Jormungand Vol.1 - Actualité manga

Jormungand Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 16 August 2019

Aux côtés de Baltzar et des 7 Ninjas d'Efu qui s'offrent des débuts très prometteurs, la troisième nouveauté de cet été du côté des éditions Meian est un manga qui fut longtemps espéré: Jormungand. Prépubliée de 2006 à début 2012 dans le magazine Sunday GX de Shôgakukan aux côtés de titres comme Black Lagoon ou le Nouvel Angyo Onshi, cette série en 11 tomes a été popularisée il y a quelques années chez nous par sa très bonne adaptation animée produite par White Fox, qui fut diffusée initialement au Japon d'avril à juin puis d'octobre à décembre 2012. L'anime est donc arrivé directement après la fin du manga, et avec ses 24 épisodes, on peut facilement supposer qu'il doit couvrir les 11 tomes de la version papier. Ce fut la toute première série longue de Keitarô Takahashi, un mangaka qui a débuté sa carrière en 2002.

Jormungand, c'est le nom d'une créature de la mythologie scandinave, le fameux serpent se mordant la queue, qui pourrait enlacer le monde jusqu'à l'étouffer, et dont on dit qu'il pourrait dévorer les continents et les océans. Une métaphore assez brute et habile de l'univers dans lequel nus plonge le mangaka: celui du marchandage d'armes à travers le monde. Le jeune Jonah en fut une amère victime: après avoir perdu ses parents dans un bombardement, il est devenu un enfant-soldat et s'est mis à profondément haïr les armes. Son souhait le plus profond: réduire à néant ceux qui ont permis la mort de ses parents. Et pourtant, c'est auprès de l'une des plus brillantes actrices de ce milieu qu'il se fait engager au tout début de ce manga, en infiltrant l'équipe de choc de Koko Hekmatyar, une jeune vendeuse d'armes pour le moins... explosive !

Pas de round d'observation dans l'oeuvre: Takahashi nous plonge très, très vite dans son univers, sans forcément beaucoup en présenter les tenants et aboutissants (tout au plus évoque-t-il très vite le passé de Jonah et le rôle de Koko). Notre jeune héros est engagé dès les premières pages, accomplit dans la foulée sa première mission pour montrer ce qu'il vaut... Au départ, il faut donc éventuellement s'accrocher un peu pour bien s'immerger dans le récit, mais au moins celui-ci a le mérite de ne pas traîner et de nous plonger d'emblée dans le vif du sujet.

C'est alors au gré de trois premières missions que l'on apprend à découvrir Jonah, jeune garçon meurtri par la guerre, la faisant désormais lui-même en étant capable de tuer de sang-froid, mais cachant aussi derrière son côté taciturne et son absence apparente de sentiments une certaine naïveté montrant qu'il n'est encore qu'un enfant. Bien que déjà efficace dans son rôle de "flingueur" aux côtés de Coco, il devra alors encore évoluer, et on imagine facilement que cela, par la suite, ne passera pas uniquement par la protection de sa nouvelle boss sur le terrain. Au-delà de ça, la plongée dans le monde des marchands d'armes est pour l'instant encore un peu succincte car bien souvent ses éléments sont abordés rapidement, mais il y a déjà des pistes intéressantes, montrant notamment certaines facettes forcément immorales de ce commerce à la fois détestable et omniprésent dans le monde.

Quoi qu'il en soit, Takahashi, dans ce tome 1, joue surtout sur deux autres éléments.
Tout d'abord, la mise en place de plusieurs autres personnages, à commencer par les sbires de Koko dont certains se détachent un peu plus que d'autres (le vétéran Lehm, la guerrière Valmet qui est raide dingue de sa patronne et ferait tout pour elle...) et dont il reste tout à découvrir. Mas il y a surtout Koko elle-même ! C'est un fit, cette femme, plutôt jeune pour une marchande d'armes, perce déjà facilement les pages de par son caractère à différentes facettes mais souvent explosif, qui fait qu'elle ne se laisse pas faire, fait preuve de finesse d'esprit quand il faut être diplomate, tout en restant intransigeante et implacable dès qu'il le faut... mais elle montre aussi certaines brèves facettes plus comiques, laisse déjà entrevoir un peu ses origines... ce qui en fait, d'emblée, un personnage assez complet et attirant l'oeil.
Ensuite, l'action, qui bien souvent finit par prendre le dessus ! Sur ce plan-là, l'auteur a encore des progrès à faire: on sent que Jormungand est une première série, car le trait est parfois maladroit, les trames manquent assez régulièrement de finesse et de contrastes, ce qui fait que certaines cases de combat ne font pas assez ressortir l'essentiel... néanmoins, on sent que l'auteur s'amuse, en cherchant, dans ces moments-là, à accentuer le dynamisme et le côté brut de son trait, et à offrir des découpages plus mouvementés et moins académiques. C'est donc assez cool, dans l'ensemble.

Pour le reste, toujours concernant les dessins, l'auteur offre à ses personnages des designs bien pensés, variés, permettant de distinguer facilement les différents visages. Il y a de bonnes bases, il ne reste plus qu'à peaufiner tout ça !

Avec ce premier tome, Keitarô Takahashi montre bien quelques petites maladresses de jeunesse: un trait un peu inégal, une narration passant parfois un peu trop vite sur certains éléments, un univers de base posé si rapidement que cela peut décontenancer un peu... Mais au fil de la lecture, on découvre un univers particulier, nous plongeant dans un commerce loin d'être beau mais existant bel et bien, et nous ouvrant un récit aux possibilités assez nombreuses... Affaire à suivre, donc, après ces débuts encourageants !

Concernant l'édition, Meian offre une copie globalement assez appréciable. Avec son papier souple et assez épais, son absence de transparence et sa qualité d'impression honnête, le livre est plutôt agréable à prendre en mains. La traduction de Camille Duret (que l'on découvre pour l'occasion) possède quelques tournures de phrase un peu bizarres mais néanmoins compréhensibles, et dans tous les cas ça reste fluide. Les polices sont assez bien choisies, autant pour les textes que pour le sous-titrage des onomatopées. Enfin, vu de l'extérieur, l'ouvrage s'offre une jaquette fidèle à la japonaise, mais avec un logo-titre reprenant la typo de celui de l'anime et bénéficiant d'un joli vernis sélectif.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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