Laughter in the End of the World - Actualité manga

Laughter in the End of the World

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 02 July 2019

Chronique 2
  
Entre les éditions Chattochatto, Vega, Shibuya x Michel Lafon ou encore Omaké Manga, on peut dire que l'année 2018 et le début de l'année 2019 ont été riches concernant l'émergence de nouvelles maisons d'édition, amenant une offre manga toujours plus considérable dans notre pays. Et parmi ces nouveaux éditeurs figure également une toute jeune maison d'édition belge, un petit peu plus discrète pour le moment. C'est en fin d'année 2018 que Shiba Edition s'est présenté, en annonçant en guise de tout premier manga un one-shot: Laughter in the End of the World. De son nom original Shumatsu no Laughter, ce récit d'environ 200 pages et bouclé en 5 chapitres est l'oeuvre d'un nom que l'on connaît bien en France: la talentueuse Yellow Tanabe, à qui nous devons l'excellent Kekkaishi. Prépublié en 2012-2013 dans le magazine Shônen Sunday des éditions Shôgakukan, Laughter est donc un court récit que l'autrice a dessiné entre ces deux séries longues: Kekkaishi, et Birdmen, ce dernier étant actuellement inédit en France.

Au moment de l'annonce de la maison d'édition, Laurent Schelkens, son fondateur, présenta Shiba comme une toute petite et nouvelle maison d'édition belge n'ayant pas de ligne éditoriale à proprement parler, tant que le manga est bon que ce soit au niveau du scénario ou du dessin. Ayant dans un premier temps besoin de faire ses preuves auprès des éditeurs japonais, il a jeté son dévolu sur ce one-shot à moindre risque, et a choisi, pour son lancement, de passer par un projet de financement participatif qui a eu lieu en février sur le site Ulule. Couronné de succès, il a ensuite permis la publication de l'ouvrage en mai, dans une qualité d'édition tout à fait satisfaisante pour un premier essai ! Le papier est souple et ne souffre d'aucune transparence, l'impression effectuée chez l'imprimeur Aubin est très honnête et son encre ne bave aucunement, à la traduction Clair Obscur (studio que l'on a plus l'habitude de voir sur les adaptations graphiques et non sur les traduction, notamment chez l'éditeur Ki-oon) livre un travail très fluide et assez vivant, et l'incursion des textes ainsi que les choix de polices sont très appliqués et minutieux. Voici donc de quoi servir comme il se doit un one-shot qui a plus d'un tour dans son sac pour séduire.

Pourtant, sur le papier, la jaquette annonce quelque chose de très lambda avec un héros dont l'allure rappelle un certain ninja orange, et un pitch qui apparaît plutôt classique. Dans ce monde, le démon blanc aux 101 bouches a promis de venir dévorer le monde, sitôt qu'il aura constaté la chute de l'espèce humaine dans l'orgueil et la corruption. Dpeuis cette prophétie, bien du temps a passé, mais le démon n'a jamais oublié sa promesse, et a fini par l'appliquer le jour où les humains sombrèrent trop profondément dans le vice. Mais sur une Terre alors à l'agonie, des descendants des prophètes et de leurs disciples finirent par réussir à le terrasser après une longue préparation... Seulement, le démon est-il réellement mort ? Des années plus tard, l'humanité a repris son cours, tout en se méfiant encore et toujours de ceux qu'ils qualifient de démons, êtres possédant sur leur corps une marque tout de suite reconnaissable, et réputés pour être immortels. En arrivant dans une petite ville en proie depuis plusieurs années à un démon exigeant régulièrement qu'on lui livre des habitantes, un jeune garçon cachant son nom et sa petite soeur Haru s'apprêtent à livrer bataille après avoir conclu un contrat avec le maire: éliminer le démon. Mais le jeune garçon n'attire sur lui que la défiance et la craint des villageois, car il est lui-même un démon. mais un démon ayant choisi d'affronter ses congénères...

Après la mise en place rapide et suffisamment claire du contexte de base, le one-shot nous offre dans son intégralité une histoire qui se suffit à elle-même au sein de cette petite ville, et très vite plusieurs éléments viennent intriguer. D'où vient le démon semant la peur dans le bourg ? Qui est-il ? Que recherche-t-il ? Qui sont eux-mêmes nos deux héros, ce jeune garçon qualifié de démon et celle qu'il présente comme sa petite soeur ? Une chose est sûre: très vite, ils nous intéressent tous les deux, car tandis que la fillette montre de bonnes bouilles et un caractère jovial et attendrissant envers son grand frère, le garçon, lui, montre une personnalité très convaincante, qui se concrétise de plus belle à la fin, dans sa manière de se ficher royalement du monde et des humains corrompus tant qu'il peut rester avec celle qu'il aime le plus au monde.

Humains corrompus ? Hé oui, car il s'agit bien de l'un des principaux thèmes du récit, et de ce qui lui offre le plus de sel. Au fil des pages, de ce que l'on découvre des habitants, du démon, de nos deux héros et de leur passé respectif, on cerne de plus en plus que les êtres les plus vils ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Le démon a ses raisons d'agir comme il le fait, nos deux héros aussi, et au fil de tout ceci Yellow Tanabe exploite un sujet classique mais qui fait très bien mouche ici le temps des 5 chapitres: les peurs, les faiblesses et les tares des humains face à ce qui leur apparaît différent ou inconnu, sans même chercher à réellement comprendre.

