Kaiju N°8 Vol.1 - Actualité manga

Kaiju N°8 Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 06 October 2021

En 2017, l'éditeur Kazé Manga nous invitait à découvrir le mangaka Naoya Matsumoto avec une très bonne petite surprise: Pochi & Kuro, courte série en 4 volumes qui trouvait un excellent équilibre entre action, comédie, romance et surnaturel, en plus de parfaitement se tenir le temps de ses 4 tomes. Un divertissement vraiment bon, qui donnait forcément envie de retrouver un jour cet auteur en France... Mais Matsumoto n'est pas forcément ce que l'on peut appeler un mangaka très prolifique: il a beau avoir débuté sa carrière en 2005, sa bibliographie se limitait, avant 2020, à quelques histoires courtes, à la mini-série en 2 tomes Nekowappa! qui fut prépubliée dans le Shônen Jump en 2009-2010, et à Pochi & Kuro qui est paru au Japon en 2014-2015. Après, c'est un peu le désert: pendant 5 ans, l'auteur n'a proposé aucun nouveau manga... mais il a fini par revenir par la grande porte avec une oeuvre d'ores et déjà promise au succès: KAIJU N°8.

Egalement nommée 8Kaijuu ou Kaijuu 8-go au Japon, la série est lancée dans son pays d'origine en juillet 2020 dans le Shônen Jump+, dérivé numérique du célèbre Shônen Jump de Shûeisha qui, par le passé, a déjà eu l'occasion d'accueillir quelques morceaux de choix, à commencer par Astra Lost in Space, Spy x Family, Blue Flag ou encore Fire Punch (sans oublier Pochi & Kuro, qui provient aussi de ce magazine). Rencontrant un franc succès dès ses débuts sur la plateforme, l'oeuvre devient même, avec la sortie de son premier tome, le titre du Shônen Jump+ ayant atteint le plus rapidement le million d'exemplaires édités. Poursuivant sur cette bonne voie avec ses tomes suivants, et nommée au Manga Taisho Award 2021, la série semble, pour le moment, tout avoir pour devenir un hit... Et ça, Kazé Manga l'a bien compris.

Effectivement, pour le lancement du manga dans notre pays en ce début de mois d'octobre, l'éditeur français voit gros, très gros, en ayant l'intention de faire de KAIJU N°8 le plus gros lancement de son histoire, voire le plus gros lancement de l'histoire du manga en France. Premier tirage s'élevant à 250 000 exemplaires, affichages, spots à la télévision et au cinéma, forte campagne sur les réseaux sociaux, partenariats avec des créateurs de contenus à commencer par le vidéaste sur Youtube Louis-san, affichage aussi géant qu'un kaijû sur l'une des tours de la Bibliothèque Nationale de France à Paris... Bref, on n'a pas fini d'entendre parler de KAIJU N°8, et dès lors une question se pose ? Est-ce que l'oeuvre mérite tant d'attention ?

Avant de parler du tome 1 en lui-même, revenons brièvement sur le terme-clé de l'oeuvre: ce fameux "kaijû", que tout le monde ne connaît peut-être pas. Pour faire bref, le terme a vu le jour dans le cinéma japonais d'après-guerre, et désigne en premier lieu les fameux monstres géants typiques de la culture nippone depuis les années 1950, et dont les plus célèbres représentants sont sans aucun doute Gojira/Godzilla et Gamera. On considère souvent que ces monstres sont nés d'un désir japonais de cristalliser, à travers ces géants destructeurs et monstrueux sortant de la mer ou de la terre, la peur face à des cataclysmes incontrôlables comme les catastrophes naturelles et la bombe nucléaire. Mais au fil du temps, les kaijû ont fini par imprégner toutes les sphères de la culture japonaise, mais pas que. Un paquet d'autres films, de séries, de mangas ou d'animes se sont inspirés des kaijû plus ou moins fortement au Japon, et on en a déjà eu des exemples en France avec, par exemple, le très fun manga Hakaiju, publié en France par Tonkam entre 2011 et 2016, mais lâchement abandonné par l'éditeur à la fin de sa première grande partie, au bout de 13 tomes sur 21. Et bien sûr, la culture du kaijû ne se limite plus au japon depuis de nombreuses années, comme en attestent les différents remakes américains de Godzilla, le film Pacific Rim de Guillemro Del Toro qui est un hommage au genre, ou même le nom du groupe de death metal français culte Gojira.

