Détective Conan Vol.18

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 25 March 2016

Chronique 1 :

Les fans de Détective Conan savent combien ce tome 18 est d'une importance capitale dans la mythologie de la série. 17 tomes déjà que notre jeune détective résout les affaires criminelles et jusque là il n'avait jamais réussi réellement à mettre la main sur les hommes en noir responsables de son état. Depuis les deux premiers tomes, l'intrigue principale n'a guère avancé et les lecteurs pouvaient commencer à craindre que Gosho Aoyama ne finisse par laisser sa série s'installer dans le statut-quo.

Ce tome 18 vient mettre fin à cette longue attente et, pour récompenser notre patience, il nous réserve du lourd. Conan parvient donc à retrouver la trace des hommes en noir, mais la grande surprise c'est surtout de voir comment l'auteur a choisi d'aborder ce rebondissement tant attendu. Loin de se laisser aller à la facilité, la série décide de se réinventer et de relancer carrément son intrigue principale sur de nouvelles bases, comme si tout ce qui avait précédé n'était finalement qu'un simple prologue. Comme on va le voir, cela va permettre à l'intrigue principale de décoller enfin réellement, mais cela va aussi amener une nouvelle ambiance de thriller qui va dominer le reste de la série. On peut dire en connaissance de cause que tous les enjeux de la série et tout les événements importants qui arrivent par la suite reposent en grande partie sur les rebondissements et sur les révélations abordés au cours de ce tome et du suivant. C'est dire l'importance de ces deux volumes qui se trouvent au coeur même de la mythologie Détective Conan et à partir desquels toute la suite de la série découle. Gosho Aoyama voulait réussir un véritable tour de force et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il a amplement réussi son coup !

Ce qui est fascinant, c'est de voir comment l'auteur construit son intrigue et installe discrètement les éléments préparant son grand rebondissement. A priori, quant l'intrigue commence, rien ne sort véritablement de l'ordinaire à part l'introduction d'un nouveau personnage, la jeune écolière Ai Haibara, dont rien ne permette encore de soupçonner l'importance primordiale qu'il va avoir sous peu. Finalement, à part l'introduction de ce personnage, rien qui ne sorte vraiment de l'ordinaire: la nouvelle affaire commence tout à fait normalement. Et pourtant, discrètement, on sent qu'il y a bien quelque chose de différent, que la nouvelle venue a des attitudes pour le moins étranges, et finalement on la voit exactement comme les autres personnages voient Conan: comme un enfant un peu bizarre, plus mature que la majorité des autres enfants, mais rien qui n'attise vraiment nos soupçons. En arrivant à nous faire penser ça, Gosho Aoyama a déjà gagné: il est arrivé à nous faire tomber dans son piège et il peut dès lors travailler la dimension cachée de l'intrigue sans éveiller davantage nos soupçons.

Il faut du talent pour arriver à tromper son lecteur avec une telle habileté et l'auteur n'en manque assurément pas. Il suffit de voir comment il maîtrise sa narration pour arriver à nous plonger au coeur des enjeux de cette intrigue et au plus près de ce que peut ressentir Conan. Dès l'instant où la présence des hommes en noir est évoquée, on sort du contexte initial d'une "simple affaire" et les enjeux deviennent beaucoup plus importants dans notre esprit. Et à partir de là, tous les rebondissements que l'auteur amène par la suite fonctionnent totalement: les ennemis sont surestimés, la déception de Conan est partagée par le lecteur à la fin de l'affaire et la tension retombe brutalement... avant de se rallumer de plus belle lors de cette scène magistrale où l'auteur finit par retourner contre toute attente ses cartes et prend littéralement le lecteur de court. On s'aperçoit tout d'un coup qu'à l'image de "la petite menteuse" avec Conan, l'auteur nous a complètement piégé et le péril ressenti est alors plus intense que jamais. C'est franchement remarquablement amené: tout est maîtrisé, tout fonctionne et ce rebondissement nous prend tellement par surprise que ce moment constitue certainement l'un des plus grands chocs jamais ressentis en lisant un manga.