Le talent de la mangaka est d'emballer cela dans un court récit d'action fantastique et un brin post-apocalyptique à l'atmosphère très réussie, à la narration limpide et avec un bon sens du rythme et une gestion des rebondissements hautement profitable à l'intrigue. On n'a pas le temps de s'ennuyer, on a un début et une fin, les toutes premières pages font bien écho à la suite en laissant bien comprendre que l'autrice avait pensé son récit ainsi... Si bien que même si l'univers posé aurait aisément pu donner lieu à une série plus longue, ce one-shot shot se suffit bien à lui-même. Enfin, Tanabe régale dans la maîtrise de son dessin, très fluide, parfaitement tramé et encré afin d'apporter plus de richesse et de profondeur, et dotée de cases jamais vides (quand ce ne sont pas des trames assez fines qui remplissent les fonds, on a droit à des décors de bourg, de maisons, d'église ou de verdure très soignés.

Au bout du compte, le premier manga de Shiba Edition est certes court, mais nous fait retrouver avec beaucoup de plaisir les talents de conteuse et de dessinatrice de Yellow Tanabe, le temps de 200 pages rondement menées. Voilà qui inaugure au mieux le catalogue de ce jeune éditeur, en attendant de voir ce qu'il nous réservera par la suite.
  
  
Chronique 1
  
L'année 2018 aura été charnière concernant le manga en France, notamment parce que plusieurs nouvelles maisons d'édition ont émergé. On pense forcément à Vega et sa panoplie de seinen diversifiés, mais aussi à Chattochatto avec Carciphona et la réédition de Quand la neige m'appelle. Un autre édition, belge cette fois, s'est aussi lancé : Shiba Edition. Un nouvel acteur qui mise aussi sur une proximité avec le lectorat puisque la première parution a fait l'objet d'un financement participatif, qui s'est déroulé avec succès. Ce premier titre permet de revoir en France l'autrice Yellow Tanabe, appréciée pour le manga Kekkaishi qui a toutefois peiné à trouver son public chez nous. C'est à travers un one-shot que nous pouvons retrouver la mangaka : Laughter in the End of the World, titre international de Shûmatsu no Laughter. Celui-ci fut publié en 2012, dans les pages du Shônen Sunday. Un titre assez court dans un long magazine, ce qui laisse souvent croire à une série annulée en cours de route... Alors, qu'en est-il de cette œuvre succincte ?

Lorsque le monde fut totalement corrompu, le « démon blanc » surgit pour purifier l'humanité. Bien longtemps après, l'espèce humaine a été largement réduite par cette bataille. On dit que le démon blanc s'est réincarné en de nombreuses créatures humaines, reconnaissables par leur tatouage, et haïes par le reste du monde.

Lucas est l'un d'entre eux, mais il est surtout un voyageur qui parcourt le monde avec sa petite sœur, Haru. Lui seul semble pouvoir vaincre les démons, ceux de son espèce, et va devoir mettre ses talents à profit d'une petite ville souffrant du chantage d'un de ces monstres...

Pour les fans de Yellow Tanabe, retrouver l'autrice le temps d'une courte histoire est sans doute un grand plaisir, tandis que c'est l'occasion pour d'autres de découvrir ses talents. Etant donné le format de l’œuvre, on pouvait s'attendre à un récit aux ambitions limitées, mais force est de constater que la lecture nous donne tort. Le temps de cinq chapitres, la mangaka gratte un univers aux multiples possibilités à tel point qu'il semble assez évident que l'autrice voulait initialement porter le récit au-delà du simple one-shot. Les mécaniques présentées ont beau être celles d'un shônen assez classique, quelques idées, distillées ci et là, montrent que Yellow Tanabe avait de la suite dans les idées.

Pour autant, lancer un catalogue avec un titre court semblait être une bonne idée, d'autant plus que Laughter in the End of the World montre des qualités, quand bien même l'histoire aurait pu aller bien plus loin et ne reste finalement que l'équivalent d'un arc scénaristique de lancement. Yellow Tanabe est douée pour raconter des histoires et introduire un univers, puisque la mangaka prend son temps pour exposer ce monde où des démons sévissent dans les sociétés humaines, et où la peur d'autrui constitue une thématique phare de l’œuvre. Quand bien même l'aventure serait courte, l'immersion est présente, notamment parce que la mangaka nous questionne quant aux personnages, ce qui nous permet de nouer un lien honnête avec eux.

Si l'idée a été maintes fois exploitée dans la fiction, le thème de la différence est omniprésent dans le récit. Plus que la vérité sur l'origine des démons, on se questionne finalement sur la nature véritable de chacun. Les démons sont-ils les véritables monstres de ce monde ? D'ailleurs, l'autrice traite de la fin du monde de plusieurs manières, en s'intéressant aussi aux croyances humaines et à la religion. Le carnet de thématique est assez dense pour un shônen d'aventure aussi court, et on regrette alors que Yellow Tanabe n'ait pas poursuivi l'épopée de Luca et Haru plus longtemps.

Aussi, c'est le dessin de la mangaka qui met correctement en relief cette histoire. Celle-ci a un trait assez épuré, mais dynamique et détaillé à certains moments. On retient surtout la clarté de la narration, ce qui a de quoi donner envie de découvrir davantage son style sur un récit plus long. Malheureusement, trouver l'intégralité des tomes de Kekkaishi, au jour d'aujourd'hui, relève du parcours du combattant.

En résulte un one-shot prenant par la présentation de son univers, et qui présente bien des possibilités grâce aux thématiques implantées, et à ses deux protagonistes attachants. S'il est regrettable que Laughter in the End of the World ne soit qu'une histoire courte, voilà qui lance correctement le catalogue des éditions Shiba, à qui on espère un bel avenir sur un marché francophone pourtant bien garni.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

14 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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