En attendant lundi Vol.1 - Actualité manga

En attendant lundi Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 21 October 2021

Au travers de certaines séries comme Séki, mon voisin de classe, les éditions Akata se sont déjà évertuées à proposer des oeuvres évoquant, entre autres, l'importance de ne pas vouloir grandir trop vite et de toujours garder une âme d'enfance face au monde adulte. Et en ce mois d'octobre, l'éditeur récidive avec En attendant lundi, une courte série en deux volumes qui fut prépubliée au Japon en 2017-2018 dans l'excellent magazine Big Comic Spirits de Shôgakukan, magazine ayant entre autres accueilli plusieurs oeuvres d'Inio Asano (Dead Dead Demon’s DeDeDeDe Destruction, Bonne nuit Punpun...), Taiyô Matsumoto (Amer Béton, Ping Pong, Le rêve de mon père...) ou encore Naoki Urasawa (Asadora!, 20th Century Boys, Yawara!...). Il s'agit, par ailleurs, de la première collaboration de l'éditeur avec ledit magazine (bien que, à l'époque de sa collaboration avec Delcourt, Akata put nous proposer quelques titres du Big Comic Spirits comme Subaru, danse vers les étoiles! ou Larme Ultime).

De son nom original Getsuyôbi no Tomodachi (littéralement "Les Amis du Lundi"), l'oeuvre est la toute première publication française de Tomomi Abe, mangaka qui n'en est pourtant pas à son coup d'essai: sa carrière dure depuis 2005, a réellement décollé à partir de 2011 avec la série en 5 tomes Sora ga Haiiro dakara, et a été d'ores et déjà ponctuée de plusieurs récompenses, notamment un prix dès 2005 lors de l'Outstanding Newcomer Manga Award du Jump+ avec une histoire courte hélas jamais publiée, en 2009 le prix Fresh Manga pour une nouvelle histoire courte décerné par le magazine Shônen Champion d'Akita Shoten, en 2010 des nouvelles récompenses pour jeunes talents, et en 2013 le prix du meilleur manga "féminin" de l'année au Kono Manga Ga Sugoi ainsi que le prix du nouvel auteur lors du 18eme Media Arts Festival pour l'oeuvre Chiichan wa chotto tarinai. Capable de faire aussi bien dans le shônen que dans le seinen ou le shôjo/josei, Tomomi Abe s'est surtout taillé un nom dans les tranches de vie faussement enfantines, où, par le biais d'un dessin au style qui se peaufine toujours plus, des thèmes assez forts et doux-amers sont évoqués autour des maux de la jeunesse.

En attendant lundi, c'est l'histoire d'Akane Mizutani, une jeune fille dont le passage de l'école primaire au collège s'annonce compliqué. La raison ? Eh bien, au fond d'elle, elle reste toujours une enfant, ayant gardé ses passe-temps d'avant malgré son arrivée dans "la cour des grands". Autour d'elle, tous ses camarades de classe, y compris ses amies de l'école primaire, semblent avoir soudainement changé de centres d'intérêt, juste parce qu'ils sont désormais au collège. Et ça, elle ne le comprend pas du tout. Quand tous s'activent pour trouver un club, elle s'en fiche un peu. Quand tout le monde se met d'un seul coup à regarder des émissions télévisées parlant d'amour et qu'elle trouve débiles, elle préfère toujours regarder les émissions animalières qu'elle adorait déjà en primaire. Quand ses camarades de classe abordent leurs rêves d'avenir, elle continue surtout de rêver de pouvoir voler dans les airs. A la maison, ce n'est pas mieux, notamment parce que ses parents lui reprochent de manquer de maturité ou d'avoir de mauvaises notes. Et puis surtout, il y a l'aura de sa grande soeur, douée en tout, qui était ultra populaire au collège où elle a laissé un fort souvenir, et à qui on la compare bien trop souvent.

Bref, partout, de façon directe ou plus détournée, on reproche à Mizutani de refuser de grandir, on lui fait sentir qu'elle est soi-disant trop gamine, simplement parce qu'"elle est au collège maintenant". Et ça l'étouffe. Le monde de la jeune fille, à cette époque où la puberté commence à peine, devient bien trop gris et ordinaire. Toujours les mêmes bâtiments ternes, toujours les mêmes uniformes scolaires, toujours le même vacarme des élèves, toujours la même routine des cours... au point qu'elle en est arrivée à détester le lundi, ce jour qui marque l'arrivée ordinaire d'une nouvelle semaine répétitive. Et pourtant, son monde risque bien de retrouver petit à petit des couleurs grâce à sa rencontre avec un bien curieux camarade de classe, Tohru Tsukino. Ce garçon n'a pas forcément bonne réputation: il est toujours, muet, effacé et terne en cours, il se laisse brimer par la jeune Hiko et sa bande en ne bronchant jamais comme si ça ne l'atteignait pas, des rumeurs improbables courent sur lui à tel point que beaucoup préfèrent ne pas l'approcher... Mais notre héroïne découvrira l'autre facette de Tsukino, dès lors que celui-ci montrera un intérêt pour elle, pour sa façon d'être, pour sa manière toute naturelle de ne pas rentrer dans le moule que les autres semblent parfois s'imposer. Tsukino le sent et le dit: il a besoin d'une fille comme Mizutani dans son quotidien, car lui-même garde une grande part d'enfance. Alors, ensemble, les deux enfants se fixent un rendez-vous hebdomadaire, et se mettent à se retrouver chaque lundi soir, en secret, dans la cour de l'école. Et dans ce cadre nocturne qui n'appartient alors qu'à eux deux, ils pourront s'adonner, dans une atmosphère quasiment hors de tout, à leurs amusements.

