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Ciné-Asie Critique - La Maison des sévices


Lundi, 08 April 2013 à 14h00

Takashi Miike est bien connu pour ces films durs et violents... et il ne déroge pas à la règle avec la Maison des sévices, qu'il a réalisé dans le cadre du projet Masters of Horreur. Voici la chronique de Kimi consacrée à ce métrage !
 

 
Takashi Miike est une personne très prolifique et versatile au sein du cinéma japonais. Ne s'imposant aucune limite, il transgresse de nombreux tabous par l'intermédiaire de ses œuvres souvent violentes et psychologiques. L'attitude décoincée de Miike fait apparaître le réalisateur nippon comme quelqu'un de très provocateur et phallocentrique aux yeux du reste du monde. En vingt-deux ans de carrière et une soixantaine de réalisations, Takashi Miike aura fait couler beaucoup d'encre chez les cinéphiles que ce soit en bien ou en mal. Passant de l'excellence (Audition, Crows Zero) à la médiocrité (La Mort en ligne), de l'inégal (Visitor Q) au gore grotesque (Ichi the Killer) et du nanardesque (Yatterman, Sukiyaki Western Django) au remake réussi (13 Assassins), Takashi Miike s'est imposé comme un véritable "touche à tout" et a laissé transparaître ses envies, ses désirs ainsi que son état d'esprit au sein de ses travaux.



La filmographie de Takashi Miike étant très riche de part ses influences culturelles, visuelles et stylistiques, le cinéaste japonais fut invité à réaliser un épisode de l'anthologie Masters of Horror, série visant à regrouper les grands noms du cinéma d'horreur au sein d'un florilège destiné au public adulte désirant un peu de sang neuf dans ce genre usé à la moelle qu'est le cinéma d'horreur. Si l'idée originale de Mick Garris était intéressante au départ, le résultat fut assez contrasté. Les grosses pointes du filon telles que John Carpenter (The Thing, Halloween...), Joe Dante (Gremlins, Small Soldiers...) et Dario Argento (Suspiria, Le Fantôme de l'Opéra...) s'en sont tirées haut la main tandis que d'autres se sont littéralement écrasées à même le sol. L'oeuvre de Takashi Miike, quant à elle, tient une place particulière au sein de ce recueil. En effet, son petit film intitulé "La Maison des Sévices" (Imprint pour les intimes) fut interdit de diffusion TV dans plusieurs pays. J'en vois déjà certains et certaines froncer les sourcils à la vue du titre fort alléchant du film de Takashi Miike et des répercussions de ce dernier, accrochez vous bien car le choc sera très abrupt...



Avant même d'entamer le visionnage du film, le générique de Masters of Horror se met en marche. Quelques gouttes de sang viennent se poser sur une toile de couleur blanche au gré de la mélodie inquiétante et tenaillante de cette introduction. Les gouttelettes d'hémoglobine se font de plus en plus nombreuses, allant jusqu'à maculer totalement le tissu et le titre de la série vient s'inscrire en lettres blanches. Cette introduction deviendra un tantinet plus angoissante par la suite, tel un rite quasi chamanique et elle retrouvera son calme à la fin de cette entrée en matière somme toute très réussie.

Ce petit prélude laisse place ensuite à l’œuvre de Takashi Miike et, d'entrée de jeu, le cinéaste japonais pose les bases de son récit, qu'elles soient visuelles et narratives. C'est aussi à ce moment que le spectateur ne pourra pas faire machine arrière. Il sera contraint, malgré lui, d'aller vers l'avant et passer outre ses éventuelles réticences. Une petite embarcation vogue sur un étang en pleine nuit avec à son bord une poignée d'hommes. Une petite lumière tamisée éclaire le chemin sinueux jonché de cadavres qu'emprunte ce petit esquif vers un petit ilot situé à l'abri des regards indiscrets. L'ambiance est pesante, crasseuse à souhait et cela se ressent immédiatement. Inconsciemment, le spectateur commence à se mettre lui-même la pression et à entrer dans un état de stress permanent. Dans les minutes suivantes, Takashi Miike développera l'intrigue de son récit, ce dernier prenant place au sein d'une maison close et le spectateur fera la connaissance de Christopher, un journaliste américain. Il ne tardera pas à comprendre la raison de la venue de cet homme, celui-ci n'étant pas là pour satisfaire ses désirs sexuels mais pour retrouver Komomo, l'amour de sa vie qu'il avait laissé entre parenthèses.