Avec KAIJU N°8, c'est donc au tour de Naoya Matsumoto de se réapproprier à sa sauce la figure des kaijû, en imaginant ici un Japon contemporain où ces monstres sont omniprésents et peuvent soudainement apparaître partout, entre les honju qui sont les monstres principaux et les yoju, créatures annexes plus petits et apparaissant dans son sillage. A tel point que les apparitions de monstres font désormais presque partie du quotidien, comme d'autres catastrophes telles que les séismes par exemple. Mais pour empêcher ces monstres de tout détruire sur leur passage, une force spéciale a été créée: les JAKDF, ou Forces Japonaises de Défense Anti-Kaiju, composée de recrues soigneusement sélectionnées, surentraînées, et dont la force est encore accrue par des combinaisons spéciales.

Enfant, Kafka Hibino rêvait d'intégrer ces Forces de Défense pour combattre ces monstres et ne plus revivre certains moments durs de son enfance. Il avait même fait la promesse, avec son amie d'enfance Mina Ashiro, qu'ils intégreraient cette lutte ensemble et qu'il serait toujours là pour la soutenir. Mais les années sont ensuite passées, et tandis que Mina est bel et bien devenue l'une des figures les plus charismatiques et douées de sa génération parmi les JAKDF, Kafka, lui, a renoncé à son rêve à force d'échouer aux examens d'entrée. Aujourd'hui âgé de 32 ans, il est tout juste bon à rester dans l'ombre des combattants des Forces de Défense, en exerçant un travail bien plus ingrat, indispensable et pourtant jamais mis en avant dans les médias: nettoyer les rues des restes souvent imposants des monstres tués. Au quotidien, avec ses collègues, c'est le découpage et le ramassage de ces corps qui l'attend. Le job n'est pas bien agréable, surtout quand il s'agit de nettoyer les intestins... mais Kafka préfère ne pas se plaindre, se dire qu'au moins il a un travail qui lui permet de vivoter. Mais tout va changer le jour où, face à un monstre soudainement apparu, il essaie de protéger Reno, une jeune recrue de 18 ans au départ très condescendant avec lui. Tandis que le 3e division des Forces de Défense, emmenée par Mina, arrive rapidement pour éliminer en un rien de temps la menace, les deux hommes, eux, finissent malgré tout à l'hôpital. Et c'est depuis son lit que Kafka voit l'impensable lui arriver: un tout petit monstre parasite, capable de parler et qui semblait le chercher, entre par sa bouche et fusionne avec lui pour en faire une surpuissante entité mi-humaine, mi-kaijû. Une vérité dont seuls lui et Reno sont au courant, qu'il va devoir cacher pour ne pas se faire dézinguer comme un vulgaire kaijû... et qui, pourtant, va finir par rappeler à sa mémoire ses vieux rêves d'enfant.

Ce premier volume va suivre un déroulement assez classique dans le fond. Après une introduction bien menée car posant vite et bien toutes les bases, Kafka devient cet être impensable rapidement nommé "Kaijû N°8" par les gens et traqué par les Forces de Défense. Il doit alors apprendre à cacher la force qui sommeille en lui, apprendre à maîtriser un nouveau corps qui échappe souvent à son contrôle (ce qui donne lieu à pas mal de notes d'humour), puis se mettre en tête d'essayer, une dernière fois dans sa vie puisqu'il a atteint l'âge limite, de passer l'examen d'admission au sein des forces anti-kaijû. Entre maîtrise de ses nouvelles capacités et session d'examens, pas de doute, on est dans du shônen d'action qui reprend d'ores et déjà certains codes... mais cela n'empêche aucunement le récit de trouver sa propre voie et, surtout, d'être déjà d'une redoutable efficacité.

