Lonely World Vol.1 - Actualité manga

Lonely World Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 08 June 2021

Chronique 2 :

Ki-oon apprécie de nous faire découvrir des univers inconnus, souvent fantastiques, par le biais de titres à l'ambiance envoûtante...et ici on croit reconnaître un genre qui a le vent en poupe...mais peut être de manière opportuniste...
Ainsi Lonely World, titre datant de 2019 avec aux commandes une auteure portant le pseudonyme de Iwatobineko, nous conte l'étrange aventure d'une petite fille se réveillant dans un monde peuplé de robots, sans aucun autre humain...une histoire étrange et déstabilisante qui pourrait bien nous surprendre...ou pas!

Shii, une petite fille amnésique (mais se rappelant toutefois de son nom) se réveille dans un monde peuplé de "Golems", des robots de service, fabriqués par les humains pour accomplir diverses taches, allant du nettoyage à la protection en passant par la vente ou le ravitaillement. Elle est poursuivie par des Golems qu'elle appelle les "cônes", des robots armés qui semblent vouloir s'en prendre à elle, mais elle va être aidée par un étrange Golem dépourvu de parole qui va la ramener chez son propriétaire, mort depuis longtemps. Elle va baptiser son protecteur Bulb et va tenter de découvrir qui elle est et d'où elle vient avec l'aide de Bulb mais également celle de Mui Mui, un petit robot de service disposant de nombreuses connaissances. Dans un monde où les humains semblent absents, ils vont entamer un périple qui sera riche en surprises mais aussi en dangers!

Comment ne pas faire le rapprochement avec les nombreuses séries sorties ces dernières années, mettant en scène une jeune fille perdue et isolée protégée par une créature puissante et d'apparence menaçante mais possédant un grand cœur: le premier venant en tête est bien entendu l'excellent "The Ancient Magus Bride", mais pour ne citer que les titres de Ki-oon on pense également à "Lyla et la bête qui voulait mourir" ou "Heart Gear"; et si ce dernier est cependant plus tourné vers l'action, les deux titres ont en commun les robots et le coté post apocalyptique (bien que dans Lonely World le doute subsiste encore sur ce dernier point).
D'ailleurs ce dernier aspect, le monde contrôlé par des robots dont les humains auraient perdu le contrôle n'a pas grand chose d'original non plus...

Il faut donc trouver un point qui permette au titre de se différencier de ceux auxquels il sera irrémédiablement comparé, donc trouver le concept original: les Golems sont ils originaux? Pas du tout! Ce ne sont ni plus ni moins que des robots qui semblent respecter les trois lois de la robotique dictées par Asimov. Derrière le nom de Golem il y a l'idée qu'ils sont conçus par et pour les humains mais mis à part cela l'idée n'a rien d'originale, l'auteure leur a juste trouvé un nom pour donner l'impression qu'il y avait un concept derrière!

Qu'en est il des personnages? On a pour commencer Shii qui est amnésique quand ça l'arrange! Elle ignore qui elle est et comment elle est arrivée là, mais se rappelle de son nom. Mais là je chipote un peu. Comme toutes les petites filles de son âge, elle est curieuse et pleurnicheuse, un peu trop même, et l'auteur va s'en servir pour nous faire comprendre ce que le lecteur est censé ressentir à divers moments: on vient de découvrir un robot qui ne sera resté que sur quelques pages mais grâce aux larmes de Shii, on doit comprendre qu'il s'agit d'un passage triste! Est ce que le lecteur est triste pour autant? Non, ça ne fonctionne pas.
On a Bulb, un golem qui apparaît au fil des pages comme surpuissant, qui fera tout pour protéger son maître... Ce dernier ne parlant pas, il est difficile de le rendre expressif et de faire ressentir quoi que ce soit pour lui aux lecteurs. De plus, et c'est totalement personnel, je n'aime pas du tout son design, je ne comprends pas comment est foutu sa "tête", même si apparemment l’auteur nous tease une "fonction cachée".
Enfin on a Mui Mui qui a ici un double rôle: celui de permettre à Shii, mais aussi et surtout aux lecteurs, de découvrir le monde étrange qu'on va parcourir, il est celui qui va donner des explications, répondre aux questions qu'on peut se poser (bien que là encore cela soit quant ça arrange l'auteure), mais il va aussi servir de mascotte, petit personnage mignon que visiblement tant de lecteurs apprécient (enfin je suppose sinon je ne vois pas pourquoi les auteurs nous en foutraient à tout bout de champ).