Le climat régnant au sein de ce fenil est putride, les prostituées étant prêtes à vendre leur corps et leur chair au plus offrant. Mais ce n'est pas là le but de Christopher, si tous les clients s'empressent de choisir la partenaire de leur choix, le journaliste américain remarque une jeune femme en retrait dans la pénombre. Malgré les blessures irréversibles de cette dame (visage difforme), Christopher voit en cette personne une beauté inégalée et effarante. Il décide donc de passer la nuit en compagnie de cette femme et espère qu'elle pourra apporter des réponses à ses questions. Mais le journaliste américain apprendra de lui-même qu'il ne faut pas aller fouiller trop loin dans le passé. Une descente aux enfers commencera alors pour cet homme trop curieux...
Contrairement aux autres films de Takashi Miike, La Maison des Sévices s'étale sur une soixantaine de minutes au lieu de cent-vingt en temps normal. Ce petit format avait été décidé par Mick Garris qui estimait qu'en une heure, les réalisateurs pourraient mettre en place une intrigue, des rebondissements et une ambiance conséquent(e)s pour tenir en haleine le spectateur du début jusqu'à la fin du visionnage. Takashi Miike a réussi à utiliser remarquablement cette contrainte. Ainsi, sur les 60 minutes du film, quinze font office de présentation, le restant étant consacré au déroulement de l'intrigue. Et quel déroulement...

De plus, la particularité de Masters of Horror est que Mick Garris n'impose aucune censure aux réalisateurs. Chaque cinéaste a carte blanche et peut donner vie à ses inspirations les plus folles et les plus décousues. C'est ce qu'a fait, bien évidemment, Takashi Miike avec son long-métrage. L'Horreur, celle avec un grand H, entre en scène brusquement et tétanise instantanément le spectateur, celui-ci n'étant pas préparé à un tel déluge de violence. Si vous avez regardé les films les plus extrêmes de la filmographie de Miike, vous savez que ce dernier est un fétichiste des aiguilles et autres objets pointus (cf. la perversion d'Eihi Eihi Shiina dans Audition & le sado-masochisme de Tadanobu Asano au sein d'Ichi the Killer), le réalisateur japonais reste dans ce même style avec Imprint, des objets pointus s’enfonçant, tant bien que mal, dans de la chair humaine. Il en ressort alors une scène de torture éprouvante et insoutenable, autant pour la victime que pour le spectateur. Chaque cri, chaque mouvement du souffre-douleur assénera une grosse gifle à l'observateur qui sera bien obligé de détourner ou de fermer l’œil quelques secondes... Cependant, la violence n'est pas montrée telle quelle au spectateur. Il pourra voir les prémices de cette animosité, voire même le début de cette dernière mais le réalisateur saura trouver les plans les plus pertinents pour faire ressentir tout l'impact de cet excès de fureur. Avec Ichi the Killer, Miike misait sur le côté complètement fêlé de son personnage principal pour offrir des scènes ultra-violentes, à la limite du nanardesque. Le cinéaste japonais utilise également ce même procédé avec la Maison des Sévices, les tortures présentes dans le film sont à l'image des costumes des filles de joies : très exquises et très vives.



Par ailleurs, le film de Takashi Miike possède un esthétisme on ne peut plus prononcé. C'est simple, le cinéaste nippon est le propre peintre de ces estampes visuelles. Il arrive à allier des paysages magnifiques, dotés de couleurs chatoyantes à des environnements lugubres et peu recommandables. Les costumes sont resplendissants, s'accordant à merveille au ton de l’œuvre de Miike, très pessimiste et basané.

