Mauvaise Herbe Vol.3 - Actualité manga

Mauvaise Herbe Vol.3

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 21 January 2021

L'espoir semblait d'abord là pour Shiori au lycée, l'adolescente ayant décidé d'essayer de se faire des amis et de reprendre les cours, tandis que Yamada s'occupe bien d'elle. Mais la société peut être cruelle... et après avoir subi tout un tas de rumeurs au point d'être écartée par ses nouvelles "copines", la jeune fille a à nouveau perdu pied, voyant ses vieux démons la rattraper. Les conséquence sont été terribles, non seulement pour elle mais aussi pour Yamada: Shiori a effectivement déchiré la photo de la défunte fille de l'inspecteur devant lui, et a provoqué en lui un excès de colère. Yamada a failli commettre le pire en levant sa main sur l'adolescente avant de s'arrêter, mais le mal était déjà fait: ce geste a réveillé de plus belle en elle ses traumatismes liés à sa mère, si bien qu'elle s'est enfuie dans la nuit en laissant l'inspecteur assombri, désemparé.

Le deuxième volume de Mauvaise Herbe s'achevait sur cette scène-choc, qui n'augurait rien de très positif, autant pour l'adolescente traumatisée et inadaptée que pour l'inspecteur toujours marqué par le souvenir culpabilisant de sa fille... mais cet assombrissement ne pourrait-il pas laisse place, à nouveau, à la lumière ? Recueillie le temps d'une nuit par une illustratrice du nom de Riko Nakagawa alors qu'elle s'apprêtait à partir chez une homme douteux, Shiori redécouvre une chose qu'elle adorait petit et qu'elle avait été forcée d'oublier: le dessin. Et il suffit alors de quelques compliments, puis de quelques échanges concernant son "père", pour qu'à nouveau quelque chose change en elle...

Le début du volume est, ainsi, assez beau dans ce qu'il véhicule, en particulier concernant le rapport entre nos deux personnages principaux. Elle se sent évidemment coupable de ce qu'elle a fait à l'objet auquel Yamada tenait plus que tout, et aimerait se faire pardonner auprès de celui qu'elle fait passer pour son papa, voire qu'elle considère peut-être bien comme un père désormais. Quant à lui, il s'en veut pour son geste brutal, s'inquiète beaucoup pour sa protégée, repense à certains moments passés avec elle... Alors quand les retrouvailles ont lieu et que le pardon est là, on y devine aussi une affection sincère entre les deux êtres, de celles qui sont censées unir bel et bien un père et sa fille. Cette affection que Yamada n'a jamais pu donner autant qu'il le voulait à sa défunte enfant, et que Shiori n'a jamais reçue de la part de ses parents.

La peinture de ces deux écorchés vifs reste superbe sous la narration sans détours, le découpage limpide et le trait sensible et crédible de Keigo Shinzô, et la suite du volume agit alors pendant un bon moment sur le même modèle que le tome 2, avec une adolescente qui reprend ses efforts pour s'intégrer au lycée, d'autant qu'elle a maintenant avec elle son talent pour le dessin. C'est avec intérêt, attachement et sous un style visuel clair et parfois presque lumineux qu'on l'observe dans son arrivée au club de dessin, dans son rapprochement avec le maladroit mais intéressant Sorao Okabe ainsi qu'avec les autres filles du club, dans sa découverte d'un club où elle peut être elle-même avec les autres sans avoir à se soucier des moqueries et brimades qu'ils subissent, dans les prémisses de sentiments normalement naturels à son âge, dans son changement capillaire, dans un objectif qu'elle se fixe avec un concours de dessins... Avec, toujours, cet endroit où rentrer, là où l'attend son "papa".

Le mangaka excelle dans cette peinture simple et directe, qui touche juste là où il faut sans avoir besoin d'en faire des tonnes... mais la vie ne fait pas de cadeaux, et la dernière partie du tome, une nouvelle fois, se charge bien de nous le rappeler, avec une violence de ton qui jure parfaitement avec ce qui précède. Tandis que les démons du passé du Shiori la rattrapent à nouveau, l'heure est venue de découvrir un peu plus en détails sa mère indigne Saeko, et le résultat est dur, accablant, voire même déchirant dans ses dernières pages quand le sourire de la fillette laisse place aux larmes et à l'incompréhension. Et s'il n'est aucunement question de pardonner facilement à Saeko tout ce qu'elle a fait à sa fille pendant des années, le flashback reste néanmoins aussi intéressant pour ce qu'il nous présente de cette femme, de ses conditions de vie, de ses rêves brisés, de la manière dont elle fut trahie par celui qu'elle aimait... Non, la société ne fait pas de cadeaux. Et c'est aussi ce que Yamada expérimente dans son travail en parallèle, au travers d'une affaire de proxénétisme sur mineures à la conclusion aussi injuste que vomitive.

Difficile de prévoir comment Mauvaise Herbe s'achèvera dans son prochain volume, mais une chose est sûre: Keigô Shinzô frappe encore un grand coup avec sa nouvelle série, en décortiquant dans un style très réussi des personnages principaux très humains, encore et toujours confrontés aux affres d'une société pouvant faire perdre pied à bien du monde.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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