Liens du sang (les) Vol.9 - Actualité manga

Liens du sang (les) Vol.9

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 17 June 2021

Seiko a craqué: devant son fils effrayé et son époux estomaqué, elle vient de se comporter pour la première fois en coupable du crime sur Shigeru, et est désormais prête à tout déballer, y compris face aux parents de la jeune victime. Forcément, le père et la mère de Shigeru ont une réaction de haine... mais face à eux, Seiko reste impassible. Comme si tout ceci ne la concernait déjà plus. Comme si elle avait hâte d'en finir, d'échapper à son quotidien en allant peut-être bientôt s'enfermer en prison. Face à la furie des parents de Shigeru, face au désarroi de son époux et tandis que son fils panique à l'idée de la perdre, elle se contente de dire la vérité avec une neutralité quasiment dépourvue d'émotion, comme le laissent deviner ses regards vides et fuyants. Dans la foulée, et toujours avec le même "je m'en foutisme", elle demande le divorce, et affirme qu'elle ne reviendra pas. L'insondable mère de Seiichi semble avoir décidé d'échapper définitivement à ce quotidien qui semble l'étouffer et l'écoeurer depuis bien longtemps. Et pourtant, elle a encore quelque chose à affirmer à son fils...

"Cette fois, mon chéri... je te laisse prend ton envol..."

Pour le collégien, l'émancipation semble enfin possible. Une émancipation qui, à cet âge, passe notamment par le désir sexuel, comme en témoignera un rêve avec Yuiko, dans une brève scène ponctué d'onomatopées répétitives qui accentuent très bien l'atmosphère assez brute du moment. Mais cette émancipation, à quel prix se fera-t-elle ?

Des débuts de réponse pourraient se découvrir au fil de ce volume, marqué par les étapes logiques suite aux aveux de Seiko: témoin du crime, Seiichi doit passer une audition auprès de la police pour affirmer ce qu'il a vu, puis confirmer de plus belle le tout lors d'une reconstitution. Et à chacune de ses étapes, Shuzo Oshimi mène bien sa barque. On le sent bien tout au long de ses épreuves successives qui sont forcément un déchirement pour l'adolescent: dire la vérité signifie grandir enfin normalement, loin de la castration maternelle, mais cela veut dire aussi peut-être dire adieu à une mère qui, à son âge, devrait encore être un repaire essentiel, une mère qui a souvent exercé sur lui une influence si fort qu'il ne peut s'en soutraire totalement de manière si rapide.

On assiste alors avec beaucoup d'intérêt, d'intensité et de malaise à ces scènes d'audition et de reconstitution, et l'ensemble est rendu encore plus dense par deux éléments.

Tout d'abord, ce que les déclarations de Seiichi nous laissent entrevoir de neuf. On pense à sa relation avec Shigeru e tà ce qu'il semble réellement penser de son cousin et de son entourage familial autre que sa mère. Mais aussi aux interrogations qui l'imprègnent concernant Seiko tandis: aime-t-il sa mère ? Et sa mère l'aime-t-elle ? S'ensuit toute une scène particulièrement forte, issue d'un souvenir passé, faisant écho à la scène du chat mort qui avait ouvert l'oeuvre au tout début du tome 1, et qui laisse sur un certain effroi dès lors que l'on découvre enfin tout ce qui entourait réellement ce souvenir du chat mort.

Ensuite, le travail visuel de l'artiste, une nouvelle fois. On a droit à quelques expérimentations visuelles toujours aussi efficaces, à l'image de cette reconstitution où Seiichi est régulièrement rattrapé par une vision floue de sa mère, preuve de l'influence qu'elle continue encore d'exercer sur lui malgré son absence. Et puis, il y a un certaine symbolique des yeux pendant la fin de l'audition: alors que ses yeux, se baladant partout et étant parfois en gros plan, témoignent tout du long de son état d'esprit, Seiichi les cache au moment de mettre un point final sur "sa" vérité qu'il dit à l'inspecteur. Alors, jusqu'à quel point l'adolescent croit-il en ce qu'il dit lui-même ? Que ressent-il à cet instant précis ? Son émancipation vis-à-vis de sa mère si longtemps castratrice ne peut décidément pas être aussi aisée, et Oshimi n'a alors pas son pareil pour nous faire ressentir le trouble qui habite le jeune garçon.

Ce neuvième volume semble marquer une étape cruciale dans l'oeuvre, et la suite devrait n'en être que plus intense encore. Une chose est sûre: Oshimi mène toujours aussi excellemment son récit si dérangeant, et Les liens du sang continue de se hisser comme une pièce maîtresse de sa carrière.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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