Ranma 1/2 - Edition Originale Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 21 Febuary 2018

Critique 3

Ranma ½ fait partie de cette poignée de série qui a bercé toute une génération dans les années 90, notamment grâce à son dessin animé. Initialement un manga de Rumiko Takahashi, mangaka qu'on ne présente plus puisqu'on lui doit les œuvres Urusei Yatsura (Lamu), Maison Ikkoku, Inu Yasha ou encore Rinne. Le manga original n'a pas forcément eu de chance en France puisque avant 2016, seule une la première édition cartonnée de Glénat existait sur le marché, et demeurait difficilement trouvable depuis bien des années. Fort heureusement, après moult appels des fans et sans doute suite à une bataille de droits, Glénat peut proposer une nouvelle version de l'oeuvre, plus conforme aux standards modernes.
Ranma et Genma Saotome, un fils de son père, reviennent au Japon après un entraînement en Chine. Suite à leur chute dans une source magique, tous deux se transforment au contact de l'eau froide : Genma en panda et Ranma en fille ! Le moyen pour eux de reprendre leur forme initiale ? Verser de l'eau chaude sur eux. Pas la meilleure nouvelle sachant que le duo revenait au Japon pour fiancer Ranma à Akane, la fille du dojo Tendo au caractère particulièrement trempé. Car Akane attire les garçons, ce qui l'a poussée à les détester. Et manque de chance, les relations entre Ranma et sa potentielle promise ne seront pas au beau fixe...
Si Ranma est un titre qui a beaucoup marqué les années 90 aux côtés de Dragon Ball et Saint Seiya, la série a été boudée par les éditeurs depuis. Pas de sortie en haut-définition de l'anime, tandis qu'il aura fallu attendre pour une nouvelle version du manga, plus digne et qualitative. C'est désormais chose faite, un excellent moyen pour les spectateurs des années Dorothée de redécouvrir l’œuvre, et pour les néophytes de la découvrir.
On pense souvent à Ranma comme un titre haut en couleur, et ce premier tome nous confirme cette impression générale. Rapidement, le volume présente un pitch original, jouant avec les codes de la comédie sentimentale non sans humour. Le tandem phare est donc Ranma et Akane, deux ados qui s'entendent comme chien et chat tandis que leurs pères veulent les fiancer. Classique, mais terriblement efficace grâce aux éléments qui viennent se greffer à ce concept narratif. Ainsi, Ranma et Akane sont doués en arts martiaux et rencontreront des individus rivaux pour Ranma, et parfois de véritables sauvages à fuir pour Akane qui fera chavirer leurs cœurs. Mais tout ceci n'est rien en comparaison de l'idée phare du titre, celle d'un héros se transformant en fille lorsqu'il est au contact d'eau froide, faisant alors du protagoniste l'intérêt d'enjeux sentimentaux. Rumiko Takahashi joue particulièrement bien avec cette mécanique humoristique tout le long du tome : des personnages rivaux (et boulets) s'éprennent de la Ranma féminine, et le héros lui-même épatera la galerie avec son manque de pudeur incroyable. Un sacré programme donc, d'autant plus réussi que Rumiko Takahashi est douée dans sa narration, notamment pour créer des histoires effrénées qui ne laissent pas le temps de souffler. Les aventures sont donc imprégnées d'absurde à chaque page, aussi le divertissement prend sans mal et on dévore les chapitres sans s'en rendre compte, une aubaine pour ce premier tome épais qui propose 16 chapitres.
A ceci s'ajoute tout l'aspect sentimental de la série qui commence déjà à être traitée. Le binôme Ranma / Akane reste efficace pour ses chamailleries constantes, mais va rapidement développer un petit quelque chose de touchant. Sans griller les étapes, Rumiko Takahashi montre deux individus qui ne peuvent s'entendre au premier abord, mais qui s'attacheront petit à petit à l'autre... A ce stade, difficile de dire si la piste romantique sera assumée, et la suite de la série a bien le temps de développer cette romance et la bouleverser par différents rivaux.
Du côté de l'édition, cette réédition de Ranma n'est pas la Perfect que beaucoup de fans attendaient, malheureusement. Pourtant, cette nouvelle version reste efficace : ses couvertures sont du plus bel effet grâce à des illustrations sobres, mais attirantes et un vernis sélectif qui met bien le tout en relief, le papier est d'une épaisseur appréciable, et la traduction de Fédoua Lamodière rend honneur à cette série haute en couleur et rafraichissante.
Alors, ce premier tome de Ranma est une réussite indéniable. Le pitch, absurde, est efficacement exploité et aboutit à des histoires inventives et au rythme effréné, tandis que l'édition offre enfin aux fans une version de qualité de l’œuvre. L'aventure est lancée, on suivra donc avec grand plaisir Ranma et Akane, le temps de nombreux volumes !


