Jormungand Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 12 November 2019

Chronique 2

Voilà quelques années que nous connaissons Jormungand, grâce à l'adaptation animée en deux saisons produites par le studio White Fox et réalisées par Keitaro Motonaga, rendues disponible chez nous grâce à Dybex. Mais l'anime est l'adaptation d'un manga scénarisé et dessiné par Keitarô Takahashi, publié entre 2006 et 2012 dans le magazine Sunday DX de l'éditeur Shôgakukan, et jusqu'ici inédit chez nous.
L'année 2019 aura définitivement été celle des éditions Meian qui ont bien lancé leur catalogue manga. Jormungand fait partie de ce catalogue depuis cet été, une série assez idéale pour un lancement tant elle est achevée, suffisamment longue pour avoir de l'intérêt, sans pour autant que sa durée constitue un gros risque éditorial.

Enfant-soldat, Jonah a perdu ses parents au cours d'un bombardement. Paradoxalement, il manie désormais les armes à feu mieux que personne, et représente un mercenaire d'élire. Il intègre un jour le groupe de Koko Hekmatyar, une vendeuse d'arme au fort tempérament, volant les cargaisons des armées pour mieux les revendre...

Jormungand est l'un de ces titres qui se paie le luxe d'une entrée en matière assez directe, sans passer par une introduction laborieuse. D'entrée de jeu, Noag intègre l'équipe de Koko, et les objectifs du groupe de contrebande sont clairement définis. Le reste de ce volume sera une succession de péripéties auprès d'autres milices et armées, tant de mission qui permettront aux scènes d'action de se multiplier, à l'univers de s'étoffer, et aux personnages d'être légèrement développés.

Et clairement, c'est par sa dimension action que le titre séduit avec ce tout premier volume. Keitarô Takahashi déclare, en guise de préface, s'amuser en dessinant son manga, ce qui se ressent par la surenchère de séquences explosives où chaque affrontement se fait par armes à feu et autres engins détonants, un côté effréné qui résonne assez bien avec la bande de personnages aux caractères bien piqués. On trouve alors une sorte de côté second degré dans cette introduction, qui se ressent surtout dès que les psychologies de chaque membre de l'équipe de Koko sont mises en avant. Entre l'excentrique Koko, le sinistre Jonah qui agit presque à sa guise par instants, ou leurs camarades assez décomplexés, la série semble partie pour offrir un casting plutôt déjanté, qui contraste astucieusement avec tout le sérieux de la thématique centrale de la série.

Car Jormungand est un titre qui parle de guerre, et dont le premier opus propose une vision plutôt sinistre. Entre trahisons et jeux de pouvoir, le milieu dépeint par ce début d'intrigue est particulièrement froid, et d'autant plus propice à mettre en avant des personnages barrés qui auraient été marqués à leur manière par les conflits. Un sujet intéressant, donc, mais qui méritera d'être davantage explicité. Car peu à peu, l'auteur semble vouloir nous parler de politique, notamment parce que ce premier opus se déroule en Russie. Reste que le sujet est parfois un peu évasif dans son traitement, ce qui se ressent sur certains pans de l'intrigue qui demeurent confus. Par exemple, le mangaka ne contextualise jamais à fond ses intrigues, notamment le rôle des armées et autres milices. Il demeure régulièrement un sentiment de petite confusion, bien que l'objectif de chaque chapitre demeure assez clair.

Il conviendra toutefois de ne pas juger toute la série sur ce premier tome. L'auteur démarrait à l'époque sa première série longue, aussi faut-il lui laisser le temps d'exploiter pleinement son potentiel. Reste que par ses thématiques ou son casting de personnages, Jormungand a justement la possibilité de devenir un très bon titre, sur le long terme.

Un titre qui pourrait aussi briller par le trait de son auteur, puisque le style de Keitarô Takahashi est assez intriguant. A la fois fin et très épuré, il devient violent et anarchique lors des séquences d'action. Si la narration manque un chouïa de clarté pour l'instant, on est curieux de voir comment l'artiste pourra développer son trait.

Côté édition, Meian nous offre une bonne copie. Le papier choisit est de qualité très correcte, d'autant plus qu'il est assez épais, tandis que la couverture bénéficie d'un discret mais joli vernis sélectif. La traduction de Camille Duret, elle, est bien vivante et cohérente avec l'esprit de ce premier tome.

Un début d'intrigue percutant par son rythme explosif et son casting de personnages bien farfelus, dont le seul défaut sera quelques confusions dans le contexte politique de certains chapitres. Reste que la lecture emballe efficacement, et qu'il y a de quoi être curieux de voir comment le titre se bonifiera, et quelles péripéties attendent Koko, Jonah et leur bande.


Chronique 1

Aux côtés de Baltzar et des 7 Ninjas d'Efu qui s'offrent des débuts très prometteurs, la troisième nouveauté de cet été du côté des éditions Meian est un manga qui fut longtemps espéré: Jormungand. Prépubliée de 2006 à début 2012 dans le magazine Sunday GX de Shôgakukan aux côtés de titres comme Black Lagoon ou le Nouvel Angyo Onshi, cette série en 11 tomes a été popularisée il y a quelques années chez nous par sa très bonne adaptation animée produite par White Fox, qui fut diffusée initialement au Japon d'avril à juin puis d'octobre à décembre 2012. L'anime est donc arrivé directement après la fin du manga, et avec ses 24 épisodes, on peut facilement supposer qu'il doit couvrir les 11 tomes de la version papier. Ce fut la toute première série longue de Keitarô Takahashi, un mangaka qui a débuté sa carrière en 2002.

