Celle que je suis Vol.1 - Actualité manga

Celle que je suis Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 10 Janvier 2019

Les titres d'Akata sont souvent vecteurs de messages sociaux, qu'ils soient ou non au premier plan dans le récit. Et force est de constater qu'au fil des années, cette volonté de parler de sujets sociaux complexes est de plus en plus présente, de telle sorte à briser des tabous et de donner de la visibilité à des idées qui peinent à trouver leur place dans les débats comme dans la fiction. Ainsi, après les excellents Le Mari de mon Frère et Eclat(s) d'Âme, les thématiques LGBT+ sont représentées par un nouveau titre chez Akata : Celle que je suis, un récit court de deux tomes que nous devons à Bingo Morihashi, scénariste qui est surtout reconnu pour son travail sur la licence vidéoludique Devil May Cry, et Suwaru Koko, autrice habituée du yaoi.

Étudiant, Yûji Manase a deux secrets. Le premier est son amour pour Masaki, son ami le plus proche, et le second son profond mal-être pour son propre corps. Tout petit, Yûji était davantage attiré par les gadgets de sa sœur que les siens. Aujourd'hui adulte, un déclic a lieu quand il se revêt la robe laissée par sa sœur à son domicile. Un geste qui va bouleverser sa vie puisque, pour la première fois, le mal-être qui habitait Yûji jusqu'à présent s'est tut...

Avec Celle que je suis, Bingo Morihashi et Suwaru Koko traitent d'un thématique que le manga en France aura rarement abordé sous un angle sérieux : la transidentité. De ce fait, l’œuvre intègre parfaitement le catalogue des éditions Akata qui, depuis quelques temps, mettent en avant les thématiques LGBT+. Le Mari de mon Frère parlait d'homosexualité et Eclat(s) d'Âme aussi tout en s'ouvrant à d'autres sujets. Aussi, Celle que je suis semble avoir un rôle complémentaire dans ce catalogue, ouvrant la voie à un autre sujet LGBT+ important, qui mérite qu'on s'y intéresse tant il est méconnu.

Ce premier tome se penche sur Yûji Manase, étudiant qui vivant un malaise au quotidien vis à vis de son propre corps. Le mystère concernant ce malaise ne subsiste pas longtemps puisqu'on comprend aisément que Yûji se sent davantage femme que homme, aussi c'est l'éveil du protagoniste et la découverte de celle qu'il est qui semble être l'idée de ce premier opus, sur deux. Loin d'être porté sur l'émotion comme le très bon Éclat(s) d'Âme, le titre se dépeint plutôt comme une tranche-de-vie marquée par ses déboires étudiants, le tout en s'intéressant au personnage de Yûji qui, de déclic en déclic, va affirmer sa vraie personnalité. Pour le moment, il y a donc une volonté des auteurs de développer le personnage plutôt que l'idée de la transidentité en soi, même la fin du tome vient ouvrir le champ des possibles d'excellente manière. Il n'est alors pas question de présenter les troubles de Yûji comme quelque chose d'unique, mais bien un mal-être frappant de nombreux individus qui, à l'instar du héros qui s'avèrera être une héroïne, cherchent à s'affirmer tels qu'ils sont vraiment. Dès lors, on en attend énormément du second tome qui devrait être porteur de messages forts, au vu de ce qui nous est proposé sur cette fin de premier opus.

Mais d'une manière plus globale, Celle que je suis, pour ce premier tome, parle autant de transidentité que de notre nature véritable qui se confronte à la société et à notre entourage. Car à l'instar de Yûji qui, dans son passé, fut fortement jugé par sa sœur, il y a tout un triangle amoureux qui se révèle prenant dans sa manière d'aborder les manières dont chacun peut réagir pour se conformer à son entourage, quitte à trahir celui qu'il est vraiment. L'intrigue avec Masaki, coureur de jupons, goujat et un peu je-m'en-foutiste, prend de plus en plus d'ampleur au fil du tome, tandis que se développent progressivement les troubles d'un troisième personnage qui, lui aussi, ne correspond pas aux « normes » attendues pour plaire au jeune homme. Si cette intrigue amoureuse peut sembler fade à première vue, voire grotesque tant Masaki donne l'envie de lui coller des claques, elle prend de plus en plus de sens au fil des chapitres et ouvre la voie à un second tome passionnant, mais tout en nourrissant une tonalité de plus en plus amère...

Et c'est une ambiance qui se dégage efficacement du dessin de Suwaru Koko. Non sans être inexpressifs, les personnages sont souvent rendus maussades, et les expressions joyeuses ou vives ne se font ressentir que sur certains moments clés. Le travail de la dessinatrice sur les personnages marque de vraie idée de narration car tout comme Yûji trouve du bonheur dans sa vie avec les déclics qui surviennent dans ce premier tome, le dessin se révèle plus vivant à ces instants précis.

L'entrée en matière est donc particulièrement intéressante, mais c'est surtout sur sa suite que tout se jouera. Le deuxième volet aura énormément à traiter pour amener cette histoire et ses thématiques à termes, si bien qu'on se demande si le format de la série n'est pas un peu limité pour traiter efficacement de toutes ses idées. Étant donné ce qui nous est présenté ici, il y a énormément à dire, et on reste curieux de voir ce que les auteurs nous proposeront pour conclure le récit, non sans une certaine crainte de voir l'histoire, les enjeux et les idées traités de manière précipitée.

Côté édition, Akata livre, comme à son habitude, une très bonne copie : papier épais, impression de qualité, et pages couleurs appréciables pour ouvrir le récit.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction






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