Critique 2

Ranma 1/2! Voilà un nom qui résonne comme un doux souvenir, à la fois touchant et déjanté, chez les trentenaires et quarantenaires, souvenirs d'une série ayant fait les grandes heures du célèbre Club Dorothée aux côtés des Dragon Ball et Saint Seiya! Et bien entendu de par son statut d’œuvre culte, Ranma fut l'un des premiers titres adaptés en manga par Glénat lorsque ceux-ci ont commencé à envahir la France...une époque lointaine où les rares concurrents de Glénat sur le marché se limitaient à "J'ai Lu" et "Kana", à l'époque où le respect de l’œuvre originale passait au second plan, avec des couvertures cartonnées bien dégueulasses n'ayant pas grand-chose à voir avec l'original! La première édition est apparue en 1994...nombre des lecteurs actuels n'étaient pas encore nés...elle s'est achevée en 2002 à l'issue de son 38e opus... et depuis il fallait se contenter de cette vieille édition bâclée et irrespectueuse! Mais voilà que 2017 est l'année du renouveau, Ranma nous revient enfin dans une "édition originale" dans le sens de lecture classique, avec des couvertures beaucoup plus attractives, une nouvelle traduction et des volumes "doubles" bien plus conséquents, une nouvelle édition en vingt tomes d'une œuvre culte qu'on attendait tous depuis longtemps! 
Avant de parler de la série en elle même, il revient de s'attarder quelque peu sur son auteure, la très talentueuse et prolifique Rumiko Takahashi! Il apparaît quasiment impossible d'être passé à côté de l'auteure qui depuis des années nous propose des titres-fleuves, certes un peu redondant, mais prenant et savoureux! Les plus anciens se souviennent forcément de "Lamu" (Urusei Yatsura) et de "Juliette je t'aime" (Maison Ikkoku), sans parler bien entendu de Ranma! Plus récemment, on a pu profiter de la série (interminable) Inu Yasha ou encore Rinne...des séries aussi redondantes qu'intéressantes! Mais ici ce qui nous intéresse vraiment c'est bel et bien Ranma 1/2!
Soun Tendo vit paisiblement au sein de son dojo avec ses trois filles, mais un beau jour il reçoit un courrier de son vieil ami Genma Saotome lui annonçant son retour après un périple en Chine pour perfectionner sa pratique des arts martiaux! Et si Soun est si ému de cette nouvelle, c'est parce que Genma ne rentre pas seul, il est accompagné de son fils Ranma qui doit normalement épouser la plus jeune fille du dojo Tendo, à savoir Akane! Soudain un panda et une jeune fille se battant l'un contre l'autre font irruption dans la demeure des Tendo... il s'agit de Genma et de Ranma! Tous deux, au cours de leur voyage en Chine, sont tombés dans des sources magiques faisant qu'au contact de l'eau froide ils se transforment respectivement en panda pour Genma et en jeune fille pour Ranma; seul le contact de l'eau chaude leur rend alors leur apparence normale! Déjà qu'à la base il s'agissait d'un mariage arrangé non souhaité par Ranma et Akane, la situation complique grandement les choses... Les deux jeunes gens vont apprendre à se connaître et vont vivre bien des aventures entourées par une multitude de personnages hauts en couleur et totalement déjantés! 
Quel plaisir de retrouver Ranma tel qu'il était dans nos souvenirs, aussi fun et déjanté que nous l'espérions! Et bien ce premier opus, bien plus épais que la première édition, vient nous ravir avec un titre qui n'a pas vieilli et qui nous propose un récit dynamique et rythmé! 