On peut se poser de nombreuses questions sur ce monde et ses personnages, l'auteur va t'il essayer d'explorer le concept d'humanisation des robots? Cela semble être le cas. Mais dans ce cas pourquoi nous proposer un personnage aussi déshumanisé que Bulb? Peut être pour montrer son évolution! S'il existe des robots possédant une apparence humaine comme on va en rencontrer dans ce premier opus, après 400 années sans humain, ne peut on pas penser que Shii est elle aussi un robot, une forme évoluée, douée de sentiments et de conscience?
Bien entendu on trouvera les réponses au fil des volumes, en continuant la lecture du titre, mais pour l'heure, il n'y a rien de bien transcendant qui nous pousse à poursuivre, peut être un peu de curiosité et encore.

Le principal soucis c'est qu'avec un tel point de départ, ce premier opus nous apparaît vide et froid, déshumanisé comme le monde qu'il nous présente. Peut être est ce voulu, mais cette absence d'émotion ne facilite pas la lecture et encore moins la découverte. Et ce ne sont pas les indications de l'auteure nous expliquant à quel moment il faut ressentir telle ou telle émotion par le biais de Shii qui y change quoi que ce soit.

Graphiquement aussi c'est assez pauvre, les arrières plans sont bien souvent vides, le trait est assez grossier et surtout très commun. L'auteure aurait pu se rattraper avec le design de robots (golems, pardon), mais même là cela ne fonctionne pas. Ils sont soit trop classiques, soit ratés tout simplement.

L'édition de Ki-oon est par contre elle sans faille, comme nous a habitué l'éditeur!

Un premier opus qui m'a laissé de marbre, qui non seulement ne m'a pas emballé mais m'a même ennuyé! Je ne nie pas cependant une idée de départ possédant un fort potentiel et une certaine curiosité à l'issue de ce premier tome... Peut être faut il laisser sa chance à ce titre qui ne demande qu'à se développer et prendre de l'ampleur...l'avenir nous le dira!


Chronique 1 :

En particulier depuis le grand succès de The Ancient Magus Bride en 2015, on a vu, ces dernières années, fleurir les mangas se reposant sur le concept de la petite/jeune fille humaine esseulée, venant former un binôme fantastique avec un non-humain plus âgé. Somali et l'esprit de la forêt, L'Enfant et le Maudit, plus récemment Le Conte des Parias ou encore L'Enfant du Dragon fantôme... Avec la série Lyla et la bête qui voulait mourir ou même Heart Gear, les éditions Ki-oon se sont, elles aussi, déjà frottées à ce concept en vogue, et elles récidivent en ce début de mois de juin avec le lancement de la série Lonely World.

De son nom original Ningen no inai Kuni (qui peut être traduit littéralement par "Un pays sans humains"), cette série a été lancée au Japon en 2019 au sein du magazine Manga Action de Futabasha, et on la doit à Iwatobineko, une mangaka que l'on découvre en France pour l'occasion mais qui est active dans son pays depuis le milieu des années 2010, en ayant déjà à son actif plusieurs récits courts ou moins courts, non sans avoir déjà touché à quelques reprise au thème des non-humains.

Lonely World démarre alors qu'une petite fille apeurée erre seule dans les rues, en tâchant de se cacher car elle est traquée par d'étranges êtres qu'elle appelle "cônes" à cause de leur tête. Ces êtres n'ont rien d'humain. Pas plus que tous les autres habitants qu'elle croise: il n'y a là que des golems, des robots autonomes que les humains ont créés il y a longtemps pour les servir et leur obéir afin de mieux faire tourner la société. Seulement, notre jeune héroïne ne croise aucun de ses congénères humains. Et, pire encore, à part son prénom Shii elle n'a aucun souvenir. Qui est-elle ? Que fait-elle là ? Pourquoi est-elle poursuivie par ces "cônes" ? Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle s'est réveillée dans une boîte en verre... et qu'elle est seule, sans personne sur qui compter. Mais ça, c'est avant qu'un golem, en la voyant traquée par les cônes, ne choisisse de la cacher. Shii aurait-elle trouvé en cet être nomme Bulb un protecteur ? Pour ça, il faudra encore le convaincre de rester avec elle, car les golems restent programmés pour obéir loyalement à leur maître, même quand celui-ci s'est éteint depuis bien longtemps...