Dès lors, ce rendez-vous régulier va prendre de plus en plus d'importance pour eux deux. Au gré des amusements innocents des deux enfants, en premier lieu, notamment avec un Tsukino qui s'entraîne avec des balles pour améliorer son "super pouvoir", et une Mizutani qui cogne dans les balles ou se tape des sprints pour se dépenser. Quand il ne s'agit par pour eux deux, tout simplement, de discuter sur des sujets au premier abord innocents mais qui, avec notre oeil d'adulte, peuvent avoir un fort double sens assez mélancolique en évoquant notre propre jeunesse innocente perdue. Mais ily a aussi la manière dont les deux jeunes personnages vont avoir l'occasion de se rapprocher, en se confiant eu à peu un peu plus l'un(e) à l'autre sur certains de leurs tourments, sur leur famille, etc... et si l'on ne suit jamais directement les pensées de Tsukino, on a largement l'occasion de le découvrir par petites touches à travers les pensées et observations de Mizutani, et de bien cerner l'enfant tantôt jovial et relâché (quand il n'est pas en classe) tantôt largement plus mutique et terne (quand il est en cours, qu'il se fait chahuter...) qu'il peut être, ce qui le rend d'autant plus attachant en opposant bien sa part d'innocence préservée à la manière dont les côtés "adultes" du collège veulent le bousculer. En tout cas, une chose est sûre: grâce à un Tsukino qu'elle désire toujours mieux connaître et à leurs rendez-vous hebdomadaires, Mizutani se met enfin à aimer le lundi, voire à l'attendre avec impatience...

Pour accompagner tout ça, on a donc l'occasion d'enfin découvrir le style assez atypique et unique de Tomomi Abe, peaufiné au fil de ses années de carrière, et assez reconnaissable avec notamment des designs assez ronds, faussement simples et enfantins, qui peuvent demander un temps d'adaptation, mais qui sont surtout autant d'occasions de mettre en évidence un paquet de trouvailles visuelles. Abe essaie un paquet de petites idées de mise en scène (à l'image des premières pages zoomant peu à peu dans le collège depuis l'extérieur), d'angles de vue originaux, de jeux d'ombre (ses deux héros devenant eux-même parfois comme des ombres), de contrastes blanc/noir, de métaphores visuelles (notamment avec les innombrables balles), de petites idées bienvenues comme la façon dont se reflètent l'environnement et l'entourage dans les grands yeux de l'héroïne... En somme, il y a beaucoup d'inventivité, ce qui accompagne fort bien l'imagination enfantine préservée de Mizutani et de Tsukino. Quant à la narration, en plus des remarques et des discussions bien écrites de nos deux héros, elle se pare également, régulièrement, d'un aspect plus poétique, plus mélancolique, à travers des monologues issus des pensées et observations de la jeune fille, ce qui colle vraiment bien au regard adulte qu'Abe pose sur une jeunesse, une innocence perdues.

En attendant lundi se pose alors comme une lecture captivante, servie par un travail visuel et narratif ingénieux et riche. Autant capable de nous faire retomber en enfance que de nous faire poser un regard bourré de spleen sur une jeunesse révolue, l'oeuvre de Tomomi Abe évoque aussi en filigranes, avec intelligence, un regard sur la société qui peut nous mouler, et l'importance d'oser en sortir et de toujours garder un part plus enfantine et imaginative. L'oeuvre étant courte, il n'y a plus qu'à espérer que le deuxième et dernier volume saura bien conclure ce très joli départ.

L'édition française est excellente sur ce premier tome. Classé dans la collection Medium de l'éditeur, le volume bénéficie d'un format seinen standard, avec un papier bien épais, assez souple et permettant une bonne qualité d'impression. La traduction d'Alexandre Goy colle vraiment bien aux différents aspects du récit, que ce soit dans les moments plus enfantins/inventifs/immatures, ou dans les envolées plus poétiques et mélancoliques. le lettrage de Rindra R. est très propre, tandis que la jaquette créée par Clémence Aresu reste assez proche de l'originale japonaise tout en bénéficiant d'un logo-titre simple dont le blanc contraste joliment avec le noir.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Note de la rédaction






MN Actus
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