Himizu Vol.4 - Actualité manga

Himizu Vol.4

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 03 July 2020

Le printemps arrive, mais pas dans le coeur de Sumida. Depuis qu'il a tué son ordure de père, l'adolescent déjà désabusé sombre toujours plus et ne comprend plus rien au fonctionnement d'une société qui lui échappait déjà. Après avoir rejeté l'aide maladroite de son meilleur ami Shôzô et avoir laissé en plan un petit boulot où on l'avait pourtant bien accueilli, il se recroqueville toujours plus sur lui-même, s'isole, finissant même par disparaître de chez lui en ne prévenant personne. Avec, pour unique point de mire, le but qu'il s'est fixé: il mourra cet été, en août, et jusque-là il tuera tous ceux qui ne vivent que pour pourrir la vie des autres...

Marqué depuis longtemps par les affres d'un père qu'il a fini par tuer, par sa marginalisation, Sumida n'a jamais eu les repères qu'il fallait, condamné dès le départ dans une société ne faisant pas de cadeaux y compris à ses plus jeunes représentants. Sa chute annoncée, on la suit depuis le début, d'abord aux côtés d'autres jeunes parfois presque aussi paumés que lui (Shôzô en tête), puis petit à petit de manière toujours plus solitaire, une solitude qu'il semble appeler de lui-même. Dans cet ultime opus, ce parcours solitaire se poursuit à travers la quête du jeune garçon désireux de trouver des sales types à abattre. Une quête se transformant surtout en errance un peu dépourvue de but, que Minoru Furuya retranscrit très bien dans ses visuels urbains au plus près du personnage ou dans ses quelques métaphores où des "monstres" évoquent tous les démons intérieurs du garçon.

Dans ce contexte où l'adolescent s'éloigne de lui-même de toute possibilité de rédemption, certains passages marquent particulièrement de par ce qu'ils dégagent. On pense notamment à la déstabilisante et particulièrement cynique discussion avec un suicidaire qu'il a longtemps suivi dans la nuit. Ou à la brutalité de la scène où il pense avoir "enfin" trouvé un sale type dans un bus, avant que... Des moments qui sont autant d'exemples de la perdition de Sumida, de son impossibilité de trouver ses repères ou d'envisager que tout s'arrangera, allant jusqu'à certaines réflexions existentialistes qui, vite et bien, font leur effet tant elles sont évoquée simplement et directement.

Et pourtant, tout comme dans le tome précédent, il y a encore des signes d'espoir ici. Ne serait-ce que via Shôzô et Kiichi à l'approche de la fin, ses deux amis se rappelant à lui tandis qu'eux-mêmes essaient de tracer leur route avec un avenir en ligne de mire. Mais il y a surtout Keiko Chazawa, cette camarade de classe qui, encore et toujours, s'inquiète pour lui et lui montre son intérêt, son désir de l'aider à se relever. En osant lui avouer avoir tué son père et même lui indiquer l'emplacement du cadavre, Sumida semble presque, quelque part, installer de lui-même une ultime possibilité de rédemption. Et puis la relation de ces deux-là semble beaucoup évoluer par instants, Chazawa est toujours là pour lui jusqu'à la fin... Lui qui voulait se sentir "spécial" sans forcément comprendre ce qu'il entendait par là (car y a-t-il le moindre être "spécial" à l'échelle de cette planète ?), il pourrait bel et bien l'être pour la jeune fille... Mais en a-t-il encore envie ?

Sur cette question, on n'en dira pas plus, jusqu'à ce dernier chapitre assez incroyable dans son genre. Des lueurs d'espoir, des perspectives d'avenir évoquées, une possibilité de rédemption. Puis un monstre. Et d'ultimes pages à la fois sobres dans leur représentation (comme s'il s'agissait d'un petit événement banal dans ce monde), brutales de par leur soudaineté, et totalement crépusculaires. De celles qui marquent longtemps encore après la lecture.

Quasiment nihiliste, le portrait social de Furuya sur une jeunesse laissée-pour-compte s'achève alors avec fracas, de manière forte, en justifiant pleinement le statut de manga culte qu'a pu obtenir Himizu auprès de toute une part de son lectorat, allant jusqu'à avoir inspiré le grand Sion Sono pour une adaptation cinématographique. Une grande série dans son genre, assurément.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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