On plonge dans le bain immédiatement en retrouvant les personnages principaux, à savoir Akane et son père et ses soeurs, Ranma et son père et de suite le concept nous est exposé, Rumiko Takahashi n'imposant pas de suspens ou de quiproquos (bien que nombre d'entre eux interviennent plus tard! Donc dès le départ nous savons que nous pénétrons dans un univers barré où le simple contact avec de l'eau permet à des personnages de se métamorphoser! A partir de là, une fois le cadre posé, c'est la porte ouverte à toutes les situations déjantées possibles et imaginables! Car si la transformation de Genma en Panda se veut totalement loufoque et presque anecdotique (cela ne semble choquer personne qu'un panda se promène dans la rue, soit à table en train de manger avec des baguettes...Genma semblant totalement détaché de tout ça, amenant des situations totalement décalées, souvent très amusante), le fait que Ranma change de genre en permanence est déjà plus compliqué pour lui à gérer... Compliqué bien entendu dans sa relation avec Akane, mais également dans ses autres relations amenant souvent des situations totalement barrées; ainsi un lycéen amoureux d'Akane tombe également amoureux de Ranma fille tout en considérant Ranma garçon comme un rival, puisque bien entendu mis à part les membres de la famille Tendo, personne n'est au courant de la situation... 
Tout le sel de la série repose en grande partie justement sur ces personnages décalés et déjantés, à commencer par Ranma qui semble être le seul à prendre les choses avec beaucoup de recul... Bien qu'adolescent il est réfléchi et posé, maîtrisant les arts martiaux comme personne, il se sert de ses aptitudes pour se sortir des situations délicates, mais ne provoquant pas les affrontements. Akane est presque son opposé, elle est colérique et susceptible et vit assez mal ce mariage arrangé qu'elle refuse... Et si on se doute que sur le long terme les deux adolescents vont finir par se rapprocher, nombre de personnages viendront leur mettre des bâtons dans les roues, à commencer par Tatewaki Kuno, star du lycée et capitaine de l'équipe de Kendo qui veut séduire à la fois Akane et la version féminine de Ranma sans comprendre que celui qu'il considère comme son ennemi n'est autre que cette même jeune fille... Puis apparaît Ryoga, sans doute le personnage le plus amusant de la série! Rival de Ranma depuis des années, en le pourchassant en Chine, ce dernier l'a fait tomber dans un des lacs maudit ce qui fait qu'il se transforme en petit cochon au contact de l'eau froide...petit cochon qui deviendra l'animal domestique de Akane ignorant qu'elle dort en réalité avec un garçon... Ryoga est lui aussi colérique et reproche tout et n'importe quoi à Ranma, il possède un sens de l'orientation déplorable et se retrouve lui aussi dans des situations totalement rocambolesques! Et ce n'est qu'un avant-goût de tout ce qui nous attend! 
La série est construite sous forme d'histoires plus ou moins courtes se déroulant sur un ou deux chapitres sans autre enjeu pour le moment que de passer un bon moment en s'amusant des situations décalées que nous propose l'auteur, avec bien entendu toujours en toile de fond la difficile relation entre Ranma et Akane... 
Le trait de l'auteure a évolué depuis Ranma, il manque parfois un peu de détails, qu'il s'agisse des personnages ou des arrières plans, mais on reconnaît la patte de Rumiko Takahashi immédiatement! La narration apporte beaucoup de dynamisme à la série, tout allant très vite sans pour autant être confus! 
On passe un excellent moment en redécouvrant (ou tout simplement en découvrant) le titre avec ce premier opus dense et rythmé, et on se réjouit de se replonger dans cette grande série! 


