Jardin des illusions (le) - Actualité manga

Jardin des illusions (le)

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 11 June 2021

L'approche de l'été est parfois l'occasion, pour les éditions Delcourt/Tonkam, de nous proposer des oeuvres courtes propices à cette saison, que ce soit par leur atmosphère estivale, leur invitation au voyage, leur exotisme ou leur fraîcheur. On se souvient par exemple d'Our Summer Love en juin 2018, de Mermaid Prince fin mai 2019... Et pour ce mois de juin 2021, place, donc, au Jardin des Illusions.

Ce recueil, sorti au Japon en mars 2019 sous le titre Prism no Saku Niwa - Umishima Senbon Tanpenshû aux éditions Akita Shôten, est une compilation d’histoires courtes conçues par l'artiste Senbon Umishima, jeune autrice issue du site de création Pixiv, dont ce fut la toute première publication papier, aussi connue pour avoir illustré de nombreux contes, et qui a également travaillé sur des séries animées comme Recovery of an MMO Junkie, Kanojo to Kanojo to Neko - Everything flows ou encore Black Bullet en tant que character designer.

Une jeune fille décidant de changer de coiffure pour certaines raisons. Une sirène cherchant comment faire pour communiquer avec les humains. Une membre de troupe de danse qui se mésestime à cause de son physique peu féminin, mais qui risque pourtant de relever la tête grâce à une certaine rencontre. Une violoniste et un écrivain dont la rencontre risque de les changer tous les deux par la simple force de leur art, sans avoir besoin de mots. Un manoir dont on dit qu'il serait occupé par une sorcière, mais où la vérité pourrait être plus dramatique. Un robot ayant pour tâche de veiller sur le fils de son créateur. Un chat servant de "guide" à une femme dans les rues de Dubrovnik en Croatie. Etc, etc...

Au fil de ses 200 pages, Le Jardin des Illusions propose de découvrir 9 histoires courtes, plus un petit bonus inédit venant compléter la première histoire du recueil. Celles-ci sont de longueur variable et, comme pour tout recueil, pourront toucher ou non chaque lecteur selon ses goûts. Mais dans tous les cas, il y a fort à parier que chacun(e) y trouvera son compte, dans la mesure où Senbon Umishima brilla pas mal pour la diversité de ses récits. Une diversité qui peut s'exprimer aussi bien par le genre (tranche de vie, fantastique, science-fiction) que par l'ambiance (féérique, tragique, paisible, légèrement inquiétante, mélancolique...), le cadre (le Japon, la Croatie, l'Angleterre...), l'époque (le présent, le futur, le passé en période de guerre ou visiblement à l'époque victorienne...)... Il y a alors un peu de tout, mais dans chaque cas la mangaka a un certain talent pour nous immiscer immédiatement dans chacune de ses histoires qui ne se ressemblent pas. Comme déjà dit, chacun aura forcément ses préférences (personnellement, l'histoire muette sur la violoniste m'a envoûté), mais concrètement l'autrice gère bien son rythme et sa narration, pour faire de chaque récit un bref moment assez unique.

Mais sans doute est-ce plus encore pour ses visuels qu'Umishima séduit. A travers certaines planches aux compositions ravissantes, on sent l'expérience d'une illustratrice de contes. L'artiste livre en permanence un trait fin, assez riche mais toujours clair, avec quelques fulgurance de découpage et de mise en scène, le plus bel exemple étant sûrement cette histoire entièrement muette, où tout passer efficacement par l'observation du cadre, des gestes, des expressions. Et selon l'ambiance voulue, l'autrice est également capable d'adapter légèrement son style.

Enfin, au coeur d'histoires ayant souvent des thématiques communes (les rencontres pouvant nous changer, le voyage quel qu'il soit, l'acceptation de soi, de l'autre ou d'une situation...), on appréciera le maniement, à certaines reprises, d'un certain double-sens, quelques récits restants assez libres d'interprétation de manière assez subtile.

Quant à l'édition française, elle s'avère soignée, dès la jaquette aux délicats effets brillants, au marquage argenté et au toucher soyeux. A l'intérieur, le papier est à la fois souple et sans transparence, l'impression effectuée chez Aubin est très bonne, la traduction de Benjamin Moro est convaincante, et le lettrage d'Anne Demars est suffisamment soigné. On appréciera également beaucoup les pages finales, au fil desquelles l'autrice revient sur chacune de ses histoires en quelques phrases.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






MN Actus
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