ITÔ Tomohiko - Actualité manga

ITÔ Tomohiko 伊藤智彦

Interview de l'auteur

Entre autres réalisateur de Sword Art Online et Silver Spoon, Tomohiko Itô était présent en France avec le producteur Shinichirô Kashi, à l'occasion du festival Geekopolis. Nous avons eu la chance de pouvoir les rencontrer, pour une interview entièrement consacrée à l'adaptation animée du light novel de Reki Kawahara.
  
  
  
Tomohiko Itô et Shinichirô Kashi, merci d'avoir accepté cette interview. Pour commencer, Mr Itô, pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à travailler dans le milieu de l'animation ?

Tomohiko Itô : Quand j'étais au collège, comme beaucoup de monde à cette époque j'ai eu un choc en voyant Evangelion. Pourtant, avant ça, je n'étais pas spécialement attiré par l'animation, mais après avoir vu cette série j'ai eu envie d'essayer de faire un doujin. J'ai constaté que ce n'était pas vraiment ça qui m'intéressait, mais plutôt l'animation elle-même.


Et comment êtes-vous arrivé sur le projet d'adaptation animée de Sword Art Online ? Comment est né ce projet ?

Shinichirô Kashi : Au départ, de mon côté je voulais faire de la production de films, mais j'ai été contraint de me rendre compte que ça ne permettait pas de gagner son pain. Je me suis alors dit que j'allais me diriger vers l'animation, parce que ça me permettrait de mieux me nourrir. Mais pour qu'un anime fasse de bonnes ventes et qu'il se décline en goodies, il faut évidemment que celui-ci soit bon.
Dans ce cadre, pour Sword Art Online, j'ai décidé de travailler dans la production pure, avec un comité de production. Avec ce comité de production, nous avons contacté entre 20 et 30 sociétés différentes pour déterminer quel studio allait concevoir l'anime, et pour envisager par la suite la création de produits dérivés si la série avait le succès escompté. C'est donc à ce moment-là qu'il a fallu rechercher qui allait réaliser la série. Le light novel original ayant connu un beau succès et le projet d'adaptation devant aboutir sur plusieurs dérivés, il fallait vraiment une réalisation solide, et notre choix s'est arrêté sur Aniplex, puis sur Mr Itô.

Tomohiko Itô : Au départ, quand Aniplex a été choisi et que la production est venue me voir pour me proposer la réalisation de Sword Art Online, j'ai dit non, ce genre de série, ce n'est pas pour moi, ce n'est pas du tout le genre de série qui m'intéresse. Les personnages étaient trop purs, ça ne me paraissait pas du tout fait pour moi. Mais la production ayant insisté pour ce ce soit moi qui la réalisé, j'ai finalement accepté d'essayer.

  
  
Puisque vous dites qu'à la base ce genre de série n'est pas du tout fait pour vous, avez-vous malgré tout réussi à bien vous imprégné de l'univers de Sword Art Online ?

Je ne vais pas vous cacher que j'ai eu énormément de mal avec les personnages. Le héros, Kirito, a 17 ans, c'est un garçon très pur, et j'avais vraiment peur de ne pas réussir à exprimer cette pureté, cette sorte de naïveté. Mais de base, les personnages du light novel sont très bien construits, j'ai pu me "reposer" là-dessus et faire des choix qui apparemment ont été bons, au vu du succès de la série.


Quels ont été les grands enjeux de cette adaptation ? Quels éléments du light novel avez-vous souhaité mettre particulièrement en avant ?

Le concept de Sword Art Online repose sur le fait que si les héros meurent dans le jeu, ils meurent aussi dans la réalité, et je ne souhaitais pas trop montrer ça pour rester plus grand public. Dans le light novel c'est un élément fortement appuyé. Mais en anime, ça aurait été bizarre de toujours mettre l'accent là-dessus, au bout d'un moment c'en serait peut-être devenu comique, et l'impact serait sûrement apparu moins réaliste. Or, pour moi, le réalisme dans cette série était important.
Avec mon équipe, on a donc décidé d'être moins insistants sur le fait que des personnages meurent, et je pense qu'on a plutôt bien réussi cet aspect.


Dans ce cadre, avez-vous reçu des directives particulières, de la part de la production ou de l'auteur original, Reki Kawahara ?

