Blue Flag Vol.7 - Actualité manga

Blue Flag Vol.7

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 24 November 2020

Chronique 2 :

"Tout ce qu'on veut... c'est rester près de ceux qui nous sont chers, sans rien détruire au passage."

Et pourtant, c'est malheureusement la destruction qui semble menacer les relations des nombreux adolescents de Blue Flag, suite aux événements de la fin du volume précédent. La rumeur sur Tôma a fait son chemin comme une trainée de poudre en touchant aussi Taichi, qui a ensuite fini par soudainement recevoir une déclaration d'amour de son ami d'enfance, suite à quoi ce dernier s'est éclipsé en laissant notre héros incapable de répondre quoi que ce soit, tant il ne s'y attendait pas. Sens dessus dessous, Taichi ne sait alors plus comment réagir, est ébranlé en voyant se fissurer l'image d'amitié qu'il avait, et finit même par se replier sur lui-même, y compris vis-à-vis de Futaba qui essaie tant bien que mal d'être là pour lui. Les deux adolescents ont beau se réaffirmer tout de même leur amour par téléphone, une certaine distance menace de se créer par la force des choses. Et en plus, ces tourments se font en l'absence de, Tôma, confiné chez lui suite à sa rixe brutale avec Kensuke et Shingo. Une rixe restant par ailleurs très floue et dont seule Mami, présente sur les lieux, connaît la teneur. Dans un contexte tendu, l'heure est alors peut-être venue pour chacun de confronter sa vision des choses, de s'interroger sur ses sentiments, sur soi et sur l'autre...

Le dernier chapitre du tome 6 de Blue Flag promettait une sorte de déflagration dans le petit univers de la série, et ça ne manque pas, dès un début de volume 7 qui a d'emblée pas mal de choses à évoquer, entre les tourments de Taichi, l'attention que les rumeurs lui portent, et la manière dont certaines personnes se mettent à avoir leur avis en jugeant bêtement les choses, au risque de faire mal notamment à Futaba. Mais si Kaito, comme souvent, brille dans l'abord de ces choses, c'est plus encore dans toute la suite qu'il frappe fort, étant donné que, les uns après les autres, pas mal de personnages de la série se livrent, se confrontent sur des aspects parfois bien différents, la question de l'homosexualité de Tôma étant parfois, finalement, presque comme un catalyseur permettant au mangaka d'aborder énormément d'autres choses.

"N'oublie pas que ton ami d'enfance compte pour Kensuke et pour moi... à notre façon."

Cela commence par tout un passage où Shingo, désireux de s'excuser auprès de Taichi pour avoir blessé son pote, invite notre héros chez lui en compagnie de Kensuke mais aussi de Shôko et Sayaka, les deux amies de Mami. Là, derrière les excuses, c'est tout un débat qui s'entame dès lors que Kensuke expose pourquoi il s'en est pris si violemment à Tôma, en étalant à sa manière (donc sans grande subtilité) sa vision des choses, de l'amitié, des liens entre mecs, des rapports homme/femme, des frontières qu'il fixe entre les deux sexes sans les franchir... Une vision apparaissant très binaire, à laquelle Shôko et Sayaka, qu'on est plutôt content de voir un peu mises en avant, répondent avec une certaine virulence en exposant leur propre point de vue, notamment sur le fait que le jeune garçon n'essaierait pas de comprendre l'homosexualité de Tôma et détesterait/rejetterait ça simplement pour ne pas faire l'effort de sortir de sa zone de confort. Mais en accusant ainsi Kensuke, les deux adolescentes ne seraient-elles pas elles-mêmes en train de faire ce qu'elles reprochent au garçon, en ne faisant pas l'effort d'essayer de le comprendre ? Ces mots, lâchés par Shingo, font encore rebondir le débat vers des développements toujours plus profonds, parvenant même à surprendre entre autres en ne faisant aucunement de Kensuke un mauvais bougre (c'est parce qu'il tient beaucoup à Tôma à sa manière qu'il l'a cogné, et tout est dans le "à sa manière"). Et bien sûr, les choses ne s'arrêtent pas à ce groupe de personnages. Pendant ce temps-là, Futaba, un peu perdue, en manque de confiance et inquiète pour Taichi, se demande où est sa place et ce qu'elle ferait si la même chose lui arrivait, via une discussion animée avec Masumi et Mami, discussion qui aboutira ensuite sur un échange particulièrement fort entre ces deux dernières. Quant à Tôma, c'est dans une fin de volume extrêmement poignante qu'on le retrouve, au travers d'une discussion avec Seiya puis d'un flashback intérieur raconté par ses soins sur son amitié pour Taichi et ses sentiments. La discussion entre frères donne lieu, là aussi, à des paroles fortes, entre le monologue de Seiya et la réponse brève mais sincère de Tôma.

Les différences de sexe, l'orientation sexuelle, les rapports homme/femme ainsi que la manière dont ils sont régis, mais aussi l'image que l'on se fait forcément de l'autre à travers ses observations et son imagination, les différentes raisons bonnes ou mauvaises pouvant pousser à s'intéresser aux tourments d'autrui, le fait qu'aucun sentiment n'est foncièrement bon ou mauvais et que ces sentiments dépendent toujours de la personne qui les ressent, la définition de la vraie amitié (où l'on peut être en désaccord et se confronter sans forcément que ça aille moins bien), l'importance de ne pas juger ses propres sentiments en se comparant aux autres, les questions de ce qui serait "normal" ou non... sont autant de choses que l'auteur parvient à brasser avec une puissance et une fluidité exemplaires, le tout en n'imposant aucun jugement de valeur, tant ce qui compte ici est la nuance, la pluralité des avis et de la manière de vivre les choses. Sous l'écriture plus intelligente que jamais de Kaito, aucun comportement, aucun avis n'apparaît totalement bon ou totalement mauvais, et ce qui ressort le plus est bel et bien l'humanité que chacun de ces jeunes en pleine construction dégagent, dans toutes leurs différences.