Critique 1

Faisant partie des mangakas les plus influentes, Rumiko Takahashi a marqué plusieurs générations de lecteurs depuis ses débuts à la fin des années 1970, surtout avec plusieurs titres longs tous adaptés en animes à succès : la comédie burlesque Urusei Yatsura/Lamu, le comédie romantique Maison Ikkoku/Juliette je t'aime, le récit d'aventure Inu Yasha, puis Rinne... Sans oublier sa comédie la plus célèbre en France ! Dessinée au Japon de 1987 à 1996, Ranma 1/2 est une série de 38 tomes qui a aussi su se tailler une belle place dans notre pays, d'abord par le biais de sa longue adaptation animée (161 épisodes, sans compter une grosse dizaine d'OAV et trois films d'animation) qui a été diffusée dans le Club Dorothée en version censurée, puis via l'arrivée du manga original chez Glénat à partir de 1994.

Faisant donc partie des premiers mangas de Glénat, à une époque où le manga était loin d'être aussi bien installé qu'aujourd'hui dans notre pays, et bouclée en 2002, la première édition de Ranma 1/2 a souffert de son statut de "précurseur" en France (aux côté d'autres titres comme Akira, Dragon Ball, Dr Slump, Gunnm ou Kenshin), en connaissant une version que l'on peut qualifier de saccagée : sens de lecture occidentalisé avec des tomes inversés à l'arrache, traitement des onomatopées très amateur, plusieurs changements de traducteur, retouches graphiques, absence de jaquette, couverture flashy... Ca ne faisait clairement pas honneur à l'oeuvre.

Autant dire que cela faisait très longtemps que l'on espérait une nouvelle édition de la série, une édition plus fidèle, comme Gunnm, Dr Slump et consorts ont déjà pu en avoir. Glénat évoquait déjà depuis quelques années son désir de pouvoir rééditer l'oeuvre, mais malgré les tentatives de trouver un accord avec les ayant-droit japonais, cela n'a pas pu se faire. Jusqu'à l'arrivée au Japon, à partir de juillet 2016, d'une nouvelle édition dite deluxe ! C'est cette édition que nous pouvons enfin découvrir en France à partir de ce mois d'octobre 2017. Comptant à ce jour 15 volumes au Japon, l'édition deluxe de Ranma 1/2 est prévue pour compiler les 38 tomes initiaux en 20 volumes d'environ 350 pages.

Qu'on se le dise donc : Ranma 1/2 a enfin droit en France à une édition qui fait honneur à l'oeuvre de Takahashi ! Celles et ceux qui possèdent ou ont lu la première édition le ressentiront dès les premières pages, c'est une tout autre expérience de lecture qui commence avec cette nouvelle édition qui se calque le plus fidèlement possible sur la nouvelle version japonaise: sens de lecture japonais, onomatopées qui ne sont plus massacrées et bénéficient d'un sous-titrage, adaptation graphique beaucoup plus fidèle, toute nouvelle traduction faite par une Fédoua Lamodière expérimentée (elle connaît déjà l'oeuvre pour avoir déjà signé la traduction de la fin de la première édition, et est très à l'aise sur les séries demandant une traduction très vivante, comme sur Seven Deadly Sins, UQ Holder, Les Mémoires de Vanitas, Dragon Ball...)... Qui plus est, nous aurons droit à quelques bonus, comme des pages en couleur (malheureusement une seule dans ce tome, mais son rendu sur papier un peu cartonné est très plaisant), des suppléments, et une interview de Rumiko Takahashi qu visiblement nous découvrirons au fil des tomes (ici, les deux premières pages reviennent sur les origines de la série). On a aussi droit à une très bonne qualité d'impression sur un papier assez blanc, sans transparence, souple et ne laissant pas l'encre baver (on est loin du papier trop fin et désagréable que l'éditeur a adopté depuis plusieurs mois...). Quant à la jaquette, elle peut paraître un peu simpliste et kitsch avec son fond rose uni, mais reste tout simplement fidèle à l'édition japonaise, et bénéficie d'un vernis sélectif sympathique. Enfin, notons que, toujours par respect de l'édition japonaise, nous n'avons pas ici un grand format de Perfect Edition à la Kenshin ou Dr Slump, mais un format seinen classique, celui que l'éditeur emploie sur la plupart de ses seinen (en gros, c'est la même hauteur que la première édition de Ranma, mais c'est un peu plus large). Sans doute est-ce pour cela qu'au lieu d'édition perfect, Glénat préfère finalement parler ici d'"édition originale".