Cette réussite doit bien sûr énormément au personnage d'Ai Haibara, aussi fascinant que déroutant. Dès l'instant où elle se dévoile, on découvre un tout autre personnage qui se révèle extraordinairement riche en terme de caractérisation. Son background est déjà bien solide et intrinsèquement lié à de nombreux événements déjà survenus au cours de la série. Elle partage avec Conan son sort, mais elle est aussi et surtout la personne à l'origine de nombre de ses déboires et cela crée d'office une alchimie particulière entre les deux. Le coup de maître de l'auteur, c'est de nous avoir présenté d'office ce personnage dans son ambiguité extraordinaire. La scène de sa révélation est certainement l'une des plus flippantes et des plus mémorables de la série avec un personnage incroyablement inquiétant. Et puis finalement, ultime rebondissement, on découvre son humour particulier, très sarcastique, et sa fâcheuse tendance à dramatiser les situations pour souligner leur absurdité. On sent que c'est un personnage qui a un vécu très sombre et que cela a forgé son narcissisme. En apprenant à la découvrir, on réalise que c'est la seule manière par laquelle elle arrive à communiquer avec les autres tout en se protégeant, dissimulant sa vulnérabilité.

Cette vulnérabilité, on la ressent dans sa nature même qui est contradictoire. Toute sa vie, Ai a été à la fois victime et bourreau. Endoctrinée dès son plus jeune âge, elle s'est rendue complice d'innombrables crimes effroyables et elle ne semblait pas préalablement en avoir jamais fait cas. Et pourtant, à travers sa dépression, on peut comprendre sa souffrance et l'ampleur du dégoût qu'elle s'inspire. Se voyant comme un monstre, traquée par ses anciens complices qui veulent l'éliminer, la jeune fille traverse une crise existentielle et, dans son désespoir, affiche des penchants suicidaires contre lesquelles elle va devoir lutter. Sa relation avec Conan, de nature complexe, va apporter au personnage le support émotionnel nécessaire pour s'épanouir progressivement dans sa nouvelle vie, devenant plus sociable, et pour trouver en elle la force d'affronter ses vieux démons. Mais il leur faudra pour cela lutter ensemble pour surmonter sa dépression et triompher de l'emprise des hommes en noir sur son existence afin qu'elle puisse enfin se reconstruire. A travers l'humour et cette relation unique, l'alchimie entre Conan et Ai est assurément l'une des plus fortes de la série et le personnage d'Ai Haibara est de manière générale l'un des plus beaux que Gosho Aoyama ait crée à ce stade, étonnamment complexe et d'une formidable ambiguité.

Il se passe donc énormément de choses dans ce tome 18. Mais au-delà de cette évolution majeure de la série, il nous réserve aussi d'autres surprises. Et cela commence dès le début du tome avec l'arrivée surprenante d'un personnage tout droit tiré de l'animé: l'inspecteur Wataru Takagi. Crée à l'origine pour donner un visage aux hommes de main de Megure, l'auteur Gosho Aoyama a donc décidé de reprendre ce personnage dans son manga. Son introduction se fait dans la continuité de ses apparitions dans l'animé, traitant le personnage comme s'il travaillait déjà avec Megure auparavant. Il faudra attendre encore quelques tomes avant que l'auteur ne s'empare vraiment du personnage et ne le remodèle pour lui donner l'importance qu'il a actuellement dans la série. Par son apparition, on sent déjà l'intention de Gosho Aoyama de développer davantage l'entourage de Megure, ce qui va aboutir sous peu à l'apparition de la fameuse brigade Megure (les inspecteurs Takagi, Sato, Shiratori et Chiba) que l'on aura l'occasion de croiser régulièrement dans de nombreuses affaires.

Pour le reste, les enquêtes présentées dans ce tome sont dans l'ensemble réussies et forts sympathiques. Les deux premières affaires ne sont pas directement liées à l'intrigue principale, mais la deuxième permet de creuser un peu plus la relation entre Shinichi et Ran et d'installer quelques jalons dans la continuité des événements du tome 14 (où Ran commençait à soupçonner la véritable identité de Conan). Cela donne lieu à une très belle scène où, en son absence, Ran et Sonoko discutent de cet attachant garçon à lunettes un peu étrange. Les deux affaires suivent, quant à elle, ont été conçues pour fonctionner à la fois de manière autonome et dans le contexte de l'intrigue principale, ce qui est encore une fois un bel exemple de réussite de la part de l'auteur.

