Bateau de Thésée (le) Vol.1 - Actualité manga

Bateau de Thésée (le) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 10 April 2019

Doucement mais sûrement, les jeunes éditions Vega continuent de poser les bases d'un catalogue qui globalement est pour l'instant de qualité, et accueillent désormais Le Bateau de Thésée, un polar en cours de parution depuis 2017 dans le magazine Morning de Kôdansha sous le titre Theseus no Fune, et qui est la toute première oeuvre publiée en France de Toshiya Higashimoto, mangaka ayant débuté sa carrière en 2008.

A priori, Shin Takuma, 28 ans est un jeune homme qui a de quoi être heureux: il a une jolie épouse, va bientôt devenir papa... mais ce bonheur cache une autre façade beaucoup plus douloureuse, Shin ayant vécu depuis toujours en portant sur ses épaules le crime du'n père qu'il n'a pas connu, puisque celui-ci a été emprisonné alors que notre héros était encore dans le ventre de sa mère. Ce père, Bungô Sano, aurait commis, alors qu'il était policier, l'une de spires affaires de meurtre de ces dernières décennies: le 24 juin 1989, un empoisonnement volontaire au cyanure de potassium lors d'une dîner de l'école primaire du village d'Oto Usu à Hokkaidô a provoqué la mort de 21 personnes, dont 5 professeurs et 16 enfants, et le coupable tout désigné fut Sano. Faisant la une des médias et étant encore de temps à autre le sujet d'articles, Bungo Sano est resté dans les mémoires collectives comme le plus abject des criminels. Et tandis qu'il était emprisonné, sa famille, en tant que "famille d'un criminel", en a aussi fait les frais. La mère de Shin a beau avoir repris son nom de jeune fille, il lui fallait déménager avec ses enfants dès qu'elle était reconnue car personne ne voulait alors d'une "famille de criminels". Shin n'a jamais vu sa mère sourire ou être heureuse, et elle lui a toujours inculqué de ne jamais sourire en public et de toujours s'excuser platement, s'il le fallait, pour ce que son père a fait. Ce père qu'il n'a jamais connu et qui lui a toujours pourri la vie, si bien qu'il a toujours préféré ne jamais aller à sa rencontre en prison. Mais certains événements risquent de bientôt changer cette donne. Tout d'abord, l'épouse de Shin n'a jamais cessé d'enquêter sur la sordide affaire d'Oto Usu, village laissé à l'abandon depuis cette époque et dont l'école a été rasée, et elle est même arrivée à une hypothèse: et si Bungo Sano était innocent ? Hypothèse qu'elle n'a pas le temps d'enrichir: lors de son accouchement, la jeune femme décède, laissant Shin seul avec son bébé... que sa belle-famille veut lui retirer, une nouvelle fois car il est le fils d'un criminel. En Shin naît alors une décision: aller enfin à la rencontre de ce père en prison, mais avant ça, faire un détour par le lieu du drame, Oto Usu. mais une fois sur place, un événement impensable se produit: pris dans un épais et étrange brouillard, le jeune homme en ressort... en janvier 1989, devant une école intacte, et dans un village encore plein de vie. Propulsé six mois avant la tragédie, se risquera-t-il à essayer de démêler le vrai du faux dans cette affaire, quitte à modifier le passé ?

Une sombre affaire de meurtres dans un petit bourg enneigé de Hokkaidô, un jeune adulte se retrouvant propulsé dans le passé peu de temps avant le drame... Impossible de ne pas pas songer au manga à succès Erased de Kei Sanbe, mais limiter Le Bateau de Thésée à cela serait une erreur, l'histoire prenant très vite ses marques, dès ses premières pages expliquant le concept du "bateau de Thésée" (qui aura sans nul doute son importance sur la longueur), puis une première partie efficace dans sa façon de poser les personnages et leurs souffrances. Une nouvelle fois, on a d'abord ici un exemple marquant de la manière dont peuvent être traitées les familles de criminels pourtant innocentes simplement parce qu'un criminel a vécu parmi elles, et l'on cerne très bien toutes les souffrances qu'ont pu endurer Shin, sa mère, sa soeur et son frère au fil des années. L'arrivée dans le passé, dans une grosse deuxième moitié du volume, sonne alors peut-être comme une possibilité de démêler le vrai du faux, de chercher le vrai coupable... ou d'empêcher Bungo Sano d'agir, s'il s'avérait que le meurtrier était bien lui. Le talent de l'auteur dans ce premier tome est d'instaurer un doute permanent sur Bungo, policier et père de famille qui semble bon et jovial, mais autour duquel certains détails sont troublants et peuvent l'inculper. Shin devra faire avec ce doute permanent, repoussant même la gentillesse de cet homme censé être son père et qui l'a tant fait souffrir. Mais coute que coute, il lui faudra chercher la vérité, empêcher les malheurs, mais également découvrir sous un jour nouveau ses proches, à commencer par sa mère qu'il voit comme il ne l'a jamais vue: épanouie, heureuse. Ici, alors que la mort rôde déjà en accentuant très vite une ambiance froide et tendue, Shin remarque bien sûr très vite, par quelques petits détails, qu'il a la possibilité de changer le passé, y compris de ses proches... Mais pourra-t-il tout changer d'emblée ? Certains drame semblent déjà impossibles à éviter, et dans tout ça on se demande forcément quel place aura Shin, d'autant plus quand on se dit qu'il n'a pas d'identité propre dans ce passé (vu qu'e son autre "lui" est dans le ventre de sa mère) et après la dernière page marquant déjà un important rebondissement.

Visuellement, l'auteur séduit surtout pour l'ambiance sombre et rude qu'il arrive à installer, notamment par le biais de décors hivernaux bien présents, de l'aspect à l'écart du village, et de ses designs de personnages qui, s'ils manquent parfois d'expressivités, collent bien au tout et sont précis. il faudra tout de même faire avec la façon très particulière qu'a l'auteur de dessiner des sourcils très, très épais ! Mais en tout cas, c'est immersif et bien narré.

On a donc une bonne entrée en matière pour ce polar pour l'instant assez peu surprenant mais immersif et très intrigant, et qui est servi dans une belle édition: jaquette sobre, bonne qualité de papier et d'impression, lettrage très soigné, et traduction impeccable de Ryoko Akiyama.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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