1984 / La luciole

Rédaction

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 07 Décembre 2022

Sorti en France en juin 2021, le recueil La Luciole/1984 de Takehito Moriizumi fut le deuxième manga publié par les éditions Atelier Akatombo, après Serii de ce même auteur en juin 2020, avant le très joli diptyque Que reste-t-il de nos rêves ? de Yumi Sudô en avril 2022, et en attendant dès janvier 2023 l'ouvrage Fatale Fiancée qui marquera le retour dans notre pays du grand Naoki Yamamoto (Asatte Dance, Blue).

Dans ce court album d'environ 110 pages (en comptant les postfaces), Moriizumi a pris le partie d'adapter, en un même livre, deux classiques de la littérature, aux origines et aux formats différents.

"La Luciole" est effectivement une nouvelle écrite par l'écrivain multi-récompensé Haruki Murakami, qui fut publiée au Japon en 1984 dans le recueil "Saules aveugles, Femme endormie". On y suit un homme qui par hasard la petite amie d’un de ses camarades d’université qui s’est suicidé. Tous deux se rapprochent assez vite, entament une relation où l'homme se demande souvent s'il fait bien même s'il est attiré par cette fille. Mais peu de temps après, la fille s'éclipse, prend une année sabbatique, se réfugie dans une région montagneuse près de Kyoto sans donner de nouvelles, en laissant l'homme mélancolique et un peu perdu, jusqu'à l'issue fatale. De la nouvelle d'origine qui est assez courte, le mangaka parvient à adapter l'essentiel de la substance en seulement 18 pages, donc une très belle dernière page jouant bien sur le blanc, le noir et le héros. Ici, pas de bulles de dialogues: tout est raconté par l'homme lui-même tel un narrateur, et on y ressent alors suffisamment bien la solitude de celui-ci ainsi que l'atmosphère mélancolique, une atmosphère également empreinte de spleen.

Quant à "1984", est-il encore nécessaire de présenter ce roman-culte du britannique George Orwell, publié en 1949 et présentant un régime ultra-totalitaire qui a posé plusieurs concepts encore sujets à réflexion aujourd'hui comme la Police de la Pensée et le fameux Big Brother ? La dystopie imaginée par Orwell, alors futuriste, a largement rattrapé la réalité des décennies suivantes, en ayant consolidé l'ouvrage comme un chef d'oeuvre visionnaire. Etant donné que nous avons ici affaire à un roman à l'origine, il va de soi que Takehito Moriizumi, dans son adaptation de seulement 72 pages, doit faire des choix. Ainsi, après avoir efficacement et posément présenté l'univers totalitaire du récit par le biais de son héros-narrateur Winston, le mangaka se concentre en bonne partie sur l'histoire commune que cet homme aura avec la rebelle Julia, entre rapprochement et séparation forcée par cet état totalitaire. A part ça, Moriizumi parvient quand même à faire sentir la différence de personnalité et de caractère entre les deux personnage, Julia étant plus débrouillarde et insoumise que son partenaire. On ressent aussi suffisamment la mise en avant de choses qui font l'humain, comme la pensée, l'esprit, les sentiments, le désir, sans quoi l'humanité n'est rien. Et le tout reste emballé dans le style visuel assez posé typique du mangaka, ce qui ne l'empêche pas de bien soigner certaines éléments de mise en scène.

Cette double-adaptation constitue un ouvrage certes très bref, malheureusement, mais intéressant. Et si vous vous demandez pourquoi Moriizumi a choisi de réunir ces deux oeuvres précisément, il s'en explique assez bien dans sa postface, en abordant même quelques éléments sur lui-même. On appréciera également une deuxième postface co-signée avec Motoyuki Shibata, et des courts textes de présentation des deux écrivains d'origine ainsi que du mangaka. A part ça, on a droit à un grand format proche de celui de Serii (histoire de pouvoir ranger les oeuvres côte à côte), à un papier de bonne qualité malgré une légère transparence, à une impression convaincante, à un lettrage sobre et propre, et à une traduction soignée de Dominique et Frank Sylvain.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai
14 20
Note de la rédaction