Bestiarius Vol.6

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 13 September 2019

Chronique 2

Centurion romain rebelle en quête de rédemption et désireux de protéger ses proches, Lucius Dias a sacrifié sa vie et emporté avec lui l'abject Solonius dans la tombe, plaçant alors Domitien face à un mur. L'infâme Empereur de Rome n'est plus que l'ombre de lui-même, à l'heure où le puissant bestiarius Finn et la dernière wyverne Durandal marchent petit à petit sur les terres romaines pour éradiquer sa toute puissance. Si bien que son épouse Domitia, en réalité tout aussi perfide et fourbe que lui, décide de prendre les choses en mains, en faisant appel, malgré les craintes de Nerva, à une créature réputée dangereuse et quasiment incontrôlable: Saeros, l'elfe noir...

A l'heure où Finn, Durandal et l'union des hommes libres entament son ultime révolte contre Rome afin de pouvoir enfin vivre en paix, une bonne partie de cet avant-dernier volume de Bestiarius se consacre surtout à l'entrée en scène non seulement de Domitia, une impératrice peut-être encore plus abjecte que son lâche de mari tant elle est ambitieuse et perfide, mais surtout de deux ennemis que l'on peut déjà pressentir comme les ultimes adversaires de la série. L'un, Longinus, est une créature monstrueuse qui permet à Masasumi Kakizaki d'en imposer encore et toujours, en reprenant à sa sauce, sous son coup de crayon riche et grandiose, la figure mythologique de la chimère. L'autre est le plus intéressant, car le dénommé Saeros se pose d'ores et déjà comme un véritable électron libre, censé aider Domitia et Rome à vaincre Finn et Durandal, mais qui pourrait en réalité emporter bien plus sur son passage... Sorte d'ennemi ultime tant il regroupe tout ce qu'il y a de plus mauvais, cet elfe noir est, dans le fond, un méchant on ne peut plus classique, mais il se montre déjà efficace de par sa dangerosité, sa soif de sang, son côté incontrôlable et égoïste, sa force, et son alliance surpuissante avec Longinus. Surtout, ce que l'on découvre de son passé est intéressant, avec une enfance où il fut d'emblée rejeté et où il n'a pu que grandir dans la haine, une haine provoquée par la folie humaine elle-même, au vu de ce que Domitia lui a fait...

Ces nouveaux ennemis vont animer sans problème une bonne partie du tome, de façon classique mais redoutablement efficace grâce au dessin en permanence imposant et brut de l'auteur, et à son sens de la narration qui fait très bien ressortir les moments les plus intenses. Surtout, en filigranes Kakizaki n'oublie jamais les forces devant faire face à Rome et à Saeros, c'est-à-dire ces hommes et ces non-humains qui, unis par un même désir de liberté, enchaînent les moments forts, toujours portés par une valeur qui les transcende: vouloir protéger ce qui leur est cher, et ceux qui leur sont chers. Il en résulte à nouveau un beau petit lots de moments épiques, d'abnégation, de sacrifices, d'instants forts et enragés, que le mangaka ne manque jamais de bien mettre en scène.

A un volume de sa conclusion, Bestiarius reste donc un très bon divertissement, brut de décoffrage, simple dans son fond et hyper efficace dans sa forme. Tout est bien en place pour le final, que l'on espère évidemment à la hauteur.


Chronique 1

Finn, surnommé le Bestiarius, et Durandal mettent à feu et à sang les troupes de Rome, aux quatre coins de la carte. Dans la capitale impériale, c'est branle-bas de combat, si bien que le Sénat commence à grincer des dents face à l'incompétence de Domitien de gérer la situation. Contre toute attente, c'est la femme de l'empereur qui entre en scène, et libère un mal capable de rivaliser avec Finn et Durandal...

Avec ce sixième tome, l'avant-dernier de la série, Bestiarius approche de sa conclusion et entre logiquement dans son arc final. Un climax plus qu'évident étant donné la situation pleine de tension présentée par le début du volume : Rome est dans l'impasse, Finn et Durandal mettent du cœur à la tâche en ce qui concerne l'éradication des troupes de l'Empire. Mais la série de Masasumi Kakizaki ne pouvait pas se terminer ainsi, aussi c'est par une nouvelle menace imposante, et particulièrement réussie dans l'effroi qu'elle impose que Bestiarius entame son ultime acte.

Si la série s'est montrée jusqu'ici très classique dans son déroulement, tout en gardant une intensité dramatique plus qu'efficace, l'auteur semble vouloir aller un peu plus loin avec cette nouvelle menace qui nous est minutieusement présentée. Plus important encore : Saeros est un personnage qui a de véritables objectifs et dont les actions pourraient avoir un sérieux impact sur la fin de la série. L'intrigue ne se résume donc pas à un banal affrontement, et son issue aura visiblement de vraies répercussions sur le scénario, ce qui aide grandement à l'immersion dans ce 6e tome hautement intense.

Pourtant, un certain classicisme demeure dans la dualité entre Saeros et Finn qui sont littéralement deux antagonistes : carrures totalement éloignées, races différentes et psychologies opposées... Un face à face classique dans la forme, mais lourd de sens dans le fond. Face à son vécu, Durandal opte pour une position qui dénote toute l'évolution du personnage tandis que Saeros, derrière sa condition très clichée d'individu en quête de haine, se rend de plus en plus ambigu au fil des pages. C'est bien le septième et dernier opus qui rendra ou non l'évolution de l'ennemi crédible, mais l'auteur montre ici une certaine matière pour créer un dénouement riche et efficace pour Bestiarius.

Pour le reste, les qualités de la série demeurent intactes dans ce tome et sont particulièrement efficaces. La patte graphique du mangaka reste incroyable par ses détails, l'artiste s'en donnant même à cœur joie avec de grosses bébêtes, tandis que l'ambiance théâtrale teintée de grandes effusions de sentiments parvient à prendre le lecteur aux tripes. La dimension héroïque, garnie par Finn et ceux qui l'accompagnent, apporte toujours énormément dans l'ambiance de Bestiarius. Et ce n'est la double page de fin de tome, magnifique et tellement symbolique à l'égard de la série dans son ensemble, qui démontrera le contraire.

Il ne reste qu'un tome avant la fin de Bestiarius, ce qui se fait ressentir étant donné les enjeux conséquents développés dans ce volume. Et c'est déjà une excellente chose : la fin sera visiblement naturelle, et s'annonce déjà passionnante étant donné le nombre d'éléments intéressants qu'a planté le mangaka en vue de cette conclusion. Le dernier volume de la série s'annonce dense, palpitant, mais aussi tragique, tout un programme qu'on attend avec hâte de découvrir.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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