Arsène Lupin Vol.5

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 12 January 2017

"L'aiguille creuse". Deux mots qu'Isidore Beautrelet est parvenu à déchiffrer sur le mystérieux parchemin codé, lui permettant de poursuivre sa quête de vérité. Deux mots dissimulant en réalité le lieu où se cache depuis des siècles le légendaire trésor des rois de France, une immense fortune secrète que les souverains du pays se sont légués de génération en génération, de siècle en siècle. Plus d'un an après la disparition de Louis XVI et Marie-Antoinette qui en furent les derniers dépositaires avant que le secret ne tombe dans l'oubli, celui qui est enfin parvenu à remettre la main dessus n'est autre qu'Arsène Lupin. Ainsi, Beautrelet en a désormais la certitude : trouver l'aiguille creuse, c'est trouver Lupin. Mais peut-être que le célèbre aventurier cambrioleur est plus près de lui qu'il ne le pense...

Pas moins de trois épais volumes auront été nécessaires à Takashi Morita pour adapter avec tout le soin qu'il souhaitait le plus célèbre roman des aventures d'Arsène Lupin. Le présent volume s'étale sur environ 370 pages (pour un prix on ne peut plus honnête de 8,90€ et avec 8 pages couleur sur papier glacé, merci Kurokawa), et offre avec une précision inouïe la dernière ligne droite d'un récit qui reste captivant de bout en bout.

En premier lieu pour son parfum d'aventure, bien sûr. Entre les différentes escales de Beautrelet (où l'on ressent décidément l'amour de Maurice Leblanc pour sa Normandie natale), ses investigations sur le terrain, ses recherches pour décrypter l'énigmatique parchemin, déterminer où est l'aiguille creuse et comment y pénétrer, le parfum de danger (avec notamment les gentils pièges de Lupin, et le rôle inquiétant et dramatique de Herlock Sholmès qui souhaite une vraie lutte à mort contre son ennemi), et les nombreuses références à l'Histoire (Louis XIV, l'homme au masque de fer avec une hypothèse sur son emprisonnement, Jeanne d'Arc, les Ducs de Normandie, les Rois d'Angleterre, Henri IV, François Ier, César... Leblanc brasse large dans son roman d'origine pour offrir un tout cohérent), il est difficile de ne pas se laisser happer par un récit qui reste très complet, malgré quelques très légères facilités (en tête, la découverte un peu au hasard du "DF").

Mais au fil du récit, ce sont encore d'autres éléments qui intéressent le plus. Des éléments déjà présents dans le roman bien sûr, mais que Takashi Morita cherche à développer le mieux possible. Le récit marquait déjà précédemment pour la relation s'installant entre Isidore Beautrelet et Arsène Lupin. Une relation conflictuelle, mais également nourrie d'un certain attrait. Opposant la pureté de Beautrelet au sourire insouciant de Lupin, Morita met en valeur le désir de son jeune détective prodige de mieux comprendre Lupin, cet homme toujours joyeux, très actif, qui semble adorer la vie et le danger, mais qui est aussi un malfaiteur en rébellion contre la société et qui ne cesse de se cacher sous différents noms et différents looks... Quelle est donc, alors, la vraie nature d'Arsène Lupin ? Son vrai visage ? Découvrir l'aiguille creuse reviendra pour Beautrelet à peut-être découvrir le véritable Lupin, le récit esquissant dès lors une petite histoire du célèbre cambrioleur depuis dix ans et l'époque où il est apparu... mais peut-être est-ce encore un subterfuge ? La vérité prend surtout des allures étonnamment sentimentales autour d'une femme, peut-être celle que que Lupin aima le plus au monde... au point d'être prêt pour elle à renoncer à sa vie d'aventurier et à tous les trésors qu'il a obtenus pendant dix longues années.

C'est sans doute concernant ce dernier point que L'Aiguille Creuse est un roman qui a marqué nombre de fans, car cette aventure signe la fin d'une première grande époque dans le parcours d'Arsène Lupin : celle du gentleman-cambrioleur jeune, insouciant et croquant la vie à pleines dents avec une joie le quittant rarement. Mais cette fin d'époque ne sera pas du tout celle que Lupin imaginait, et pour cause... La fin brutale et immensément dramatique du roman est devenue culte, autant pour son impact sur le lecteur que pour l'hostilité qu'elle a pu faire naître. Cette conclusion, qui tient en quelques lignes dans le roman, Takashi Morita a souhaité la sublimer : pour cela, il a scindé la fin en ajoutant un chapitre "épilogue" où il peut se permettre non seulement travailler plus profondément le ressenti de la femme que Lupin aime (ce qui n'est pas présent dans le roman), mais aussi pour réellement mettre en image de façon tragique cette conclusion dont l'impact en ressort plus fort.

D'un bout à l'autre de ses trois épais volumes, l'adaptation manga de L'Aiguille Creuse fut donc excellente, à la fois très méticuleuse et portée par une verve graphique passionnée. Un vrai bonheur pour les fans qui redécouvriront avec ardeur un roman qu'ils connaissent déjà, mais aussi une belle et tragique aventure sublimée par Morita pour les néophytes.

Comme toujours, la longue postface du mangaka est très intéressante, celui-ci nous informant déjà de son prochain projet d'adaptation, qui sera 813, fort logiquement : c'est celui qui vient après L'Aiguille Creuse dans la chronologie de la saga Arsène Lupin, autant pour l'histoire que pour la date d'écriture (L'Aiguille Creuse a été écrit en 1909, et 813 juste après en 1910). Et si l'Aiguille Creuse reste le roman des aventures d'Arsène Lupin le plus connu et apprécié, 813 est, lui, considéré comme le sommet de la carrière de Maurice Leblanc, offrant un récit plus complexe, plus sombre (et le plus longs de la saga avec les Dents du Tigre), porté par un Lupin "nouveau", avec en toile de fond un univers s'étendant en Europe... Autant dire que l'on a hâte de voir ce que Takashi Morita en fera !

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

18 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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