Magus of the Library Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 13 March 2019

Chronique 2
  
La collection Kizuna des éditions Ki-oon a pour vocation de proposer des mangas aptes à parler à tous, grands comme petits, hommes comme femmes... en somme, à offrir des séries pouvant traverser les différences et de plaire à tous. Et dans cette optique, cette collection ne pouvait qu'accueillir, un jour, une série mettant en valeur une chose ayant depuis toujours cette faculté à réunir les gens à travers tous types d'histoires: le livre ! De son nom original Toshokan no Daimajutsushi, Magus of the Library est cette série. En cours de parution au Japon depuis 2017 dans le magazine Good! Afternoon des éditions Kôdansha, elle est signée Mitsu Izumi, un mangaka dont le nom vous dit peut-être quelque chose puisque en France on le connaît déjà pour deux autres oeuvres: la tranche de vie dramatique AnoHana (basée sur l'anime éponyme), et le récit d'aventure/action fantastique 7th Garden. Le mangaka a d'ailleurs mis en hiatus cette dernière série dans son pays, afin de se consacrer à Magus of the Library, projet qui mûrissait dans son esprit depuis longtemps.

Magus of the Library nous plonge dans un monde lointain, imaginaire, aux connotations fantastiques, auprès de Shio Fumis, un petit garçon qui, dans son village d'Amun, est rejeté par quasiment tout le monde non seulement à cause de sa pauvreté, mais également voire surtout à cause de son physique différent des autres: peau diaphane, yeux verts, oreilles pointues, cheveux aux reflets dorés...Cela lui vaut les moqueries et brimades des autres enfants, le rejet par les adultes y compris par le directeur de la bibliothèque qui refuse catégoriquement de le laisser s'abreuver des livres qu'il aime tant... Ses seuls réconforts ? Sa "grande soeur" Tifa, 15 ans, qui travaille encore et toujours du mieux qu'elle peut pour subvenir aux besoins du petit garçon, ainsi que Sakiya, la fille du directeur de la bibliothèque, qui le laisse rentrer secrètement dans le bâtiment de ses rêves pour qu'il puisse lire les histoires qui le nourrissent tant.
Malgré sa condition cruelle, Shio peut donc compter sur sa passion dévorante pour la lecture, qu'il assouvit comme il peut... et cela pourrait le mener jusqu'à des aventures insoupçonnées puisque, dans ce monde, les livres sont considérés comme le bien le plus précieux ! A tel point que dans la capitale Afshak, surnommée la "capitale" des livres", la bibliothèque centrale est le bâtiment le plus important, et ses employées sont chargées de veiller sur les précieux ouvrages disséminés à travers le monde. Car "protéger les livres, c'est protéger le monde".
Shio rêve, un jour, de partir à la découverte de ce lieu rassemblant tant de merveilles... mais est-ce seulement possible pour un gamin n'ayant aucune ressource ? Il semblerait bien que non. Mais parfois, le destin fait bien les choses. Et quand un petit groupe d'employées de la bibliothèque centrale débarque à Amun pour récupérer un ancien grimoire, la vie de Shio risque bien de s'en retrouver bouleversée...

Dès les premières pages, un constat s'impose: visuellement c'est beau, très beau. En plus de designs de personnages très soignés et où l'on adorera avant tout les regards emplis de curiosité et de bonheur de Shio face aux livres et aux découvertes, Mitsu Izumi accorde un grand soin à de multiples autres choses: des animaux aux consonances fantastiques (comme le féliona Kukuo, sorte de chien cornu, ou Biroh, une espèce de cheval à cornes enroulées comme celles d'un mouflon), d'autres êtres dans la même veine (à l'instar de la cocopa Pipili Pilberry qui ressemble à une fée), des costumes, bâtiments et autres décors omniprésents et riches de nombreux motifs qui sont encore joliment mis en valeur par les trames... On notera également que les influences de ce premier volume, surtout via le village d'Amun, sont arabiques, avec des accents rappelant les Mille et une Nuits ou certaines illustrations dont les silhouettes telles des ombres rappellent de vieux contes d'Arabie. Mais visiblement, l'auteur sera loin de se limiter uniquement aux influences arabiques par la suite, ce qui devrait apporter encore plus de sel à cette lecture qui promet d'être très universelle.

