Thus Spoke Kishibe Rohan

Review de l'anime : Thus Spoke Kishibe Rohan

Publiée le Samedi, 27 Febuary 2021

Outre la série principale Jojo's Bizarre Adventure, découpée en huit parties à ce jour, Hirohiko Araki a à cœur de dessiner ponctuellement, et pour des revues diverses, des histoires indépendantes autour de l'un de ses personnages fétiches : Rohan Kishibe. Intitulées Kishibe Rohan wa Ugokanai au Japon, ces histoires sont au nombre de 9 actuellement, et réparties dans deux volumes que les éditions Delcourt/Tonkam proposent sous le sobre intitulé Rohan Kishibe.

Dès 2017, le studio David Production, déjà en charge de la série animée principale, décide de puiser dans ces récits pour développer des OVA complémentaires à sa production centrale. Le premier épisode, présenté comme un one-shot, était initialement un bonus fourni aux acheteurs des supports physique de la partie 4, Diamond is Unbreakable. Le studio poursuivit sur sa lancée en produisant un nouvel OVA en 2018, afin de résonner avec la parution du deuxième tome d'histoires courtes, puis deux autres épisodes en 2020.


Malgré cette production disparate, la série courte Thus Spoke Kishibe Rohan (titre international de l'adaptation) conserve un tronc commun d'artistes. Très impliqué sur l'ensemble de l'adaptation animée Jojo et dirigeant sa quatrième partie, Toshiyuki Kato signe la réalisation et assure l'écriture. Yûgo Kano, compositeur de la bande-originale depuis Stardust Crusaders, est en charge des mélodies de fond, tandis que Shunichi Ishimoto (actif lui aussi sur les différents arcs à des postes différents) assure pour la première fois un character-design complet. Un défi loin d'être anodin quand on voit que graphiquement, une rupture est apportée puisque l'adaptation animée cherche à coller au mieux au style moderne de Hirohiko Araki.

Pourtant, seul le Japon se régalait de cette adaptation, jusqu'à tout récemment. A la surprise générale, Netflix s'est assurée porteuse des droits internationaux, pour une diffusion mondiale au mois de février 2021 des quatre OVA en simultanée. Une belle nouvelle accompagnée d'une autre annonce assez retentissante : La présence d'un doublage français, la seconde fois de l'histoire de Jojo après les OVA des années 1990-2000 adaptant la partie 3 du manga, et la première fois en ce qui concerne l'adaptation animée lancée en 2012. La licence semble donc enfin se démocratiser vers le doublage français, puisque Kazé proposera aussi une VF pour la sortie physique de Golden Wind, la cinquième partie.


L'invitation au mystère, et des essais horrifiques

Ce n'est pas un secret pour tout lecteur ou spectateur de Jojo's Bizarre Adventure : Hirohiko Araki aime les intrigues à suspense ainsi que l'horreur, notamment son cinéma de genre qui l'a influencé a plus d'un égard. Dans la partie 4 de son œuvre, Diamond is Unbreakable, il croquait ces deux facettes en les intégrant dans une ambiance tranche de vie, pour un ensemble très particulier qui a parfois dérouté, puisque la saga nous a souvent habitué aux grandes aventures. Les intrigues de Thus Spoke Rohan Kishibe lui a permis de revenir à ce melting-pot d’ambiances, mais aussi de narrer différentes histoires en se détachant des mécaniques Jojo.

Car l'enjeu de chaque histoire courte était de présenter le fameux mangaka face à un cas complexe, tout en plantant un démarrage et un point final à chaque fois, un récit devant être autosuffisant. Et parce qu'il s'agit d'une série indépendante, l'auteur s'est offert une liberté, celle d'aborder l'horreur via des concepts fantastiques qui ne font pas référence aux stands. Finalement, Rohan est le seul personnage détenteur d'un tel pouvoir, un don qui lui permettra de dénouer chacune des affaires qui se présentera à lui.


Puisant dans quatre des histoires de ce dérivé de Jojo, la série d'OVA reprend ces intrigues sans vraiment s'en écarter. Un épisode est donc totalement autonome, et conte un récit dont les limites sont les barrières de l'inventivité d'Araki, quasi inexistantes. L'auteur a clairement redoublé d'imagination pour aborder des situations déroutantes, intrigantes et/ou sanglantes, tout en gardant une structure qui lui est propre : Celle de la surprise du climax, toujours axée sur une résolution logique grâce aux stratagèmes mis en place par Rohan pour dénouer une situation. Dans le schéma, nous sommes totalement en terrain connu. Pourtant, la mini-série Rohan Kishibe nous bouscule dans sa manière d'intégrer des concepts aussi nébuleux que mystérieux, sans forcément chercher à les expliquer. Le monde d'Araki est complexe, garni de toutes sortes d'influences, et la mécanique des stands n'est pas la seule facette surnaturelle de tout ce monde. Plus qu'un ad-on autour d'un personnage très apprécié de Jojo, il y a donc une démarche d'auteur derrière Thus Spoke Rohan Kishibe.