Jormungand, c'est le nom d'une créature de la mythologie scandinave, le fameux serpent se mordant la queue, qui pourrait enlacer le monde jusqu'à l'étouffer, et dont on dit qu'il pourrait dévorer les continents et les océans. Une métaphore assez brute et habile de l'univers dans lequel nus plonge le mangaka: celui du marchandage d'armes à travers le monde. Le jeune Jonah en fut une amère victime: après avoir perdu ses parents dans un bombardement, il est devenu un enfant-soldat et s'est mis à profondément haïr les armes. Son souhait le plus profond: réduire à néant ceux qui ont permis la mort de ses parents. Et pourtant, c'est auprès de l'une des plus brillantes actrices de ce milieu qu'il se fait engager au tout début de ce manga, en infiltrant l'équipe de choc de Koko Hekmatyar, une jeune vendeuse d'armes pour le moins... explosive !

Pas de round d'observation dans l'oeuvre: Takahashi nous plonge très, très vite dans son univers, sans forcément beaucoup en présenter les tenants et aboutissants (tout au plus évoque-t-il très vite le passé de Jonah et le rôle de Koko). Notre jeune héros est engagé dès les premières pages, accomplit dans la foulée sa première mission pour montrer ce qu'il vaut... Au départ, il faut donc éventuellement s'accrocher un peu pour bien s'immerger dans le récit, mais au moins celui-ci a le mérite de ne pas traîner et de nous plonger d'emblée dans le vif du sujet.

C'est alors au gré de trois premières missions que l'on apprend à découvrir Jonah, jeune garçon meurtri par la guerre, la faisant désormais lui-même en étant capable de tuer de sang-froid, mais cachant aussi derrière son côté taciturne et son absence apparente de sentiments une certaine naïveté montrant qu'il n'est encore qu'un enfant. Bien que déjà efficace dans son rôle de "flingueur" aux côtés de Coco, il devra alors encore évoluer, et on imagine facilement que cela, par la suite, ne passera pas uniquement par la protection de sa nouvelle boss sur le terrain. Au-delà de ça, la plongée dans le monde des marchands d'armes est pour l'instant encore un peu succincte car bien souvent ses éléments sont abordés rapidement, mais il y a déjà des pistes intéressantes, montrant notamment certaines facettes forcément immorales de ce commerce à la fois détestable et omniprésent dans le monde.

Quoi qu'il en soit, Takahashi, dans ce tome 1, joue surtout sur deux autres éléments.
Tout d'abord, la mise en place de plusieurs autres personnages, à commencer par les sbires de Koko dont certains se détachent un peu plus que d'autres (le vétéran Lehm, la guerrière Valmet qui est raide dingue de sa patronne et ferait tout pour elle...) et dont il reste tout à découvrir. Mas il y a surtout Koko elle-même ! C'est un fit, cette femme, plutôt jeune pour une marchande d'armes, perce déjà facilement les pages de par son caractère à différentes facettes mais souvent explosif, qui fait qu'elle ne se laisse pas faire, fait preuve de finesse d'esprit quand il faut être diplomate, tout en restant intransigeante et implacable dès qu'il le faut... mais elle montre aussi certaines brèves facettes plus comiques, laisse déjà entrevoir un peu ses origines... ce qui en fait, d'emblée, un personnage assez complet et attirant l'oeil.
Ensuite, l'action, qui bien souvent finit par prendre le dessus ! Sur ce plan-là, l'auteur a encore des progrès à faire: on sent que Jormungand est une première série, car le trait est parfois maladroit, les trames manquent assez régulièrement de finesse et de contrastes, ce qui fait que certaines cases de combat ne font pas assez ressortir l'essentiel... néanmoins, on sent que l'auteur s'amuse, en cherchant, dans ces moments-là, à accentuer le dynamisme et le côté brut de son trait, et à offrir des découpages plus mouvementés et moins académiques. C'est donc assez cool, dans l'ensemble.

Pour le reste, toujours concernant les dessins, l'auteur offre à ses personnages des designs bien pensés, variés, permettant de distinguer facilement les différents visages. Il y a de bonnes bases, il ne reste plus qu'à peaufiner tout ça !

Avec ce premier tome, Keitarô Takahashi montre bien quelques petites maladresses de jeunesse: un trait un peu inégal, une narration passant parfois un peu trop vite sur certains éléments, un univers de base posé si rapidement que cela peut décontenancer un peu... Mais au fil de la lecture, on découvre un univers particulier, nous plongeant dans un commerce loin d'être beau mais existant bel et bien, et nous ouvrant un récit aux possibilités assez nombreuses... Affaire à suivre, donc, après ces débuts encourageants !

Concernant l'édition, Meian offre une copie globalement assez appréciable. Avec son papier souple et assez épais, son absence de transparence et sa qualité d'impression honnête, le livre est plutôt agréable à prendre en mains. La traduction de Camille Duret (que l'on découvre pour l'occasion) possède quelques tournures de phrase un peu bizarres mais néanmoins compréhensibles, et dans tous les cas ça reste fluide. Les polices sont assez bien choisies, autant pour les textes que pour le sous-titrage des onomatopées. Enfin, vu de l'extérieur, l'ouvrage s'offre une jaquette fidèle à la japonaise, mais avec un logo-titre reprenant la typo de celui de l'anime et bénéficiant d'un joli vernis sélectif.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

14 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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