Mother's spirit Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 10 May 2017

Critique 2


Ryôichirô Tsuzuki fait partie du bureau de la scolarité. A la demande de son chef et du président du conseil administratif de l’université, il doit accueillir un nouvel élève qui d’après leurs dires est exceptionnel. Il s’avère que ce nouvel élève est issu d’une tribu, portant le nom de Lutah et où les membres de ce peuple vivent en communion avec la nature loin de notre monde moderne. Ryôichirô a une lourde mission qui repose sur ses épaules :  faire en sorte que l’intégration de cet élève se passe au mieux. Mais comment réagira-t-il quand il découvrira que ce prodige ne sait ni parler japonais ni anglais ?

Ayant déjà quelques titres à son actif au Japon, l’auteur Enzo débarque en France avec ce premier titre singulier. En effet, l’auteur fait confronter deux mondes que tout oppose : notre civilisation moderne contre une tribu loin de la modernité et vivant en communion avec la nature. Mais, même si le thème abordé est original, l’auteur se limitera à l’utiliser comme base pour développer sa romance. Nous ne sommes donc pas dans une œuvre militantisme contre notre monde moderne.
Ryôichirô est un homme serviable et est vite pris aux pièges par ses obligations. En effet, tout ne se passe pas comme il se l’était imaginé. Il doit finalement jouer la nounou face un homme bien particulier. Car, cet homme, issu d’une tribu et prénommé Qaltaqa, ne sait ni parler japonais ni anglais. Voilà donc, Ryôichirô forcé par les événements à prendre sous son aile cet homme qui découvre un monde nouveau. D’ailleurs, l’auteur s’en amuse et crée des situations cocasses comme la découverte de l’utilisation des wc japonais… Mais ce qui est intéressant c’est de découvrir finalement la personnalité de Qaltaqa. Sous sa plastique très musclée, il se cache finalement un homme sensible et aussi naïf qu’un enfant, parlant avec son cœur. Il trouble par sa gentillesse et délicatesse Ryôichirô. Au fil des jours, ce dernier est touché par la mission que Qaltaqa doit accomplir une mission : s’enrichir du monde moderne pour la survie de sa tribu. Son projet et noble et l’auteur nous fait y adhérer très rapidement. Mais ce qui nous marque également, c’est le côté introverti de Ryôichirô n’osant exprimer ce qu’il ressent ou pense réellement soit totalement l’opposé de Qaltaqa. Ainsi, l’intrigue amoureuse elle est assez simple, mais nous nous prenons au jeu face à cette attendrissante romance.

L’auteur joue sur le physique des personnages pour confronter ces deux univers. Ryôichirô est fin et élégant quant à Qaltaqa, il est très musclé et bronzé. Les traits de l’auteur sont agréables à l’œil et les trames et les décors sont bien mis en valeur. L’édition est quant à elle de bonne facture.

Quand deux univers s’opposent par leur us et coutume, cela peut donner lieu à des situations cocasses, mais également attendrissantes. Ce premier tire d’Enzo réussit à plaire et l’auteur nous a charmé par sa romance délicate.


Critique 1


Dans une fac japonaise, le président du conseil décide d'organiser la venue d'un étudiant étranger. Jusque là, rien de particulier... mais il s'avère que ledit étudiant vient de la tribu Lutah, qui vit selon ses principes traditionnels loin des civilisations modernes sur une petite île tropicale ! Un peu contre son gré, le jeune professeur Ryôichiro est contraint par le président d'héberger le dénommé Qaltaqa et de lui faire découvrir au quotidien la langue, la civilisation nippone... afin de permettre au futur chef de sa tribu de moderniser par certains aspects sa propre civilisation. L'enseignant est bien ennuyé de voir sa vie bousculée ainsi par l'arrivée chez lui d'un homme aux coutumes complètement différentes et ne parlant ni japonais ni anglais. Mais à son contact, il risque bien de faire lui aussi de nombreuses découvertes, et de se laisser attendrir...

Avec Mother's Spirit, un récit en 6 chapitres publié au Japon en 2014, l'occasion nous est donnée de découvrir pour la première fois en France Enzo, une mangaka ayant débuté en 2009 et comptant déjà quelques titres à son actif. Ici, l'artiste séduit d'emblée par son trait maîtrisé, limpide, capable de dégager de l'émotion quand il faut ainsi que de l'humour souvent porté par des bouilles plus simplistes chez Ryôichirô. Le design de ses personnages est particulièrement soigné, surtout le look exotique de Qaltaqa qui, avec sa peau bronzée, sa grande taille, sa musculature développée de guerrier, ses marques, sa coiffure ou son très beau visage, séduira très facilement et vient contraster impeccablement avec le look plus classique des Japonais qu'il rencontre et qu'il laisse souvent sans voix (surtout ces demoiselles).