Tout cet univers, on le découvre aux côtés du jeune héros, gamin passionné et attachant in justement rejeté, à travers qui on entrevoit très bien toute l'importance qu'ont les livres dans ce monde. Ou, plus précisément, les histoires en tous genres, qui peuvent être précieusement conservées dans la bibliothèque centrale mais aussi dans toutes les librairies. Ces livres peuvent être autant de précieux témoignages que des leçons de vie, des sources de savoir et de connaissance ou de simples histoires immersives, et Mitsu Izumi s'applique à nous en donner quelques petits exemples tout au long de ce premier tome, tout en mettant bien en valeur tout ce que peut apporter la lecture: susciter la passion et l'envie de lire la suite, enrichir l'imagination, offrir des conseils essentiels (comme se soigner), mettre en valeur l'universalité des ouvrages qui peuvent réunir les peuples... L'auteur se permet même quelques petites explications plus larges, par exemple sur le plan historique en évoquant les volumina (les "ancêtres" des livres), ou tout simplement en présentant différents rôles important au sein de la bibliothèque centrale.

Cette bibliothèque, source des rêves et désirs du jeune Shio, semble receler bien des merveilles... ainsi qu'une organisation stricte, ne serait-ce que pour y travailler puisqu'il faut pour cela réussir un concours très rigoureux ! En son sein, les employées (nommées kahunas, les spécialistes du savoir) se divisent en 12 spécialités différentes selon la division à laquelle elles appartiennent: restauration, protection, affaires extérieures (donc diffusion des livres à travers le monde)... Pour l'instant on n'en prend connaissance que de 3 sur 12, mais à travers elles Mitsu Izumi glisse déjà des choses intéressantes et essentielles, comme veiller à ce que tous puissent lire, quelles sont les étapes de réparation d'un livre...

Bien que parfois très, très bavarde, la lecture de ce tome 1 n'est pas rébarbative et s'écoule toute seule, l'auteur sachant bien installer son univers global et parvenant à emballer un peu le tout à travers les premières péripéties du jeune héros dont les aventures ne font que commencer.

En somme, à l'instar de l'excellent Le Maître des Livres paru en France aux éditions Komikku, mais en employant une vaine plus portée sur l'aventure et le merveilleux que son confrère, Magus of the Library se présente comme un cri d'amour envers les livres et les histoires de manière générale. Le tome 1 ne semble être qu'une longue et riche introduction, mais déjà le récit sait se faire immersif et emballant, présageant du meilleur pour la suite.

Ki-oon nous offre, comme très souvent, une édition d'excellente qualité, avec un papier épais, souple et sans transparence, une excellente qualité d'impression, une traduction très soignée de Géraldine Oudin... Et avec sa superbe illustration couleur et son effet "granuleux", la jaquette attire facilement l'oeil.
  
  
Chronique 1
  
Mitsu Izumi est une autrice capable de passer du coq à l'âne dans ses récits. Jusqu'à présent, dans la francophonie, on lui connaissait la version manga du touchant AnoHana aux éditions Panini (sur lequel elle n'officie qu'en tant que dessinatrice), ainsi que sur le pêchu et un poil aguicheur 7th Garden chez Delcourt.Tonkam. C'est maintenant aux éditions Ki-oon que revient l'artiste, avec son dernier titre en date, Toshokan no Daimajutsushi, que l'éditeur a renommé Magus of the Library. Lancé en 2017 aux éditions Kôdansha, le manga ne compte que deux tomes au Japon, à l'heure où ces lignes sont écrites. Et si on disait que Mitsu Izumi a la capacité de jongler entre les registres, ce n'est pas pour rien puisque, cette fois, la mangaka se lance dans une série de fantasy presque contemplative, avec comme sujet principal la littérature, les livres et la Culture...

Dans son petit village, le jeune Shio est rejeté par tous, la faute à sa peau très pâle et à ses longues oreilles. Issu d'un milieu pauvre et uniquement élevé par sa grande sœur, il trouve du réconfort dans la littérature, de manière assez secrète puisqu'il s'infiltre dans la bibliothèque locale régulièrement, les portes du lieu n'étant pas ouvertes à la plèbes, et encore moins à un gamin haït par toute la bourgade... Pour Shio qui rêve d'évasion et de grande aventure aux côtés de ses héros de roman préférés, son quotidien est à l'exact opposé de ses ambitions.
Mais ce quotidien pourrait bien changer. Les Kahunas, bibliothécaire œuvrant à la bibliothèque centrale d'Afshak, arrivent un jour dans le village pour s'occuper d'une affaire. Rapidement, Shio fait la rencontre de l'une d'entre-elles, Sedona, rencontre qui pourrait changer le cours de son destin... Sedona serait-elle l'héroïne que le jeune aime rêve d'accompagner dans ses aventures ?

