieux, lui demande d'aller rendre visite à sa place à une certaine Mamizu Watarase, une camarade de classe qu'il n'a jamais vue. La raison de cette absence ? Eh bien, cette jeune fille est précisément atteinte de la luminite, et ses jours sont comptés (d'après les médecins, elle devrait même déjà être morte). Hospitalisée en permanence dans un établissement situé tout au bout de la ligne de train de la ville, l'adolescente ne peut quasiment pas sortir de sa chambre d'hôpital, et absolument jamais de l'hôpital lui-même. Et quand Takuya fait sa rencontre pour la première fois, il ne sait pas encore que quelque chose le poussera à revenir la voir très régulièrement, et qu'un lien plus fort que tout, même plus fort que la mort, se créera entre eux deux...

L'idée d'une rencontre et d'un lien entre un héros solitaire et une héroïne qui n'a plus longtemps à vivre n'est pas nouvelle: des oeuvres comme je veux manger ton pancréas (sorti chez Pika) ou le manga Second Summer, Never See You Again (paru chez Doki-Doki) sont déjà passés par-là. Le roman de Tetsuya Sano affiche même quelques similitudes fortes avec Je veux manger ton pancréas, dans la mesure où les deux oeuvres ont une héroïne bien décidées à vivre encore bien des choses avant de disparaître... la différence étant que dans le cas de Mamizu, ces choses seront vécues "par procuration", puisque Takuya ira vivre pour elle ce qu'elle aurait aimé faire, en ne manquant pas bien sûr de lui faire des comptes-rendus détaillés par la suite. C'est un aspect qui occupe toute une partie du récit: aller seul dans un parc d'attraction, aller bosser dans un maid café, faire du saut à l'élastique, adopter une tortue... ne sont que quelques-unes des choses que Takuya ira faire pour Mamizu, sans trop savoir pourquoi au départ, d'autant que la jeune fille fera parfois des demandes assez capricieuses. Mais bien sûr, ces demandes ont bien souvent un rôle à jouer dans l'intrigue. Certaines ont quelque chose de drôle et permettre à Mamizu de peut-être se détendre, tandis que d'autres poussent Takuya à faire des choses qu'il n'aurait peut-être jamais effectuées de lui-même (comme faire du saut à l'élastique ou élever un animal), voire lui permettent d'avancer vers des étapes brisant son côté solitaire, notamment quand il se fait embaucher au maid café et fait la connaissance d'une joviale collègue en Riko. Et puis, au fil de la confiance qui s'installe entre les deux adolescents, certaines demandes deviennent plus importantes sur le plan personnel, comme quand Mamizu demande à Takuya d'aller à la rencontre de son père pour lui demander pourquoi il s'est séparé de la mère de la jeune fille. Les demandes de l'adolescente ne manqueront alors pas d'avoir un impact sur plusieurs personnes de son entourage, ainsi que sur elle-même bien sûr. Car tout au long de la lecture, à travers le regard de Takuya, on a largement l'occasion d'entrevoir tout ce que peut ressentir Mamizu sans forcément le dire: face à l'idée de sa mort qui approche alors qu'elle est encore si jeune, la jeune fille se montre volontiers joviale, essaie de paraître détachée parfois, mais certaines paroles ne mentent pas et font bien comprendre le rapport complexe qu'elle a déjà face à la mort, entre résignation, déprime, peur de ne plus exister, et volonté de vivre. C'est bien cette volonté de vivre qui, grâce à sa relation avec Takuya, brillera peut-être le plus. Et c'est peut-être bien cela aussi qui sauvera Takuya lui-même.

Car si Takuya est lui-même si solitaire, si distant au départ, ce n'est pas pour rien, l'adolescence vivant toujours le deuil de sa grande soeur Meiko, renversée par une voiture quelques années auparavant. Et on en arrive à l'un des éléments les plus intéressants de l'oeuvre: le rapport que l'on peut avoir au deuil, plusieurs personnages de la série étant marqués par la chose. Takuya, sa mère, mais aussi Meiko elle-même avant de mourir, ainsi que Kayama: tous ont déjà connu cette douleur, mais tous ont eu une manière différente de l'appréhender. Takuya est devenu plus distant et morne, tandis que Kayama a pris en quelque sorte le chemin inverse en décidant de profiter sans trop se prendre la tête mais sans pour autant oublier l'essentiel. Meiko est elle-même allée vers la mort (aspect très bien écrit, puisque le romancier nous le fait bien comprendre en filigranes sans jamais dire le mort "suicide"), tandis que leur mère à elle et à notre héros a désormais la peur permanente de perdre son autre enfant. Mais au bout du chemin, chacun de "ceux qui restent" pourrait évoluer, réapprendre à vivre voire vivre pour ceux qui partent. Il y a bien des manières de vivre le deuil, mais aussi de s'y préparer.

Pour porter tout ça, Sano offre une écriture aussi simple que juste. Peu de longues phrases, des descriptions physiques se contentant des grandes lignes (hormis pour Takuya, dont l'allure n'est jamais décrite, la seule idée quo'n peut avoir de son physique se trouvant alors dans les quelques illustrations de loundraw), une histoire racontée intégralement par le personnage principal au gré de ses actes, de ses pensées et de ses discussions avec Mamizu et les autres. Sans jamais oublier sa part d'émotion (mention spéciale au superbe monologue de Mamizu vers la fin) ou même de poésie (la symbolique de la lumière, entre autres, est bien trouvée pour métaphoriser un peu la vie et le lien finalement lumineux entre les deux héros), l'histoire va donc plutôt droit au but, mais en ne ratant jamais l'occasion de frapper juste dans ses messages.

Ajoutons à cela la traduction soignée de Yacine Youhat, ainsi que la très jolie et touchante postface de Sano qui se livre un peu, et l'on obtient un roman aussi poignant que sincère, qui parvient, sur une base a priori déjà-vue, à très bien développer ses thématiques phares autour du deuil et de la mort ainsi que la relation construite entre Takuya et Mamizu. Une jolie réussite, dont on prolongera avec plaisir l'expérience via le manga puis le roman spin-off Fragments de Crépuscule.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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