On peut réellement dire que c'est ce tome qui a crée Détective Conan tel qu'on le connait aujourd'hui, celui qui donne tout son sens à la série et qui la rend plus prenante et addictive que jamais. C'est vraiment l'un des tomes que tout fan de Détective Conan doit avoir dans sa collection, un incontournable de la série. Au-delà de ça, il vaut aussi le coup par la maîtrise incroyable de la narration dont Gosho Aoyama fait preuve dans les deux dernières intrigues et par l'ambiance de thriller naissante du titre (l'arrivée d'Ai Haibara change complètement le statut-quo, notre jeune détective et sa nouvelle alliée étant désormais traqués par les hommes en noir ce qui change complètement la dynamique de la série). Plus qu'une apogée de la série, on tient là la naissance d'un véritable mythe du manga !


Chronique 2 :

Conan et les siens rencontrent l’acteur de cinéma Kosaburo Hijikata, réputé pour ses rôles de samouraï mais qui souhaite s’inspirer en vue d’incarner prochainement un détective. Mais l’acteur est aussi au centre des médias pour une affaire d’infidélité de la part de sa femme… Dans la résidence de Kosaburo, la discussion bat son plein quand Conan et le groupe sont témoins d’un macabre spectacle : le corps de l’épouse de l’acteur tombe à la renverse, sur le balcon d’à côté appartenant à l’acteur Hajime Okita, soi-disant amant de la victime. Rien ne saurait défendre ce dernier, mais Conan reste interloqué par le rictus de Kosaburo face au cadavre de sa compagne…

La fin de l’enquête autour de Kosaburo Hijikata ouvre ce tome dix-huit, une affaire particulièrement intéressante tant le stratagème semble improbable. L’atout de cet arc était de rapidement présenter l’acteur comme véritable suspects, mais ses méthodes de meurtre semblaient bien complexes étant donné que l’assassinat a été fait à distance. Tout l’intérêt de ce passage réside alors dans l’ingéniosité du stratagème que seuls les lecteurs les plus malins et observateur pourront trouver. Opus après opus, Gosho Aoyama dépeint des meurtres de plus en plus complexes, totalement improbables mais dont les résolutions restent passionnantes à suivre.

La seconde affaire de ce tome est originale puisque l’auteur explore une criminalité jamais approchée dans l’œuvre : les incendies criminels. Cette première tentative est néanmoins en demi-teinte puisque le stratagème utilisé par le criminel est étonnamment plus simple que de coutume, peut-être même que certains lecteurs pourront apporter leur résolution avant Conan. Néanmoins, ce passage brille par le sujet qu’elle aborde : la romance entre Ran et Shinichi, et le premier amour de ce dernier. Les sentiments des deux personnages sont alors plus qu’une évidence et à ce stade, on pourrait très bien imaginer les protagonistes se déclarer l’un à l’autre si Shinichi revenait. Le tout reste alors mignon mais aussi frustrant, nous donnant pour unique envie de voir le détective de l’est revenir.

Le tome s’est avéré très classique jusque-là, mais il est entièrement chamboulé sur sa seconde moitié. Un arc plus dense que la normale est donc inaugurée et met en scène un personnage bien connu des fans : Ai Haibara. Dans un premier temps, Gosho Aoyama laisse croire qu’il cherche simplement à renouveler le casting des Detective Boys… mais grave erreur que de déduire cela ! L’arrivée d’Ai est un véritable coup de poing au visage du lecteur et apporte un souffle sans précédent à l’œuvre. Il est évidemment question des hommes en noir, mais pas seulement. Certaines révélations sont faites et Ai s’impose comme un atout indispensable dans la traque de l’organisation. Surtout, l’histoire de la demoiselle semble faire écho à l’un des tous premiers chapitres de la série, preuve que l’auteur a prévu son coup depuis un moment. Le volume s’achève alors sur une grande frustration mais une chose est sûre : l’intrigue des hommes en noir est beaucoup plus complexe qu’on ne l’aurait pensé et ceux qui ont encore de Détective Conan l’image d’une série interminable qui ne progresse jamais devraient revoir leur copie.

Des affaires ordinaires mais apportant leur pierre à l’édifice Conan, que ce soit par l’ingéniosité des stratagèmes ou le fait de toujours traiter en profondeur les personnages, ainsi qu’un arc apportant un souffle nouveau à l’œuvre… Voici comment nous pourrions résumer ce dix-huitième opus qui captive aisément. L’arrivée d’Ai est un véritable coup d’accélérateur à l’histoire en plus de présenter un personnage particulièrement charismatique. Une chose est sûre, rarement nous aurons été si impatient de lire la suite du manga !
  


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Note de la rédaction
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