A la lecture du pitch et des bases de cette série, il semble assez difficile, quand on les a lues, de ne pas penser à deux autres séries déjà citées dans le premier paragraphe de cette chronique. D'un côté, la présence de golems, et la nature de l'héroïne en tant que dernière représentante de l'humanité, évoquent immanquablement Somali et l'esprit de la forêt. Et de l'autre côté, il est également difficile de ne pas penser à une oeuvre comme Heart Gear ou plus généralement à pas mal de titres de science-fiction qui, eux aussi, ancrent leur récit dans une sorte de post-apo où l'humanité éteinte (ou presque) a laissé derrière elles des robots qui, vainement, continuent de vaquer à leurs occupations. Sur ce dernier créneau, rien que dans les sorties de cette semaine, on peut aussi penser au lancement du prometteur Terrarium chez Glénat.

A partir de là, sur des créneaux qui sont donc très représentés ces derniers temps, Iwatobineko se doit, pour se démarquer, d'installer rapidement un univers accrocheur et des spécificités qui lui sont propres... La mission est-elle réussie ? La réponse s'avère nuancée.

En premier lieu, sur le plan visuel l'artiste a sans doute des progrès à faire: pas mal de pages semblent régulièrement un peu vides dans les fonds, et les irrégularités sont assez nombreuses, en particulier sur notre jeune héroïne humaine dont les expressions faciales sont parfois trop relâchées, et lors des quelques brefs moments plus orientés action qui restent basiques et peu limpides. Et pourtant, il y a assurément un potentiel visuel qui ne demande qu'à s'affirmer, ne serait-ce que pour les designs des golems qui sont bien diversifiés, et pour ceux des cônes qui jouissent de quelques particularités efficaces, à commencer par les tiges métalliques leur servant de jambes et dont le bruit pourrait facilement accentuer un parfum de menace. Mais on pense aussi à quelque chose qui se ressent dès la jaquette: quand la dessinatrice se donne la peine de proposer des décors assez travaillés, c'est franchement réussi, avec pas mal de détails posant efficacement un certain cadre. A l'intérieur du tome, c'est quelque chose que l'on ressent surtout dans les premières pages, puis de façon éparses et brève à d'autres moments. Alors, il est un peu dommage que ce travail des fonds ne soit pas plus présent, plus régulier, tant l'autrice semble en avoir sous le coude.

Et côté histoire, pour l'heure on se contente surtout de voir se poser les premières bases, avec plus ou moins d'insistance et de réussite. Même si elles sont peu prégnantes, des petites précisions comme celles sur les deux grands types de golems contribuent à rendre l'univers un peu plus immersif. Mais dans l'immédiat, l'autrice se contente surtout de jouer sur des axes.
Tout d'abord, le rôle que le golem Bulb sera amené à avoir auprès de Shii en tant que protecteur, sur demande de la fillette elle-même. Finissant par comprendre que son précédent maître est mort depuis déjà bien longtemps, il accepte de se mettre sous les ordres de cette autre humaine, puisque c'est sa fonction... mais s'arrêtera-t-il à ce simple rôle de robot protecteur certes autonome mais sans réelle conscience ? L'humanisation des robots est un sujet récurrent dans ce genre d'oeuvre SF, alors peut-être qu'Iwatobineko la suivra aussi.
Ensuite, les questions qui viennent tout naturellement à notre esprit concernant Shii. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Si l'humanité est éteinte depuis si longtemps, comment peut-elle exister ? Au gré de quelques premiers dangers, premiers rebondissements et premières rencontres, quelques pistes semblent commencer à se dessiner, en enrichissant par la même occasion un petit peu plus le background de cet univers, mais pour l'instant ça reste minime.

Alors, au bout de ce premier volume, l'essentiel est assez bien accompli. Il manque encore à Lonely World une régularité visuelle et une ambiance qui lui serait propre, surtout pour une série qui vient s'inscrire dans un registre déjà bien représenté. Mais que ce soit dans l'univers, dans les quelques interrogations ou dans certaines idées de design, il y a bel et bien un potentiel qui ne demande qu'à décoller. Espérons que ce sera le cas !

L'édition proposée par Ki-oon est très satisfaisante. Pas de pages en couleurs malheureusement, mais un papier assez souple et épais permettant une qualité d'impression satisfaisante. L'adaptation graphique de Clair Obscur est soignée, tout comme la traduction d'Alex Ponthaut qui est claire et qui, entre autres, joue honnêtement sur le statut de robots des personnages via leur manière de parler souvent assez déshumanisée. Enfin, la jaquette, tout en conservant l'illustration de l'édition japonaise, s'offre un logo-titre soigné et ponctué d'un vernis sélectif.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Erkael

11 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

13.25 20
Note de la rédaction






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