Dans Ranma 1/2, tout commence à Tokyo, au sein du dojo Tendo. Soun, père de trois ravissantes jeunes filles, vient de recevoir une lettre de Chine de son vieil ami Genma Saotomé, le maître de l'école d'arts martiaux mixtes et sans complexe à la mode Saotomé : après un long entraînement de plusieurs années, lui et son fils Ranma s'apprêtent à revenir au Japon ! Soun se fera un plaisir de les héberger aussi longtemps qu'ils le veulent... surtout parce qu'il a passé un pacte avec Genma : une fois Ranma devenu adulte, il épousera l'une des trois filles Tendo, afin de mettre la famille à l'abri de tout besoin ! Elles ont beau apprendre cette nouvelle très soudainement, les demoiselles ont des réactions assez différentes. La douce Kasumi, 19 ans, et l'observatrice Nabiki, 17 ans, sont curieuses de voir à quoi ressemble Ranma. Mais la plus jeune, Akane, 16 ans, adepte des arts martiaux, s'en contrefiche car elle déteste les garçons. Seulement, en arrivant au dojo avec son père, Ranma réserve une drôle de surprise aux Tendo, puisqu'il est... une fille ?! Une surprise qui n'est que la première d'une longue lignée. Car le petit problème de Ranma et de Genma, c'est que depuis qu'ils sont tombés dans des sources maudites en Chine, l'eau froide les transforme respectivement en jeune fille et en panda, et seule de l'eau chaude peut leur redonne leur apparence initiale de garçons. Cette situation farfelue sera le point de départ de bien des problèmes en tous genres, au fil desquels viendront se greffer une ribambelle de personnages hauts en couleurs et qui sont souvent, eux aussi, un peu perchés.

Dès le premier chapitre, Rumiko Takahashi installe avec une grande efficacité son concept : alors que l'on découvre les principaux personnages, leur vie martiale et la promesse de mariage, la mangaka distille par-ci par-là des visions ubuesque d'une jeune fille poursuivie par un panda en pleine ville. Difficile de ne pas sourire et d'être intrigué par la cocasserie de ces petites scènes qui, d'emblée, laissent parfaitement deviner la loufoquerie qui sera celle de la série. Cette excellente phase de mise en place passée, on assiste alors aux premiers éléments de développement d'un univers instantanément attachant. Il faut dire que Rumiko Takahashi excelle pour installer son cadre (qui pour l'instant se partage essentiellement entre la maison des Tendo, le lycée, et les petits flashbacks aux sources), où bon nombre de personnages prometteurs viennent déjà enrichir les choses. A commencer par Tatewaki Kuno, membre du club de kendo du lycée, Ryôga Hibiki, un garçon errant à la recherche de Ranma qu'il déteste pour certaines raisons, ou le Dr Tofu. Autour de ces personnages, la réussite de Takahashi est double.