Dans tout ce dédale d'influences vient s'insérer une petite touche poétique. Ce petit élan de légèreté s'exprime par le biais de la prostituée qui passera la nuit avec Christopher. D'un ton naturel et calme, elle expliquera au journaliste les récents évènements survenus dans ce bordel. Si les péripéties narrées par la jeune femme ne sont guère réjouissantes, la façon dont elle les amène est très souple, déliée et permet d'envisager éventuellement, qu'un peu d'espoir vienne s’immiscer dans ce funeste récit. Espérance tout de suite masquée et refoulée par l'insatiable noirceur des évènements.

D'une manière générale, les réalisateurs japonais démontrent régulièrement qu'il sont capables des transgressions les plus extrêmes. Takashi Miike se place en première ligne de ces cinéastes grâce à ses travaux qui ont fait sa renommée, à savoir Audition, Ichi The Killer et Visitor Q. Avec Imprint, il pousse la barre encore plus haut, la mettant à un niveau inatteignable. Le plus fort dans tout cela étant que le film reste très "soft" si j'ose dire. À aucun moment, le film ne bascule dans la pornographie ou le gore. Miike pousse la transgression dans ses plus propres recoins sans pour que cela en devienne grotesque, à l'instar d'un Ichi The Killer au sein duquel le cinéaste avait laissé son côté totalement barré prendre le dessus. Avec La Maison des Sévices, le cinéaste japonais repousse sans cesse ses propres limites et va encore plus loin dans l'horreur en accentuant l'intrigue de son récit ainsi que toutes les composantes de ce dernier. Aucun moment de répit ne sera laissé au spectateur qui restera scotché à son fauteuil, la bouche bée devant ce surplus de politiquement incorrect. De fil en aiguille, l'intelligence du spectateur sera purement et proprement sidérée.

Au risque de faire une comparaison hasardeuse, nous pourrions rapprocher toute la tension présente au sein du film de Takashi Miike à un mille-feuille. Chaque couche de pâte pâtissière s'entassant l'une sur l'autre représentant un cap franchi dans l'horreur et la perversion. Le spectateur préférant le sucré au salé reprendra bien une petite part de ce fameux spectacle. En revanche, le spectateur préférant le salé préférera s'arrêter à la première bouchée. Enfin, la personne n'ayant aucune préférence entre les deux saveurs se forcera à terminer sa part de gâteau pour se forger un avis définitif sur ce dessert.



Les scènes impressionnantes de par leur réalisme et leur esthétisme s'entassent donc sur une ambiance très malsaine et suffocante. Mais à force de cumuler les points négatifs, Takashi Miike crée une espèce d'addiction chez le spectateur qui, malgré son mal-être intérieur, finira par s'y habituer et voudra absolument voir la fin du film. S'il fait l'effort d'être persévérant et attentif lors du visionnage, il verra en La Maison des Sévices une œuvre engagée (Miike évoquant des sujets redondants et faisant l'objet de polémiques au sein de notre société) dont la dureté n'a d'égale que la beauté.

L'autre grande force du cinéaste japonais est l'instauration d'une narration non-linéaire au sein de son récit. Miike relate, grâce à ce procédé, les évènements de son intrigue sans pour autant respecter leur chronologie. Il crée alors un petit jeu pour le spectateur, ce dernier devant reformer le puzzle crée de toutes pièces par le réalisateur. Miike arrive également à concevoir plusieurs interactions entre différentes histoires et différents personnages. Il sème le doute dans l'esprit du spectateur et crée alors, de ses propres mains, un suspense intense et très soutenu. Petit à petit les langues se délieront, le spectateur assemblera alors de lui-même les pièces du puzzle et découvrira, une fois ce casse-tête résolu, un twist final renversant et inattendu. Malgré les critiques négatives portées sur sa personne, il réside en Takashi Miike un talent que personne ne peut ignorer. Le réalisateur japonais nous démontre, grâce aux dix dernières minutes de son film, l'immensité de son génie hors normes. Le spectateur ayant absorbé toute la tension se dégageant du film en son fort intérieur sera bien obligé de se reposer quelques instants pour reprendre ses esprits. Grave erreur que voilà, Miike en profitera pour pousser une dernière fois le bouchon encore plus loin dans l'Horreur. Il ira chercher les idées les plus tordues dans les recoins les plus sombres de son esprit et nous offrira un final exceptionnel, bouleversant et très déconcertant. Regarder La Maison des Sévices c'est comme recevoir un bloc de parpaing tout entier sur la tête : on ressort du film complètement sonné, avec une grosse boule au ventre et un mal de crâne énorme. Le spectateur n'aura qu'une idée en tête à la fin de la projection : fermer ses paupières au plus vite et faire une bonne sieste pour se remettre (difficilement) d'aplomb.



