Ginza Neon Paradise - Actualité manga

Ginza Neon Paradise

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 28 September 2018

Déjà connue en France pour les titres The Dog and Waning Moon et On entend son cri, sans que l'on voie ses larmes, corbeau sous la pluie, parus tous deux aux éditions Boy's Love, la mangaka Unohana débarque pour la première fois dans le catalogue de Taifu Comics avec Gonza Neon Paradise, un manga en 6 chapitres qui fut publié en 2015 chez l'éditeur japonais Nihon Bungeisha, au sein du magazine Karen. Cette histoire d'amour entre deux hommes nous plonge dans le quartier tokyoïte de Ginza, à une époque un peu trouble: l'immédiat après-guerre.


Nous sommes en 1948, et voici trois ans qu'Aoi, interprète au sein de l'armée d'occupation américaine, continue d'attendre jour après jour, aussi patiemment que désespérément, le retour de son ami d'enfance Takahiko, qui fut appelé à la guerre en 1944. Depuis le temps, les bateaux de retour sont devenus rares, et Takahiko n'a jamais répondu à ses lettres... alors quand ce dernier réapparaît comme si de rien n'était, et qu'en plus il lui avoue nonchalamment qu'il est revenu depuis deux ans, Aoi voit son sang ne faire qu'un tour, et, de rage, lâche son poing dans la figure de son ami, qui n'en fait pas grand cas... Mais n'y aurait-il pas une raison pour laquelle Takahiko est resté muet si longtemps ? Aoi et lui pourront-ils se retrouver, et reprendre leur histoire là où ils l'avaient laissée avant l'appel à la guerre de Takahiko ?


L'une des principales pointes d'originalité de ce one-shot provient de son contexte, celui de l'immédiat après guerre. Une époque qu'il est peu courant de voir dans le boy's love, et qu'Unohana parvient à exploiter très honnêtement pour le bien de son récit, en faisant appel à plusieurs éléments contextuels: l'installation de l'armée d'occupation américaine, la difficulté de trouver un travail honnête pendant cette période, les tensions qui subsistent quand même entre Japonais et Américains (par exemple, Aoi a dû subir certaines railleries et un certain mépris quand il est devenu interprète pour l'armée d'occupation), l'interdiction de certains type de films... A cela, il faut ajouter certains décors assez étudiés, et on obtient un cadre et un contexte immersifs et suffisamment crédibles.


C'est dans ce cadre et ce contexte que la mangaka propose une histoire qui, dans le fond, est assez classique, mais qui joue assez bien sur l'époque et qui, surtout, est impeccablement racontée. Au fil de ce livre de plus de 200 pages, Unohana sait prendre son temps pour bien nous faire cerner ses personnages, leurs doutes et leurs avancées. Après un premier chapitre d'introduction marqué par le retour de Takahiko et la rage d'Aoi de ne pas avoir eu de nouvelles pendant tout ce temps, le deuxième chapitre offre un flashback présentant efficacement le passé commun de ces deux amis d'enfance, la personnalité assez particulière de Takahiko qui lui a joué des tours (il a été déshérité, entre autres) même s'il n'en fait pas grand cas, ses nuits de débauche à Ginza, le sentiment contradictoire d'Aoi (il a l'impression que Tajahiko se fiche de lui, et pourtant il sait que c'est toujours vers lui qu'il reviendra)... les sentiments nés de cette amitié un peu bancale se ressentent bien en filigranes, d'autant plus que quasiment tout est raconté du point de vue d'Aoi. Une fois tout ça en tête, la suite vide à réconcilier (ou non) ces deux jeunes hommes qui dans le fond s'aiment, à expliquer pourquoi Takahiko n'a pas donné de nouvelles à Aoi... L'excellent point de tout ceci étant que la mangaka accorde beaucoup d'importance à une certaine introspection de ses personnages. Elle ne brusque rien, nous permet de bien comprendre ses héros... Et l'on appréciera aussi des personnages secondaires réussis (Sayuri en tête), même si le rôle de Walters en tant que "rival" est peut-être un peu inutile.


Côté dessins, on a déjà évoqué les décors, mais parlons aussi des personnages et de leurs tenues, plutôt convaincants. Il y a par-ci par-là quelques visages inégaux pas très graves, mais en dehors de ça la dessinatrice offre des designs assez fins et mûrs.


Sur une idée de scénario assez classique, Unohana exploite efficacement l'époque qu'elle a choisie, et montre qu'elle sait particulièrement bien raconter une histoire au travers d'une narration appliquée. Ginza Neon Paradise, ainsi, s'avère être un one-shot très convaincant dans son registre.


L'édition française est agréable avec son papier de bonne qualité, son impression très bonne, sa première page en couleur, et sa traduction très claire signée Margot Maillac.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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