Mon petit ami genderless Vol.1

Rédaction

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 02 Décembre 2022

Mangaka déjà connue en France pour ses très jolis yaoi Rêve de coucou et You're my Sex Star qui sont sortis aux éditions Hana et qui l'ont érigée au Japon parmi les autrices populaires du genre, Tamekou vient de faire son entrée dans le catalogue des éditions Akata avec Mon Petit ami Genderless, une série en cours au Japon depuis 2018 dans l'excellent magazine Feel Young de Shôdensha avec actuellement 4 volumes au compteur. De son nom original Genderless Danshi ni Aisareteimasu. (que l'on pourrait traduire littéralement par "Aimée par un garçon sans genre."), cette oeuvre connaît une certaine notoriété dans son pays d'origine puisqu'elle a été adaptée en série TV en 2021 sous le titre Colorful Love. Et en France, Akata souhaite visiblement lui offrir un beau destin, notamment en ayant l'excellente idée de faire venir l'autrice, depuis le Japon, en France en ce tout début de mois de décembre à l'occasion de la convention Y/CON de Villejuif.

Cette série narre le quotidien d'un couple de jeunes adultes sortant doucement de la norme. Elle, Wako Machida, travaille dans une maison d'édition en rubrique mangas, un boulot où elle se donne tellement à fond qu'elle enchaîne souvent les heures supp' et rentre tard. Mais à la maison, il y a celui qui fait son plus grand bonheur: Meguru Soma, avec qui elle est en couple depuis déjà un long moment, tous deux vivant une vraie idylle amoureuse où ils se sentent tout simplement très bien ensemble. Et cela, même si Meguru est une star genderless des réseaux sociaux.

Commençons par aborder un petit détail qui fut intelligemment précisé par l'éditeur dès l'annonce de l'acquisition de la série et qui concerne la définition de "genderless" au japon, puisqu'elle celle-ci est un peu différente de chez nous: là-bas, ce mouvement vient avant tout du monde de la mode et s’intéresse plutôt aux codes vestimentaires qu'à l’identité de genre. Les hommes genderless refusent de rentrer dans le conformisme dicté par la société et s’habillent comme ils le souhaitent, avec un look plus unisexe ou un brin efféminé qui contribue à faire évoluer les mentalités et le regard porté sur le concept de virilité, chose qui s'avérera d'autant plus prégnante à certains moments de ce premier tome de par le statut de star des réseaux sociaux de Meguru.

A différentes reprises, le travail de Meguru apportera alors quelques réflexions légères mais existantes autour de ce statut du personnage principal, entre l'idée que le plus souvent les "idoles"comme lui n'ont "pas le droit" d'avoir de petite copine pour ne pas s'attirer l'ire des fans, l'aspect marketing qui risque parfois de prendre le dessus sur l'humain au point de vendre du faux... Mais à ces aspects négatifs qui sont clairement le quotidien de toute une tranche d'influenceurs/influenceuses, Meguru répond justement par la sincérité et le refus de mentir dès lors que sa Wako adorée est concernée, de bons exemples étant quand il reçoit une déclaration d'amour d'une lycéenne de province ou quand des rumeurs le mettent en couple avec son meilleur ami. Meguru contre le marketing, les rumeurs, les côtés "faux" que pourrait impliquer son travail, en restant sincère et humain. Il ne ment pas sur qui il est, et sans doute est-ce aussi ça qui, de façon très positive, donne du courage à d'autres personnes d'être elles-mêmes sans se cacher, puisque ce genre de boulot peut aussi avoir ce type d'impact libérateur bénéfique.

Il faut toutefois se dire que la série n'a visiblement pas d'ambition spécialement militante, ou en tout cas que rien n'est martelé. Simplement, Tamekou nous expose le quotidien d'un couple qui sort certes un peu de la norme mais où elle met avant tout en valeur une relation belle, sincère et forte, où l'on ressent en permanence à quel point Meguru et Wako sont juste heureux ensemble et s'aiment avec une tendresse infinie, sans sa soucier du reste. Le maquillage, les habits, la coiffure, la manucure sont des choses que Meguru fait avant tout pour pour se sentir beau et être en adéquation avec lui-même, mais aussi pour la personne qu'il aime plus que tout. Alors certes, parfois il y a des regards pas méchants mais matrixés par la société sur lui, comme quand on le prend pour une femme au restaurant ou quand une jeune collègue de Wako pense que cette dernière est en couple avec une femme, mais ils n'en font pas forcément grand cas tant que ça ne nuit pas à leur bonheur commun, et c'est bien ce bonheur qui est le plus important. Meguru et Wako sont avant tout deux personnes qui s'aiment sincèrement telles qu'elles sont, et qui nous le montrent en permanence, tant il y a entre eux deux de la complicité, nombre de petites attentions, un désir d'être aux petits soins avec l'autre. Le jeune homme genderless veut naturellement tout faire pour toujours plaire à sa chérie. Et même quand Wako se sent coupable en ne faisant elle-même pas spécialement attention à son élégance, en constatant qu'elle est nulle en cuisine et en tâches ménagères et qu'elle travaille tard, Meguru lui rappelle que c'est bien comme elle est qu'il l'aime. On pourrait éventuellement se dire que la relation semble déséquilibrée entre une Wako qui travaille à fond et un Meguru qui fait tout à la maison, mais ils ont trouvé ainsi leur équilibre, et ça prend encore plus de sens quand on finit par découvrir comment ces deux-là se sont rencontrés dès le lycée, et ce que Wako a apporté d'emblée à Meguru en lui permettant de mieux vivre sa "différence".

Servie par le dessin pop, expressif et clair de Tamekou que l'on avait déjà apprécié sur You're my Sex Star et surtout sur Rêve de coucou, Mon Petit ami Genderless, sur ce premier volume, se présente comme une très jolie et lumineuse tranche de vie sur un couple attachant qui sort un brin de la norme, qui certes déstabilise parfois un peu son entourage mais qui est avant tout profondément heureux. Une lecture moderne qui fait du bien, en somme !

Cette chronique étant basée sur une épreuve numérique non-corrigée fournie par l'éditeur, pas d'avis sur l'édition.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai
16 20
Note de la rédaction