S'il fallait souligner un petit point noir à ce film, ce serait le jeu d'acteur oscillant entre l'excellence et le ridicule. Autant Youki Kudoh est tout bonnement excellente en tant que fille de joie, autant Billy Drago (Christopher) a tendance à prendre son rôle trop à cœur et à surjouer la plupart du temps, ce qui le rend très ridicule et très faiblard.

En revanche, l'édition de First International Production est très réussie. Le spectateur appréciera la petite biographie du réalisateur ainsi que le menu du DVD annonçant déjà la couleur du film. Des bonus très intéressants sont également présents et apportent une petit plus-value très appréciable une fois le visionnage du film terminé. Le genèse du film et les éléments clefs de l'intrigue seront décortiqué(e)s au sein de deux reportages passionnants allant d'une vingtaine à une cinquantaine de minutes chacun. Il restera ensuite les 13 bandes-annonces des 13 films de Masters of Horror pour se faire un petit aperçu des autres œuvres de ce recueil.

L’émotion pure. Simple. Viscérale. Cruelle dans sa beauté, fatale dans son intensité et irrésistible dans sa réalité. Ils sont si peu, les cinéastes réussissant à la maîtriser, la contrôler et la façonner autour de leur art, utilisant les mots et les images mieux que n’importe quels signes ne pourront jamais le faire. Si Takashi Miike est l’un de ces magiciens uniques qui, à travers les projets, qu’ils soient les plus extrêmes, mélancoliques ou minimalistes possibles, a réussi à toucher du doigt une certaine perfection visuelle et narrative avec sa Maison des Sévices. Mais là où la plupart des artistes visionnaires subissent une pléthore de plagiat et de suiveurs cherchant miraculeusement la recette magique pour obtenir la même formule, Takashi Miike reste unique dans le sens où si beaucoup se revendiquent de lui, très peu de personnes n'arrivent à effleurer le style si particulier du réalisateur.

S'il ne fallait garder en mémoire qu'un seul film dans l'anthologie Masters of Horror, ce serait bien l'oeuvre de Takashi Miike. Nommer ce film comme le meilleur du cinéaste nippon ne serait certainement pas loin d’être la vérité, pour peu que l’on ne soit pas étourdi par toute l'imagination exacerbée dont a fait preuve le réalisateur quinquagénaire. La Maison des Sévices est donc un voyage au sein d'un climat froid et dense, riche et coloré mais pourtant tellement sombre et pervers... Il est la matérialisation de la quête d’une âme en perdition dans les tourments d'un environnement le dépassant, d’une société le régissant et d’un monde trop grand pour en comprendre le sens. Aussi personnel qu’il n’est universel, il est le film qui confirme toute l'habileté de Takashi Miike. Le vent souffle, le froid fouette et le jour se lève... La nuit aura été longue, affreusement longue…
   




Comments

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Sympa mais sans plus.

yankumi

De yankumi [316], le 18 August 2013 à 14h27

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c'est pas mon Miike préféré, mais il est pas mal en terme de sadisme et de scènes chocs! ^^

kokitolous

De kokitolous [1125], le 08 April 2013 à 22h02

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L'extrait est assez...particulier. 

Mais j'ai tout de même envie de le voir, surtout si cela traite de la psychologie, un sujet que j'apprécie particulièrement (à) 

Rukia05

De Rukia05 [1723], le 08 April 2013 à 19h50

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Très bonne chronique, bon après ça suffit à me donner envie de matter le film, j'crois avoir une overdose du genre... :)

Mokori

De Mokori [424], le 08 April 2013 à 19h27

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