Celui qui hantait les ténèbres - Actualité manga

Celui qui hantait les ténèbres

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 06 April 2021

Revoilà Gou Tanabe pour la cinquième adaptation du célèbre et controversé romancier H.P.Lovecraft (cinquième adaptation mais sixième tome puisque "Les montagnes Hallucinées comptait deux volumes)!
Après le très attendu (et particulièrement réussi) "L'appel de Cthulhu", Gou Tanabe nous propose ici non pas une mais deux nouvelles bien plus courtes mais tout aussi passionnantes, deux nouvelles qui ont des points communs outre le ton et les créatures innommables.
Si la première nouvelle adaptée est particulièrement courte, la seconde, celle qui donne son titre à ce volume est plus longue et par conséquent plus intrigante et plus prenante...
Mais avant toute chose, revenons une nouvelle fois sur son auteur: maître de l'horreur ayant écrit ses récits au débuts du 20e siècle entre 1905 et 1935, Lovecraft a publié des dizaines de nouvelles plus ou moins courtes et a créé une mythologie riche et passionnante reposant sur des entités cosmiques. Mais la reconnaissance n'arriva qu’après sa mort, alors qu'il fut méprisé de son vivant. Pourtant il n'y a pas une personne ici qui n'a jamais côtoyé de près ou de loin son univers par des biais détournés! Il donna vie à un univers riche et dense qui fait désormais partie de notre pop culture. Son influence se retrouve partout qu'elle soit discrète ou plus marquée, qu'il s'agisse de simples références ou de profondes inspirations...

Dagon, qui va ici occuper seulement une trentaine de page sur le tome, est l'adaptation d'une nouvelle datant de 1917, nouvelle qui va introduire pour la première fois le Grand Ancien Dagon bien que celui ci ne soit ni jamais cité, ni même jamais évoqué en tant que Grand Ancien...d'ailleurs il est plus que probable que la créature apparaissant dans ce récit soit davantage un membre de la "race" de Dagon que le Grand Ancien lui même...
Mais qu'importe, tout ceci ne change rien au récit en lui même et ce débat n'intéressera vraiment que les puristes.

Un officier de la première guerre mondiale se retrouve isolé en pleine mer, sans le moindre repère, sans nourriture, à la dérive la plus totale...alors qu'il perd connaissance, il se réveille sur ce qu'il prend pour une plage, au milieu des cadavres de créatures marines de tout genre...En explorant les lieux il constate que la mer a disparu, ce qu'il explique par un phénomène sismique. Il va alors se retrouver face à un étrange monolithe planté dans le sol, celui ci étant recouvert de gravures mettant en scène d'étranges êtres sous marins qu'il ne reconnaît pas...Soudain il voit une gigantesque créature s'approchant et se collant au monolithe...Effrayé, il va rejoindre sans trop savoir comment son canot et l'océan où il finira par être recueilli.
Mais bien des mois après cette rencontre abominable il va peu à peu sombrer dans la folie et la paranoïa...

En seulement quelques pages, Gou Tanabe parvient à créer une réelle tension, à poser une ambiance et ce n'était sans doute pas chose aisée d'adapter une nouvelle avec si peu d'éléments.
Ici le protagoniste n'est pas nommé, on ignore quasiment tout de lui y compris sa nationalité, il n'est défini que par ce qu'il voit et ce qu'il ressent, par sa folie!
La créature qui est ici mise en scène n'est sans doute pas la plus effrayante du bestiaire de Lovecraft, mais c'est avant tout le contexte qui rend cette rencontre aussi perturbante!
Une agréable entrée en matière, une mise en bouche avant d'entamer le gros morceau!

"Celui qui hantait les ténèbres" est un récit bien plus vieux dans la mythologie de Lovecraft, et bien plus important que le précédent.
Publié en 1936, il s'insère totalement dans la mythologie du maître de l'horreur avec plusieurs références qui rappelle le culte des Grands Anciens! Son adaptation sera ici développée sur trois chapitres, équivalent à trois actes de développement du récit bien distinct, ce qui s'avère malgré tout bien plus court que tout ce qui a précédé dans cette collection.

Robert Blake, jeune peintre et écrivain, féru d'occulte, est retrouvé mort dans sa chambre, face à sa fenêtre. Nous allons vivre ses derniers mois d'enquête ayant conduit à cette étrange et fascinante mort.
Robert se consacre à son art dans sa chambre depuis laquelle, par la fenêtre, il aime à contempler l'extérieur, et se montre de plus en plus fasciné par un clocher noir, surplombant une vieille église abandonnée. Ce clocher est d'autant plus intriguant qu'il semble qu'aucun oiseau ne veuille s'en approcher! Cédant à la curiosité il décide de se rendre dans le quartier de la vieille église pour l'explorer...mais celle ci apparaît inaccessible, il a beau tourner dans les rues, pas d'église en vue. Lorsqu'il demande à des passants ceux ci se montrent agressifs et lui répondent qu'il n'y a pas d'église, de ne pas s'approcher de celle ci et que le quartier n'est pas pour les touristes!
En persévérant et après avoir rencontré une personne un peu plus bavarde, il va finir par trouver l'église pour y pénétrer... Ce qu'il va trouver dans la tour qu'il contemple depuis sa chambre va le marquer à jamais; il va réveiller une horreur cosmique qui va hanter ses nuits où cauchemars et réalité se confondent!

Dans ce récit on retrouve tous les marqueurs qui contribuent au succès des œuvres de Lovecraft, à savoir un homme qui va enquêter sur des mystères qui le fascinent mais le dépassent, un glissement lent mais inexorable vers la folie, des entités innommables d'un autre temps et venues d'autres monde...mais pas uniquement puisqu'ici nous avons des références au culte des Grands Anciens et nous avons même droit à une copie du tristement célèbre Nécronomicon! A ce sujet on peut justement trouver dommage que celui ci n'ait pas plus d'importance dans le récit!

Si on voit immédiatement les points communs qui unissent les deux histoires qu'on trouve dans ce tome (à savoir un individu seul qui réveille une force étrangère, qui va tomber dans la folie et la paranoïa et va attendre que cette force vienne s'emparer de lui...et oui, je l’admets ce schéma se répète régulièrement chez Lovecraft), force est de constater que la seconde, bien plus développée est bien plus marquante!
Dans un premier temps il va s'installer une fascination malsaine pour cette étrange flèche noire qui surplombe la ville, puis on va suivre la découverte des lieux, tout aussi dérangeante...et enfin ce troisième acte où la simple fait d'avoir regardé à travers une pierre mystérieuse a convoqué dans notre monde une entité obscure, craignant certes la lumière mais appelant les ténèbres, car c'est ce qu'est Nyarlathotep: une créature qui certes hante les ténèbres comme l'indique le titre mais qui est suivi par ces mêmes ténèbres!
Le troisième acte va exposer les événements étranges se produisant à travers la ville, événements vécus par tous, réfutant par la même que le protagoniste soit réellement fou!

Le récit se veut assez angoissant même si le peu de développement nuit quelque peu à l'investissement du lecteur, le volume laissant moins de temps à l'ambiance pour se poser...et pour le coup, ce qui s'avère diablement efficace dans une nouvelles de quelques pages, montre ses limites dans une adaptation en image, bien que là encore Gou Tanabe ait effectué un incroyable et remarquable travail!

Un récit certes plus court, peut être moins angoissant du fait du peu de développement, mais tout aussi prenant que les précédents, et toujours superbement servi par Ki-oon qui continue ici de nous proposer une édition luxueuse!
Toujours du grand art!   


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Erkael

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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