Dès la couverture de ce premier tome, Magus of the Library dégage une aura enchanteresse et semble s'imposer comme une invitation à l'aventure, à l'évasion, et à l'imaginaire. On ne s'y trompe pas puisque dans son déroulement, l'entièreté de ce premier opus est une ode au livre et à la littérature dans son ensemble. Mais une ode un peu différente de ce qu'on peut trouver dans des œuvres réalistes, dans le sens où la série de Mitsu Izumi est un véritable récit de fantasy qui présente son propre univers et ses propre codes, tout en transposant la culture littéraire dans ce monde inventé de toutes pièces par la mangaka.
Ainsi, l'amour de la lecture est symbolisé par la lecture elle-même, celle qui invite à découvrir tout un univers qui tranche de notre réalité, et qui a pour but de faire voyager et rêver. On sent ainsi un puissant amour de l'autrice pour ces lectures de l'imaginaire, puisqu'elle propose elle-aussi une évasion au sens propre du terme, avec son récit, et le tout en s'appuyant sur l'amour du livre. Alors, le monde de Magus of the Library a ses propres règles, tandis que la culture littéraire proposée dans le récit se rapproche terriblement de la notre ! Si Shio ne connait pas Jules Verne dans son monde, les récits qui le font rêver s'en rapproche énormément, tandis qu'une véritable institution du livre, très proche de la notre mais plus fantasmée, règne dans cet univers proposé. Et c'est justement toute cette richesse que nous présente ce premier tome, sorte d'introduction au récit puisqu'il ne développe que l'élément déclencheur de l'histoire. Ici, le livre est une œuvre d'art, un vecteur d’histoires, de pensées et de cultures, que le monde doit protéger. Les amoureux de la littérature pourront même noter les petites similitudes entre notre industrie du livre et celle dépeinte dans le manga, tant on ressent la volonté de Mitsu Izumi de proposer une vision fantaisiste et davantage merveilleuse de la culture littéraire. Si dans notre réalité le livre est un objet toujours très apprécié et qui suscite de grandes et belles passions (y compris dans le manga, nombreux étant les lectrices et les lecteurs aimant tenir une belle et noble édition entre les mains), cette vision est poussée plus loin par la mangaka, au point de devenir la mécanique clé d'un univers, et justement nous faire voyager dans ce monde imaginaire qu'on rêverait d'atteindre.

Et au-delà de tout cet amour de la lecture et la manière de décrire la littérature dans ce monde, Magus of the Library livre ni plus ni moins une amorce d'histoire de fantasy tout à fait fascinante. Si ce premier tome se montre très bavard, il présente de manière propre cet univers saisissant, original et cohérent, tout en gardant bon nombre d'idées sous le coude. Car si le propos tourne essentiellement autour de la mission des Kahunas, bibliothécaires et super-héroïnes pour tout amoureux de la lecture, l'autrice ne manque pas d'ouvrir le champ des possibles pour sa série, nous parlant alors de mystérieuses origines pour Shio, mais aussi de terribles événements passés... Clairement, le scénario présente de belles possibilités, ce premier opus n'étant qu'une introduction, comme en témoigne sa conclusion qui semble annoncer que le véritable voyage ne fait que commencer.

Le plaisir de ce premier volume est aussi visuel, tant Mitsu Izumi semble être au sommet de son arc. La mangaka a un style dense et très expressif. Si dans 7th Garden elle prime l'action et les jolies demoiselles dans une pure optique de fan-service, son parti-pris est très différent dans Magus of the Library, plus solennel, la densité de son coup de crayon étant toujours au service du détail afin d'offrir un univers esthétiquement cohérent et merveilleux à chaque page. Alors, fini les jeunes filles sexy de l'autre série de l'autrice : les Kahunas marquent visuellement, mais bien par leur charisme et leur prestance.

Côté édition, Ki-oon nous offre un excellent travail, preuve que le titre fait sûrement partie des petits chouchous de 2019 de l'éditeur. Un beau papier, quelques pages couleur et une couverture avec un grammage offrant un superbe relief... Afin de coller à la noblesse de l'objet livre tant décrite dans ce premier tome, Ki-oon offre une fabrication soignée. Saluons aussi la traduction de Géraldine Oudin, travail qui n'a pas dû être une mince affaire étant donné la quantité de dialogues dans le titre.

Alors, ce premier tome de Magus of the Library constitue un début de voyage réussi en tous point. En tant que série d'aventure, cette introduction fait mouche et donne l'envie de suivre Shio dans son périple, tandis que l'ode à la littérature incarnée par la série incite sans difficultés à voyager dans cet univers fantastique. Plus que les amoureux des livres, ce sont les amoureux d'aventure set de voyage qui seront charmés par ce premier opus.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Note de la rédaction






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