Mais il n'y a évidemment pas que du point de vue physique que le contraste est apparent : le principal intérêt de l'histoire est qu'elle s'applique à bien faire ressortir le "choc de cultures" entre deux mondes qui ne se connaissent pas. Et de côté-là, Enzo aime plutôt faire dans l'humour : en effet, il est très amusant de voir Qaltaqa, grand et musclé jeune homme, ne pas toujours comprendre ce qui l'entoure, à l'image de la scène du jet des WC, ou lors de sa découverte des smartphones, de la télévision, et de la technologie de manière générale. Il n'est cependant jamais question de moquerie : Enzo développe un regard attendrissant sur ce garçon qui a pris son courage à deux mains pour aller loin de chez lui seul afin de découvrir une culture inconnue en espérant en tirant de bonnes choses pour sa tribu. Et cet attendrissement se ressent parfaitement à travers l'évolution du regard que Ryôchirô pose sur lui. Lui qui, au départ, n'était pourtant pas chaud pour l'accueillir, va petit à petit découvrir la culture bien différente de Qaltaqa, parfois de façon un peu gênante (par exemple, il est naturel pour les personnes de sa tribu de dormir ensemble), mais surtout en cernant beaucoup de jolies valeurs chez ce garçon et son peuple, à l'image de la manière dont on vénère les noms et l'âme d'une personne.

Bien sûr, surtout au début, il y a des difficultés, essentiellement liées aux problèmes de communication entre ces deux hommes ne parlant pas la même langue (mais Qaltaqa apprend petit à petit le japonais), ce qui donne notamment l'impression à Ryôchirô que celui qu'il accueille n'a pas vraiment envie de communiquer avec lui. Mais il découvrira qu'il en est tout autre.
De manière générale, il n'y a pas vraiment d'épreuves importantes se dressant sur la route de ces deux hommes qui apprennent à se connaître, et en cela la lecture séduit beaucoup, car on ressent bien, au fil des pages, le désir des deux personnages principaux d'apprendre à se connaître, à communiquer, à observer leurs différences pour s'en enrichir. La narration, centrée sur le ressenti de Ryôchirô et ne nous plongeant jamais vraiment dans les pensées de Qaltaqa, est maligne. Car du coup, Enzo fait très bien ressortir ce que pense l'enseignant japonais, parfois assez mal à l'aise et ne sachant pas toujours comment réagir face à certains comportements de Qaltaqa, mais affichant toujours un désir de l'observer, de chercher à le comprendre, de cerner sa culture. et c'est donc à travers lui que les lectrices et lecteurs peuvent découvrir peu à peu l'attachant Qaltaqa et sa très belle âme.

Du moins, tout ceci est surtout visible dans la première moitié du livre, car la suite retombe dans un déroulement un peu plus classique : une fois qu'ils ont appris à mieux se connaître, les personnages se confrontent à ce qu'ils ressentent l'un pour l'autre, à partir du moment où débarque au Japon Aknam, un autre membre de la tribu Lutah voulant aider Qaltaqa à trouver une épouse. Les rebondissements autour de cette quête d'épouse sont en réalité très succincts, sans réelles épreuves, le tout devant amener la mangaka jusqu'à un certain "cahier des charges" du genre (il fallait bien un peu de sexe, et il est bien amené). Aknam lui-même reste finalement un personnage quelque peu sous-exploité, que l'on aurait aimé voir développer un peu plus. Mais dans tout cela Enzo parvient à ne jamais perdre de vue, jusqu'à la fin, les qualités de son récit qui met joliment en avant l'importance d'apprendre à s'enrichir de nos différences culturelles, une chose essentielle qui tend à s'oublier par les temps qui courent. La mangaka évite également un piège qui aurait pu faire tomber son oeuvre dans le cliché : si Qaltaqa souhaite amener des choses de la civilisation moderne dans sa tribu, ce n'est aucunement avec le risque de détruire sa culture et les moeurs des siens, mais bien pour que certains progrès des pays développés mettent mieux en valeur leur vie proche de la nature.

Bien qu'un peu plus classique et attendu dans sa deuxième moitié, Mother's Spirit est une très belle lecture tirant bien parti de ses deux personnages principaux, qui véhiculent des choses essentielles sur l'importance de la communication et de la compréhension entre des cultures différentes.
Taifu Comics livre une édition qui est globalement de bonne facture, avec sa première page en couleur, son impression honnête, et sa traduction de Margot Maillac qui s'est bien appliquée à faire ressortir les problèmes de communication, de langage de Qaltaqa. On aurait sans doute simplement aimé avoir une police différente dans les moments où Qaltaqa et Aknam parlent entre eux dans leur langue, et avoir un papier un poil meilleur. Car ce dernier, bien que souple et agréable au toucher, est légèrement transparent.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Einah

15.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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