A la recherche de notre comète

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 26 March 2019

Au lycée, Kawai était l'unique membre du club d'astronomie, qu'il entretenait envers et contre tout par passion, même si celui-ci, faute de membres, était voué à une inévitable fermeture. Mais lors de sa dernière fête de lycée, au bout de ses préparatifs solitaires, il a pu compter sur la présence d'Ohara, un camarade de classe avec qui il a sympathisé quelque temps avant, jusqu'à faire avec lui la promesse de voir ensemble plus tard divers événements comme des éclipses et surtout la comète devant passer près de la Terre un peu après la remise de leurs diplômes. Depuis, deux années sont passées, et tandis que Kawai poursuit ses cours en université tout en exerçant des petits boulots alimentaires, Ohara s'est mis à travailler tout de suite après le lycée sans poursuivre d'études. Ils ont beau avoir pris des voies différentes, ils vivent tous les deux dans le même immeuble... et pourtant, les deux amis ne se fréquentent plus vraiment, alors même qu'ils se croisent de temps à autre. A l'approche de la fin de ses études, Kawai se remémore la promesse qu'il avait faite à Ohara, et espère que ce dernier ne l'a pas oubliée. C'est pour cette raison qu'il décide d'aller rendre visite à Ohara pour lui proposer d'aller voir une éclipse lunaire avec lui, sans se douter une seule seconde qu'une nouvelle va lui faire un électrochoc: Ohara va déménager le weekend suivant.

Après le recueil De l'amour à l'écume, jamais ! qui s'avérait maladroit mais assez intéressant, les éditions Boy's Love ont décidé de poursuivre leur exploration de la bibliographie d'Emi Mitsuki en publiant en ce mois de mars 2019 A a recherche de notre comète. De son nom original Kimi to Mita Houkiboshi o Sagashite, cette histoire en 7 chapitres (plus un petit bonus) a d'abord été publiée en 2014-2015 sur ebook chez l'éditeur japonais Solmare Henshuushitsu, avant de paraître en un volume papier broché début 2016 aux éditions Julian. Par rapport à De l'amour à l'écume, jamais !, on a donc un changement de format (plus long) et un changement d'éditeur, pour un résultat dans l'ensemble bien plus convaincant !

Là où l'on pouvait regretter des récits trop brefs et donc trop basiques dans De l'amour à l'écume, jamais !, Emi Mitsuki a ici tout le loisir de développer un récit plus long, et donc de s'intéresser un peu mieux à ses deux personnages principaux, et elle effectue cela dans une construction narrative assez habile, alternant entre moments dans le présent des deux jeunes hommes et flashbacks venant petit à petit éclaircir la relation qu'ils ont bâtie par le passé, une relation voguant entre l'amitié et l'amour sans qu'ils en aient forcément conscience, du moins pour l'un des deux. En effet, tandis que Kawai peine depuis longtemps à mettre des mots sur ce qu'il ressent exactement pour Ohara, Ohara, lui, n'en a aucun doute: il est gay mais a préféré le cacher car il ne se sentait pas "normal", il aime Kawai, et la promesse qu'il lui a faite à l'époque du lycée lui a alors laissé espérer des choses qui ne se sont jamais concrétisées jusque-là... Alors quand, à la nouvelle du déménagement d'Ohara, Kawai décide de franchir un cap important, jusqu'où Ohara peut-il le croire ? Et comment Kawai pourrait-il prouver qu'il l'aime vraiment, lui qui l'a "ignoré" pendant deux ans ?

Pendant une bonne partie du tome, la mangaka joue alors assez bien sur le décalage entre les deux personnages, et leur relation trouve un certaine écho dans leur rapport à l'astronomie et plus encore à la comète. Comme cette comète qui frôle la Terre, la relation des deux garçons semble à la fois si proche et très distante. Mais comme une comète, elle pourrait s'embraser à tout moment jusqu'à se consumer... L'astronomie est alors plutôt bien exploitée par l'autrice qui en fait un sujet à part entière de son histoire, et c'est bien à travers elle que les deux héros ont pu avant tout se lier. D'autant plus que Mitsuki l'utilise aussi pour aborder certains tourments assez actuels de ses deux jeunes héros et en particulier d'Ohara: sentiment d'être "anormal" car il est gay, problèmes familiaux l'ayant poussé à abandonner ses rêves pour se mettre tout de suite à travailler (des rêves alors devenus aussi inaccessibles qu'une comète)... Alors en voyant Kawai, à l'époque du lycée, entretenir le club d'astronomie seul sans jamais l'abandonner, qu'a-t-il pu ressentir ?

Après tout ceci, il est toutefois un peu dommage que l'autrice atténue légèrement ses thématiques pour, dans la dernière partie de l'oeuvre, s'orienter dans des voies un peu plus classiques, avec des tourments amoureux se résolvant peu à peu de façon certes jolies mais moins forte, notamment via les conseils de Yoyogi, un senpai assez amusant avec ses références aux dramas mais qui au final atténue un peu le propos de départ. Qu'on ne s'y trompe pas toutefois: dans l'ensemble, Emi Mitsuki gère assez bien les choses, même si son histoire est plus prenante dans la première partie que dans la deuxième.

Visuellement, la dessinatrice, par rapport à De l'amour à l'écume, jamais !, livre une copie beaucoup plus jolie dans l'ensemble ! C'est plus fin dans les contours, plus travaillé dans les trames et les découpages, et dès qu'elle met en scène des éléments propres à l'astronomie (planétarium, observation du ciel étoilé...) il y a une certaine application pour faire ressortir une atmosphère réussie.

Au niveau de l'édition, le papier allie souplesse et absence de transparence, l'impression est très honnête et la traduction de Spanozi s'avère fluide dans l'ensemble. On appréciera beaucoup les 3 premières pages en couleurs, ainsi que la postface présente sous la jaquette. Cette dernière s'avère très intéressante, car la mangaka y livre quelques informations sur ses références et sur les coulisses de la création de l'oeuvre.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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