Ride your Wave - Actualité anime

Ride your Wave

Review de l'anime : Ride your Wave

Publiée le Mercredi, 01 September 2021

Il ne serait pas exagéré de dire que Masaaki Yuasa est l'un des réalisateurs les plus surveillés ces derniers temps, ce grâce à des projets qui ont largement fait mouche, parfois même auprès du grand public. Mind Game fut l'une de ses premières grandes oeuvres, suivie de The Tatami Galaxy ou encore l'adaptation du Ping-Pong de Taiyô Matsumoto, pour ne citer qu'eux. Le grand déclic a sans doute eu lieu avec Devilman Crybaby, en janvier 2018. Diffusée sur Netflix, et par conséquent accessible à un grand nombre, cette réinvention de l'une des œuvres phares de Gô Nagai a ébahit l'assemblée aussi bien pour son intrigue résolument sombre et cruelle, mais aussi sa patte artistique qui atteste le style du réalisateur. Quelques temps plus tard, bien que regardé d'un public plus restreint, Keep Your Hands Off Eizôken! a su charmer, là où Japan Sinks 2020 (aussi diffusé sur Netflix) a davantage divisé.

Mais entre Devilman Crybaby et Eizôken, Masaaki Yuasa a accouché d'un autre bébé que nous aurons tardé à découvrir en France : Le film Kimi to Nami ni Noretara. Sorti au Japon en juin 2019, c'est sous le titre Ride Your Wave qu'il s'exportera. Toujours produit au sein du studio du réalisateur, Science Saru, le projet s'offre l'écriture de la scénariste Reiko Yoshida, tandis que Takashi Kojima est en charge du character-design. Ce dernier ayant travaillé sur Devilman Crybaby sur certains épisodes (dont le neuvième), son rapport au style de Yuasa lui permettait d'entreprendre le projet.


C'est en juin 2019, au Festival d'Annecy, que le long-métrage pointe la première fois le bout de son nez chez nous. Nul ne se doutait alors que sa sortie pour le grand public aurait lieu plus de deux années plus tard. En juin 2020, All the Anime annonce une sortie en salles françaises de Ride Your Wave pour le courant de l'année. Malheureusement, la seconde vague de la pandémie du Covid-19 entraînement une nouvelle fermeture des salles obscures, décalant sa sortie à septembre 2021 par le biais du distributeur Alba Films. Dire que le film s'est fait attendre est donc un euphémisme, tout en sachant que les regards des amateurs de Yuasa sont aussi braqués vers son prochain long-métrage, Inu-Oh, attendu pour cette année au Japon.

De l'amour et du surf chez Yuasa

Jeune femme vaillante, Hinako emménage dans une tranquille ville de bord de mer pour suivre ses études universitaires. Pour elle, voilà une occasion de retrouver la plage et les vagues, pour ainsi faire du surf son quotidien. Un soir, sa résidence est sujet à un incendie, à cause de feux d'artifices tirés de manière inconsciente. Réfugiée sur le toit du bâtiment avec sa fidèle planche, elle est sauvée par Minato, un jeune pompier qui, dans son coin, observait déjà Hinako et la considérait comme « son héroïne ».

Suite à cette rencontre, Hinako et Minato vont se rapprocher, se fréquenter, et tomber sincèrement amoureux l'un de l'autre. Le jeune garçon en profitera pour dompter à son tour les vagues, tandis que leur relation se fera de plus en plus forte. Ceci jusqu'à ce qu'un événement casse la routine amoureuse des deux jeunes gens...


Ride Your Wave fait des vagues

Parler du synopsis de Ride Your Wave a quelque chose de complexe. Si vous avez eu l'occasion de lire le pitch du long-métrage sur différents sites, sans doute aurez-vous eu vent du rebondissement que nous avons choisi de laisser sous silence. Pourtant, celui-ci peut être évoqué tant il amène les véritables enjeux du long-métrage. Mais ne pas en parler reviendrait aussi à respecter le rythme du film, certainement voulu par son réalisateur. Car lorsque ce chamboulement majeur survient, presque une demi-heure de métrage s'est écoulée, sur la petite heure et demi qui le façonne. Le découpage a d'ailleurs du sens et ne résulte pas seulement d'une situation initiale qui traine en longueur. Car si Masaaki Yuasa insiste sur la naissance du couple formé par Hinako et Minato, c'est pour mieux nous projeter à leurs côtés, et pour que la suite fasse mouche. Le cinéaste nous berce d'abord d'une ambiance tendre et romantique afin de bousculer notre confort et narrer sa véritable histoire qui restera liée à cette dimension amoureuse. Ne pas connaître ce bouleversement important du film, c'est s'assurer une surprise à la fois scénaristique et émotionnelle, et il serait bête de s'en priver.