En premier lieu, elle parvient à installer avec une grande efficacité des relations qui vogue entre sentiments et conflit. En tête de ces relations, il y a celle qui dominera toute la série, et qui lie Ranma et Akané. Se retrouvant promis en mariage alors qu'ils n'ont rien demandé, tous deux ne cessent de s'opposer. Tandis qu'Akane affirme détester les garçons pour certaines raisons (ils lui courent tous après au lycée) et que sa première rencontre avec Ranma garçon a été très mauvaise, Ranma, lui, est agacé par cette promesse de mariage et enchaine les réflexions blessantes, notamment sur le manque de féminité d'Akane. Ces deux-là passent déjà leur temps à se chamailler, mais on devine déjà que même s'ils auront toutes les peines du monde à se l'avouer, leur relation évoluera, car chacun des deux pourra observer les bons côtés de l'autre. Enfin, si tant est que les autres personnages ne leur mettent pas des bâtons dans les roues ! En plus de se dresser comme des rivaux voulant en découdre avec Ranma, Ryôga et Tatewaki pourraient aussi être plus ou moins des obstacles entre les deux personnages principaux... mais chacun à leur manière : le premier parce qu'il cache aussi un important secret loufoque, et le deuxième parce qu'il a tendance à se prendre pour un tombeur. Le cas de Tatewaki est d'autant plus savoureux qu'en plus d'Akane, il jette son dévolu sur Ranma fille, tout en détestant Ranma garçon... et que, tout idiot qu'il est, il ne comprend absolument pas qu'ils sont une seule et même personne ! L'autre relation importante qui s'installe est à chercher du côté du Dr Tofu, thérapeute s'occupant d'Akane depuis qu'elle est toute petite, et qui constitue le premier amour fort et secret de la jeune fille... alors que celle-ci sait très bien que les sentiments du docteur vont vers une autre personne. Ce sera l'occasion pour le lecteur mais aussi pour Ranma d'observer une Akane plus douce, plus féminine. Enfin, il faut signaler l'écart qui apparaît déjà entre les personnages adulte et les jeunes. Les deux pères, Genma et Soun, malgré leur talent en arts martiaux, sont un peu des incompétents dès qu'il s'agit de veiller sur leurs enfants. Soun ne se fait pas de bile quand Ranma va dans la chambre d'Akane en pleine nuit, et Genma se montre plus d'une fois en père indigne vis-à-vis de son fils. Le tout est un excellent prétexte pour l'humour, mais cette sorte de conflit entre les générations est quelque chose qui reviendra ensuite constamment dans la série.

Ensuite, la mangaka sait très bien jouer sur des traits de caractère qui servent à merveille son humour. En premier lieu, il y a bien sûr les problèmes physiques liés au changement d'apparence de Ranma, de Genma et d'autres personnes tombées dans les sources : cette idée sera le point de départ d'un très grand nombre des quiproquos, des relations conflictuelles et des situations farfelues de la série, et là-dessus Takahashi ne loupe jamais la moindre occasion de balancer des gags de tout type. On peut par exemple évoquer l'absurdité des scènes où Genma se comporte comme une humain comme si de rien n'était alors qu'il est sous sa forme de panda, ou le petit running gag autour des histoires "très tragiques" des sources chinoises maudites. Mais au-delà de ça, l'autrice ne manque jamais d'idées sur ce premier tome : le sens de l'orientation exagérément catastrophique de Ryôga, l'idiotie de Kuno ainsi que son côté pervers qu'il cache derrière un côté poseur, les manigances de Nabiki toujours prête à se faire un peu d'argent, le caractère impulsif d'Akane, le fait que le bienveillant et gentil Tofu devienne complètement gaga dès que l'élue de son coeur est devant lui... Takahashi en s'arrête jamais !

Visuellement, Rumiko Takahashi fait partie de ces artistes qui ont toujours conservé un style à la fois simple, facilement reconnaissable, et adapté à tous les publics. Tout simplement intemporel, son trait semble ne pas vieillir (ou très peu), et l'expressivité de son trait, ses designs (même secondaires, comme le chien de la voisine qui a un tête impayable) et sa gestion des gags sont autant d'éléments qui conservent toute leur efficacité, même 30 ans après la naissance de la série.

Grand classique de la comédie, Ranma 1/2 s'offre enfin une édition française à la hauteur, et ce premier volume pose à merveille les bases d'une oeuvre toujours aussi drôle et attachante, qui doit beaucoup au talent de Rumiko Takahashi pour croquer des personnages hauts en couleur, des relations excellentes et une avalanche de gags. Bien sûr, sur la longueur, la série connaîtra des coups de moins bon, mais dans l'immédiat le meilleur reste encore à venir. Et dans tous les cas, voici l'occasion de découvrir (on ne dira pas de redécouvrir, tant, après le massacre que fut la première édition, cette nouvelle version est une nouvelle découverte de l'oeuvre) enfin comme il se doit ce manga indémodable dans notre pays.

Critique 3 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Erkael

17 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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