Dans le premier tome du light novel, il y a une carte du monde d'Aincrad dessinée par l'illustrateur Abec, et on m'a demandé de retranscrire précisément celle-ci dans l'anime. A part ça, il n'y avait pas de directives strictes, à proprement parler.


Alors, visuellement, quels ont été les principaux challenges pour bien rendre en anime cet univers ? Un anime reposant beaucoup plus sur le visuel qu'un light novel...

Lors des choix visuels, ma principale difficulté a été de faire en sorte de ne pas faire un univers ressemblant trop à de l'heroic fantasy, car sinon on aurait moins ressenti le fait qu'il s'agit d'un monde virtuel. Il fallait faire ressentir qu'ils s'agit d'un jeu, et toute la difficulté était là. Pour ce faire, à l'époque de la réalisation en 2011, je me suis inspiré d'un peu tout ce qu'il y avait dans ce domaine du jeu virtuel.

  
  
L'anime de SAO est vite devenu un grand succès mondial. A votre avis, qu'est-ce qui a séduit tant de monde dans cette oeuvre ?

Est-ce que c'est vrai ça ? Même quand on nous le dit, on a toujours du mal à croire que l'anime a eu un si gros succès (rires).


En tout cas, quand on observe les nombreux fans, on constate souvent chez eux un fort attachement pour les personnages, à commencer bien sûr par Kirito dont vous parliez tout à l'heure, et Asuna...

Même si j'ai un peu de mal avec un personnage comme Kirito, je comprends quand même son succès : il a la classe. Quand il se bat, il en jette et il est puissant.
Par contre, j'ai eu beaucoup plus de mal à comprendre l'affection que les gens ont pour Asuna, parce que personnellement j'aime bien les personnages qui ont des points faibles et des défauts. Or, Asuna est parfaite. Elle est très belle, elle est puissante, elle fait très bien à manger... et en plus elle se déshabille souvent. Je n'aime pas ce genre de personnages, d'autant plus que ce côté trop parfait les rend moins intéressants, me semble-t-il. Au fur et à mesure de ce qu'on me disait d'elle, j'ai quand même fini par comprendre un peu plus pourquoi elle plaît tant : elle est aimée, parce qu'elle sait se faire aimer, tout simplement.


Vous avez aussi réalisé l'épisode extra de SAO. Quelles différences noteriez-vous entre la réalisation d'un long-métrage de ce type et la réalisation de la série ?

Sword Art Online Extra a été réalisé comme une sorte de petit bonus pour les fans et pas comme un long-métrage à part entière, donc au niveau de la réalisation ça n'a pas demandé de gros changements.
Je peux quand même vous dire que dans ce "spin-off", on trouve un personnage qui apparaîtra dans la saison 2 de la série.

  
  
Pour finir, auriez-vous une anecdote, un fait amusant à nous raconter sur SAO ?

Shinichirô Kashi : Yoshitsugu Matsuoka, le seiyû de Kirito, est tellement à fond dans son personnage que parfois il s'en oublie lui-même. Une fois, il est arrivé pour l'enregistrement en chemise de nuit, une autre fois il est arrivé avec les vêtements à l'envers... Il est tellement dans le personnage qu'il en oublie le reste autour de lui.
Un jour, on a décidé de lui faire la remarque, et on s'est rendu compte que si on lui dit ça, il perd totalement le fil avec son personnage. Depuis, on attend toujours la fin de l'enregistrement avant de lui faire remarquer qu'il s'est mal habillé (rires).

Tomohiko Itô : J'ai une autre anecdote, mais évitez de la lire si vous n'avez pas encore vu la série !
A un moment de la saison 1, il y a Kirito qui demande la main d'Asuna. A l'époque j'étais encore célibataire, et je n'avais aucune idée de comment faire une demande en mariage, de comment réaliser cette scène. J'ai dû demander conseil à quelques personnes. Mais maintenant que je suis marié, je pense que je réagirais différemment.


Remerciements à Mrs Itô et Kashi, à Aurélie Lebrun et Renaud Hamard pour la mise en place de l'interview, à l'interprète Emmanuel Bochew, et au Dernier bar avant la fin du monde pour l'accueil.
 
Interview mise en ligne en juin 2014.

MN Actus
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