Aime ton prochain Vol.1 - Actualité manga

Aime ton prochain Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 10 October 2019

Un tout petit peu moins d'un mois après la conclusion du très bon World War Demons, la prolifique collection WTF?! des éditions Akata accueille un nouveau shônen: Aime ton prochain, première parution française du mangaka Daisuke Chida, un auteur qui auparavant n'avait signé qu'une seule autre série au Japon, à savoir le 4-koma Sayonara Trigger. Publiée en 2017-2018 sur l'application Manga Box des éditions Kôdansha sous le nom Ijôsha no ai, cette série en 6 tomes nous offre d'emblée un dérangeant contraste sur sa jaquette, le titre plein d'amour étant apposé aux côtés d'une illustration on ne peut plus inquiétante et un peu trash. Et pour cause...

Tout commence dans une école primaire japonaise tout ce qu'il y a de plus classique. Kazumi Ichinose, 11 ans, est un petit garçon jovial, qui en pince clairement pour son amie et camarade de classe Fumika Nimi, élève modèle avec qui il veut rentrer jour après jour. Ce qu'il ne sait pas encore à cet instant-là, c'est qu'il a tapé dans l'oeil de Saki Mido, une autre jeune fille de sa classe. D'un naturel effacé, ne parlant pas aux autres, la petite Saki semble plutôt anecdotique aux yeux des autres, mais elle va vite montrer toute son instabilité après avoir fait sa déclaration d'amour à Kazumi, qui peine maladroitement à la repousser. Suffirait-il alors que Fumika disparaisse pour que Kazumi tourne son amour vers Saki ? Cette dernière s'en persuade très vite. Et un instant plus tard, la voici meurtrière, en pleine classe, de la pauvre Fumika, lacérée à coups de cutter...
Depuis ce drame, six années se sont écoulées. Saki a évidemment été immédiatement arrêtée, mais depuis cette époque Kazumi, désormais en deuxième année au lycée, n'a plus jamais montré de réel signe de bonheur. Se sentant quelque part coupable de la mort de Fumika, ne pouvant totalement se sortir ce passé tragique de la tête, contrôlant en permanence ses émotions, évacuant ses angoisses dans la peinture, il semble refuser de se montrer heureux, malgré la présence de son pote Itsuki Gojo... et l'admiration qu'a pour lui la mignonne et maladroite Shino Yotsuya. Un peu égérie de la classe, cette gentille et adorable adolescente semble profondément amoureuse de lui, pour une raison qu'il ignore mais que l'on découvrira plus tard. Ses sentiments ne font aucun doute, tant ses déclarations à demi-mot sont récurrentes, or Kazumi s'applique constamment à la repousser. Dès lors que Shino souhaite, par amour, porter une partie de son fardeau, les deux adolescents pourraient toutefois enfin se rapprocher... Mais qu'en penserait le pire fantôme du passé de Kazumi s'il venait à réapparaître. Dans la rue, le jeune garçon croit, avec stupeur et horreur, reconnaître la silhouette guillerette de Saki Mido. D'abord convaincu qu'il a rêvé, il décide tout de même de se renseigner sur ce que cette demoiselle dérangée a pu devenir depuis son arrestation, elle qui était mineure au moment du meurtre de Fumika... Mais n'est-il pas déjà trop tard ?

Aimer à la folie, au point de vouloir posséder l'être aimé en totale exclusivité, quitte à bafouer tout ce qu'il y a autour, y compris la volonté de l'élu de son coeur. L'amour fou est un thème récurrent dans les oeuvres de fiction, et c'est de ce sujet que Daisuke Chida a décidé de s'emparer pour sa première incursion dans l'horreur psychologique.

Après la première scène-choc du meurtre de la petite Fumika dans les premières pages, une scène qui met tout de suite dans le bain en dérangeant comme il se doit (imaginez donc, une gamine de 11 qui en massacre une autre au cutter, juste par amour) et en faisant d'emblée comprendre le coté bien dérangé de Saki, le mangaka suit un déroulement assez classique, qui ne va jamais vraiment surprendre, mais de toute manière surprendre n'est clairement pas l'objectif du mangaka pour l'instant puisque, à travers quelques pages narrées par Kazumi, il laisse régulièrement sous-entendre le l'horreur à venir dans la dernière partie du tome, horreur qui ne fait que commencer...

Avant cela, le mangaka semble presque nous narrer une tranche de vie romantique assez standard et même assez légère et positive, de part l'humour et le côté adorable que Shino véhicule dans ses maladresses et son humour (ce qui en fait une demoiselle très facilement attachante), et surtout dans la manière dont Kazumi finit par se rapprocher d'elle jusqu'à se confier, en pouvant alors peut-être enfin évacuer les fantômes de son passé pour avancer réellement dans la vie et accéder au bonheur. Bien d'autres moments, comme les "conseils" de la mère de Shino à sa fille, tendent aussi à être plutôt comiques, sans oublier l'aspect visuel qui joue sur un dessin plutôt mignon, clair et enfantin (si enfantin que nos héros lycéens ont l'air d'enfants). Mais régulièrement, il y a ces petites pointes angoissantes, concernant la possibilité que Saki ait été libérée, la vision d'elle que Kazumi a eue, des événements morbides comme le coup du lapin mort... tant et si bien que l'on sait parfaitement que tout va finir par déraper... et quand on dit déraper, c'est vraiment déraper !

En effet, la dernière partie du tome, en total contraste, se veut certes peu surprenante, mais assurément dérangeante et marquante, tant les choses promettent d'emblée d'aller assez loin. Face à une fille vraiment dérangée, si dérangée qu'elle le stalke depuis toujours, est violente, et accumule les idées morbides (comme tenter de violer notre héros devant ce qu'il reste du corps de la défunte Fumika), notre héros risque fort d'expérimenter à ses risques et périls, en n'ayant jamais demandé quoi que ce soit, le véritable amour fou, celui confinant au plus inquiétant égoïsme. En filigranes se dessinent alors forcément quelques thématiques dérangeantes autour du sentiment amoureux et de ses dérives, mais ça, Chida devra encore le développer par la suite. En attendant, ce volume d'introduction est aussi prévisible dans son déroulement qu'efficace et dérangeant dans sa finalité. Et le tout s'achevant ici sur un climax annonçant le pire, il est difficile de ne pas attendre la suite avec un certain intérêt !

Enfin, n'oubliez surtout pas de lire le petite chapitre bonus en fin de tome, car il a tout son intérêt, en montrant un peu l'accueil qu'a eue l'affaire du meurtre dans les médias et auprès des proches de Saki. Et par la même occasion, au vu de l'amour que les parents de Saki lui portent, ça semble bien contrecarrer déjà les plus classiques hypothèses que l'on pouvait faire sur les origines du côté dérangé de la jeune meurtrière !

Au niveau de l'édition, on retrouve le petit format habituel d'Akata pour ce type d'oeuvre shônen/shôjo/ le papier est bien souple et sans transparence, l'impression est très bonne, et un excellent travail de lettrage a été effectué pour la traduction des onomatopées ainsi que pour les phases de dialogues les plus fêlées (les rires psychopathes, entre autres). Enfin, à la traduction, Ryoko Akiyama (et non Ryoko Fujimoto comme indiquée en toute fin de tome, une petite erreur qu'Akata corrigera sans nul doute en réimpression) offre une très bonne copie, vivante, claire, et où elle s'applique à faire ressortir la caractère des personnages, notamment la personnalité flippante de Saki via certaines expressions.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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