"Au final, mes actes et mes paroles, tout ce qui fait de moi qui je suis, dépendent de ton observation et de ton imagination."

Et bien sûr, l'auteur emballe le tout dans un style visuel toujours aussi ravissant. Les moments de dialogues posés trouvent toujours une mise en scène adéquate et jamais rébarbative, les angles de vue sont souvent réfléchis, certaines idées sont vraiment bien trouvées (que ce soit le petit détails de l'eau du robinet symbolisant les larmes de Tôma, ou le flashback intérieur vécu directement à travers les yeux de ce dernier).

Dire qu'il y aura un avant et un après tome 7 dans Blue Flag est un euphémisme, la fin du 6e opus apportant ici nombre de développements, de sujets, de travail sur chacun des personnages, au travers de discussions et de débats qui ont énormément de choses à dire. La romance adolescente de Kaito ne ressemble décidément à aucune autre, plus encore dans le paysage shônen, tant elle excelle dans son écriture, dans ses richesses, dans son émotion, dans sa crédibilité. Il ne tient désormais plus qu'au 8e et dernier volume de conclure tout ceci avec brio, du moins c'est tout ce que l'on espère.


Chronique 1 :

La déclaration de Tôma ébranle Taichi, qui ne sait absolument pas comment réagir face aux sentiments de son ami d'enfance. Il se ferme même volontairement, une distance se créant alors entre lui et Futaba. L'homosexualité de Tôma prend même la forme d'une rumeur qui se propage comme une trainée de poudre dans l'enceinte du lycée. Dans ce contexte, chacun se questionne sur la légitimité de ses sentiments. Toujours perdu, Taichi se voit adresser une étonnante requête : Shingo et Kensuke, les deux amis de Tôma, souhaitent lui parler de ce qui s'est passé.

Nous le savons, Blue Flag s'achèvera avec son huitième volume. A l'approche de la fin, il était logique que Kaito dirige les personnages, leurs sentiments et les thématiques de l’œuvre vers son point culminant, ce qui a donné une conclusion de sixième tome intense et dramatique à souhait. La suite avait de quoi se faire attendre, avec une petite crainte même, tant ce final avait donné au titre une atmosphère lourde et hautement mélancolique.

Petit à petit, Blue Flag a abordé des thèmes de société importants : L'adolescence d'une part, mais aussi le pluralité des sentiments que l'on peut ressentir, avec même un focus sur la structure des relations entre hommes et femmes, mise en relief via le personnage très intéressant de Mami. Tout ce que le mangaka a traité jusqu'à présent atteint son apogée avec ce septième opus qui pourrait se résumer à un grand et passionnant discours sur ce qu'est l'Amour, les sentiments contradictoires qui régissent les individus, les incompréhensions mutuelles qui divisent, tout ceci aboutissant à la difficulté d'aimer dans notre monde. Pour développer ceci, Kaito dresse en long et en large des points de vue de personnages via de grandes discussions qui mettent les points sur les i. Certaines pourraient même être surpris par les points de vue abordés. Car parce que Blue Flag ne se veut jamais manichéen, chaque opinion est marqué d'une certaine ambiguïté et n'est ni toute blanche, ni toute noire. Loin de défendre les comportements discriminant, le récit se montre d'une grande générosité en terme d'humanité, en mettant sur la table et de manière poignante tous les maux qui ont mené à la situation actuelle de l'histoire, et qui la rende si dramatique.

Des discours riches et pertinents, sur lesquels chacun se fera son avis, et qui débouchent inéluctablement sur la progression scénaristique de la série. Là est le petit génie de Kaito, l'auteur : Si tous ces échanges permettent d'étoffer les réflexions de son œuvre, elles servent aussi de levier pour réunir les figures phares du titre, leur permettre de converser et parfois d'aller de l'avant. Ce sera évidemment au huitième et dernier tome de confirmer cette écriture, mais force est de constater qu'il y a un avant et un après tome sept, une véritable rupture dans le récit permettant aux protagonistes de se questionner, de se lâcher, de se confier, et de nous émouvoir par la palette de sentiments qu'ils incarnent. Déjà riche au départ, Blue Flag montre ici une finesse épatante, un degré de subtilité rarement atteint dans la comédie romantique shônen, et l'apogée d'une aventure humaine qui nous marque de multiples manières.

Un septième opus intense, qu'on dévore de bout en bout pour saisir ces nuances de personnages à travers des conversations denses, et qui mènent forcément Blue Flag vers son climax. L’œuvre de Kaito montre ici toute sa force, aussi on attendra impatiemment le huitième et dernier tome, qui sera décisif et qui, on l'espère, cristallisera toute la puissance du titre. Concernant ce tome 7, le plus difficile sera peut-être de mettre la main dessus, étant donné le contexte actuel. On ne pourra que conseiller le click & collect pour celles et ceux qui disposent de librairies à proximité. A noter que via l'éditeur 12 21, l'opus est facilement accessible en numérique sur les plateformes dématérialisées habituelles.
   

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

18 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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