Néanmoins, après le dépaysement vient la réconciliation avec l'univers. Aussi, bon nombre de personnages de Jojo sont présents en filigrane. Nous reverrons quelques figures connues passer en arrière plan, mais beaucoup seront réunis à la table d'un Rohan qui, tel un Père Castor du fantastique, racontera ses histoires. Un zeste de fan-service quelque part, notamment quand il s'agit de planter un très léger lien avec Golden Wind, la cinquième partie de la fresque.


La technique, toujours au service


Depuis la première saison de la série animée Jojo, en 2012, on saluait les prouesses des équipes du studio David Production qui savait adapter la narration de Hirohiko Araki avec une extrême inventivité, la mise en scène palliant parfois une animation modeste. Une formule qui a concerné les suites, même si les parties se sont montrées toujours plus ambitieuses dans leur création. Plus qu'une œuvre d'animateurs, Jojo est sans doute une série de réalisateur tant le plus grand défi revient à transcrire les planches du mangaka au format audiovisuel, ce qui est loin d'être une mince affaire quand on sait que sa patte s'est largement densifiée, au risque de paraître fouillis, tandis que son character-design s'est affiné. Pour correspondre à cette évolution, la série animée Jojo a enchainé les choix créatifs, d'une partie à l'autre, si bien que chaque arc animé propose son identité graphique et son identité de réalisation.

La création des OVA Rohan Kishibe répond à cette démarche artistique, puisque son réalisateur avait dirigé la quatrième partie de l'anime uniquement. Le projet étant intimement lié à Diamond is Unbreakable, autant en ce qui concerne son cadre que son début de production, rappeler Toshiyuki Kato n'avait rien d'anodin. Et force est de constater qu'il chapeaute un ensemble qui croque une nouvelle fois un Morioh captivant par ses mystères et son horreur, quand bien même l'intrigue s'exporte parfois dans d'autres contrées. Ainsi, les jeux de couleur et autres exagérations visuelles rendent justice à l'ambiance si particulière des aventures de Rohan, et la patte globale de l'anime Jojo se fait sentir. Le retour de Yûgo Kanno est lié, le compositeur reprenant bon nombre des anciens thèmes pour servir l'ambiance sonore de la courte série.


Le retour de Jojo en VF !

L'une des particularités de ces OVA, nous l'avons dit, c'est de profiter d'un doublage français. Pour la deuxième fois, Jojo s'entend dans la langue de Molière, et l'exercice méritait un soin particulier afin de retranscrire l'ambiance excessive, décalée mais sérieuse, de l’œuvre. Assuré par Grégory Laisné, le doublage rend heureusement justice au monument de Hirohiko Araki. Adrien Larmande honore ainsi le rôle de Rohan, un personnage globalement très sérieux, certes imbu de lui-même, mais qui a ses failles. Le reste du casting s'avère plutôt varié, avec de belles surprises à l'affiche comme Donald Reignoux ou Geneviève Doang, la comédienne incarnant même différents rôles. Sur une série aussi succincte, chacun a saisit l'ambiance et la mesure de la série pour donner un véritable dynamisme francophone à celle-ci.

Et si on voulait parler de ce doublage en négatif, ce serait pour soulever de menus détails. Choisir Caroline Combes sur Yukako ne semblait pas très pertinent, et s'apparente surtout à un choix spontané pour une apparition très limitée, sans avoir pris connaissance du personnage dans le manga ou dans la série animée au préalable. Aussi, on remarque que Koichi, interprété par Enzo Ratsito, présente une voix différente par rapport aux extraits entendus de la VF de Golden Wind. Le célèbre acolyte de Josuke Higashikata aura donc deux voix françaises, ce qui pourra faire grincer des dents. Cette divergence peut être liée à la production simultanée des deux doublages, aussi on espère que Kazé saura se caler sur la proposition du studio VSI Paris et de Grégory Laisné si Diamond is Unbreakable doit aussi être transposé en version française.


Une gourmandise dont on en aimerait plus


Sur quatre épisodes d'environ 24 minutes, Rohan Kishibe fait office de très bon spin-off, en accord total avec l'ambiance de Jojo, tout en parvenant à s'affranchir de la mythologie de l'oeuvre pour présenter ses propres trouvailles et nouer différents climats de terreur et d'angoisse. Les retrouvailles avec le personnage mangaka fonctionnent à merveille, et les lecteurs du dérivé d'origine apprécieront le respect des différentes histoires tandis que ceux qui se contentent de l'anime savoureront le supplément.

Mais on reste sur notre fin : Chaque récit se savoure sans broncher, et on ne peut qu'espérer que le studio David Production se penchera ensuite sur les autres one-shot. Bien entendu, on prie avant tout pour une version animée de Stone Ocean, la sixième partie. Mais une adaptation complète du spin-off Rohan Kishibe serait accueillie avec un immense plaisir.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

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MN Actus
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