Un métrage aux mille et une facettes

Et de la même manière qu'on cherche à passer sous silence le premier retournement de situation important du film, évoquer frontalement ses thématiques serait aussi de l'ordre du spoil. Mais sans en parler, on peut évoquer ce qui représente un point fort de Ride Your Wave... Mais peut-être aussi un défaut, paradoxalement.

L'écriture scénaristique de Reiko Yoshida se veut pleine de fantaisie, à l'image de la réalisation de Masaaki Yuasa qui joue volontairement avec un côté très onirique qui renforce sans cesse nos doutes. Car sur une certaine partie, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser. Le métrage oscille entre un surnaturel merveilleux et, au contraire, un rationnel qui permettrait d'en dire long sur l'état d'esprit de l'héroïne, Hinako. Cette dernière fait-elle phase à un événement mystique, ou sa tête lui joue-t-elle des tours ? On peut légitimement doute sur cette dualité tant l'histoire fait tout pour confronter le fantastique au terre à terre, jusqu'à ce qu'une réponse définitive nous soit évidemment donnée. Dès lors, Ride Your Wave entre dans une troisième phase, totalement décomplexée, et durant laquelle le réalisateur pourra s'en donner à cœur joie dans sa mise en scène et ses jeux de couleur.

Le long-métrage repose clairement sur des propositions scénaristiques et cinématographiques, et parfois trop. La dernière demi-heure de l’œuvre se charge d'une résolution vouée à faire résonner les différentes facettes de l'histoire, mais peine parfois à les juxtaposer comme il se doit. Le surréaliste s'empare alors de l'intrigue pour résoudre les enjeux de manière mélancolique et poétique, quitte à y incorporer quelques facilités. Malheureusement, Ride Your Wave est assez prévisible sur de nombreux points. On lit aisément dans les volontés d'écriture de Reiko Yoshida, et ce à chaque amorce de fin d'acte. Si la scénariste nous fait douter de la dimension fantaisiste ou, au contraire, rationnelle du métrage, on voit le reste venir à quelques kilomètres. L'expérience ne repose alors pas sur la surprise de son histoire, mais sur bien d'autres atouts, car Masaaki Yuasa a bien des choses à offrir.


Un flot d'émotion, pour le bonheur de yeux

Alors, si le film ne peut satisfaire dans son histoire, lui reste-t-il de solides arguments ? Indéniablement, et ils se résument en deux concept : Émotion et réalisation.

Car quand bien même l'avenir de Hinako et Minato se laisse toujours deviner, le métrage n'en perd pas son efficacité émotionnelle. Comme soulevé précédemment, insister pendant une demi-heure sur le couple donne à celui-ci une force nécessaire pour être pris par les bouleversements qui suivent. L'état d'esprit de l'héroïne nous marque, et les dilemmes auxquels elle fait face font forcément mouche. Il n'en faudra alors pas plus pour rendre la chute et le potentiel retour à la surface du personnage fort et touchant. Ce qui prouve qu'une intrigue « simpliste » peut réussir dans le pan émotionnel de ses intentions, afin de nous toucher plus que nous surprendre.

A ceci s'ajoutent l'esthétique voulue par Masaaki Yuasa, et ses nombreuses idées de réalisation. Le format cinéma est idéal à la patte du cinéaste tant celui-ci propose nombre d'idées de mise en scène, à la fois pour représenter des situations qui se veulent fantaisistes, mais aussi pour croquer la douceur du quotidien ou la mélancolie liée à certains enjeux émotionnels. Ses jeux de couleur sont resplendissants, ceci grâce au concept de l'eau comme véritable fil directeur. Celle-ci est libre et intangible, un peu comme la forme de l’œuvre qui peut se permettre de l'irréel pour nous ébahir visuellement. L'expérience en salle devient alors un atout pour le film qu'on ne peut que déconseiller sur un trop petit écran, et encore plus sur des appareils type smartphone, ce qui sera certainement possible quand le film aura rejoint une plateforme de streaming.


Du Masaaki Yuasa en demi-teinte ?

Après le mitigé Japan Sinks (en ce qui nous concerne, bien entendu), Masaaki Yuasa était forcément attendu au tournant avec Ride Your Wave, quand bien même le film ait été conçu avant la série reprenant le mythe de la submersion du Japon. Et après l'éprouvant Devilman Crybaby, on peut comprendre une volonté de revenir à une intrigue plus douillette, certes dure à certains moments, mais souvent entouré d'un onirisme positif. Le long-métrage n'est clairement pas là pour conter une romance originale. Au lieu de ça, il se concentre sur ses messages et ses thématiques, quand bien même celles-ci donneraient l'impression de ne pas être totalement menées à fond par instants. Mais il reste la belle touche émotionnelle qui dépendra évidemment du spectateur, et une mise en scène qui fourmille toujours d'idées, d'autant plus que le fantaisiste s'empare du récit. Le réalisateur a toujours des propositions à faire, et Ride Your Wave nous le prouve.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

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MN Actus
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