En effet, KAIJÛ N°8 a clairement pour lui un sens du rythme omniprésent: ça ne traîne jamais, et pourtant tout s'installe de manière claire, fluide et immersive, jusqu'à ne plus nous lâcher. Une narration on ne peut plus efficace, donc, et qui est encore renforcée par les qualités visuelles. Naoya Matsumoto et ses assistants (Osamu Koiwai d'Osa Pro pour les décors, Jirô Sakura pour l'encrage, et Mantohihi Binta pour le design des armes) offrent des planches très animées, jamais vides et pourtant toujours limpides, portées par des designs humains classiques mais propres et très expressifs, et par des designs de monstres se voulant assez riches et impressionnants. Le design atypique mi-humain mi-kaijû de Kafka fait son effet autant dans les moments sérieux que dans les instants plus comiques où il est plus relâché, ses transformations sentent déjà bond les petites influences d'oeuvres comme Ultraman, et certains moments de mise en scène font franchement leur petit effet (surtout quand des monstres apparaissent soudainement, de façon imprévisible, sitôt qu'on tourne une page).

Et puis, surtout, il y a la galerie de personnages se mettant en place, d'ores et déjà prometteuse, à commencer par Kafka lui-même qui, assez vite, dénote pour une raison: le gars, il a 32 ans. Et un héros trentenaire dans un manga shônen (qui plus est de l'écurie Jump), ça n'arrive pas tous les jours (même si ça arrive, en particulier dans les séries du Shônen Jump+ d'ailleurs). Et non seulement cette simple petite idée est cool, mais en plus l'auteur l'exploite déjà intelligemment : Kafka est dénigré au départ par Reno car il c'est un trentenaire qui a laissé en plan ses rêves, pendant l'examen il est qualifié de "vieux" par les autres qui sont tous bien plus jeunes, l'épreuve physique lui en fait baver car il n'a plus l'endurance de ses 20 ans... Et puis, surtout, il a fait une croix sur ses rêves d'avant, sur ses désirs de jeunesse, sans doute comme beaucoup d'adultes désormais installés dans un quotidien adulte routinier. Ses rêves, pourtant, il y pense encore parfois, en se rappelant ses souvenirs d'enfance, en se remémorant la promesse faite il y a bien longtemps à Mina, en voyant ce que cette dernière est parvenue à devenir tandis que lui a échoué... Alors quand il décide de se reprendre en mains pour essayer une dernière fois d'atteindre son rêve, et qui plus est en voulant se passer de ses pouvoirs pour ne pas tricher et se démontrer sa valeur, il est impossible de ne pas avoir envie de l'encourager et de la suivre. Simplement, Kafka dégage quelque chose d'humain et d'immédiatement attachant... et mine de rien, ça devrait être aussi le cas des personnages secondaires, entre une Mina qui pense encore à Kafka derrière son allure imperturbable, Reno qui sait finalement reconnaître la valeur de Kafka (et s'excuser) après l'avoir dénigré au tout début, ou encore la dénommée Kikoru Shinomiya qui, derrière ses premiers abords de petite prodige de 16 ans hautaine voire sûre d'elle-même, cache pourtant en elle tout le poids des attentes fixées sur elle par son père.

Alors, KAIJU N°8 démarre fort, en se présentant bel et bien comme l'excellent divertissement que l'on espérait. Bien grattée, narrée dans un très bon rythme, facilement immersive, portée par des personnages qui ont déjà tous quelque chose d'attachant, la lecture défile toute seule et nous donne déjà envie d'en reprendre une dose, d'autant qu'un chouette premier cliffhanger a lieu dès les dernières pages de cet opus.

Côté édition, la copie proposée par Kazé Manga est tout à fait satisfaisante. On retrouve le petit format shônen typique de l'éditeur, avec un papier souple et plutôt fin mais sans transparence, une qualité d'impression honorable et quatre premières pages en couleurs. A la traduction, Sylvain Chollet livre une copie impeccable, très vivante et collant bien au caractère des personnages, tandis que le lettrage du studio Mala est très soigné. Enfin, la jaquette se veut proche de l'originale japonaise.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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